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"Ils ont vécu des soirées absolument démoniaques" : avocat de victimes d'un pédocriminel en série, il raconte comment ces enfants ont été "manipulés et violés" pendant des années

Le 11 décembre 2025, Laurent Moussière, ex-opérateur du SAMU et formateur à la Croix-Rouge, est condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur mineurs. Pendant des décennies, il a repéré puis manipulé et violé des garçons d'une dizaine d'années. L'avocat de huit d'entre eux témoigne dans "Les Voix du crime".

La cour d'Assises de Lyon (illustration).

Crédit : JEFF PACHOUD / AFP

Marie Zafimehy

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"Là où il y a un enfant, il y a un prédateur qui guette." Maître Jean Sannier en sait quelque chose : l'avocat travaille pour l'association Innocence en danger. C'est dans ce cadre qu'en 2019, il est appelé pour assister un jeune homme qui se dit victime de viol de la part d'un homme, Laurent Moussière. Au fil des investigations, les enquêteurs découvrent qu'il est loin d'être le seul à avoir eu affaire à ce pédocriminel : chez lui a été retrouvé un carnet avec les noms de ses victimes et leurs âges.


Au total, Me Sannier représentera huit victimes de ce dossier, toutes des hommes agressés et violés lorsqu'ils étaient mineurs. "Chacun se trouve dans une situation extrêmement difficile, explique-t-il dans Les Voix du crime. Ils sont en train de revivre des années de leur enfance qui sont des années terribles". Laurent Moussière, ex-opérateur du SAMU et formateur à la Croix-Rouge, les approchait sur Internet ou dans le cadre associatif. 


"Avec son acuité visuelle il a su (...) déceler ceux qui avaient une carence affective, qui avaient une carence familiale, poursuit l'avocat. Il y a d'ailleurs une période où finalement il n'y a pas eu d'enfants suffisamment vulnérables qui venait à la Croix-Rouge alors il est allé chasser dans les foyers de l'ASE". Un mode opératoire rôdé qui a duré près de 30 ans.

Tous sont conscients qu'ils ont été manipulés, qu'ils ont été violés pendant des années

Me Jean Sannier

Laurent Moussière est renvoyé en correctionnelle pour corruption de mineurs, et devant la cour criminelle pour viols et agressions sexuelles sur mineurs. Au total, 17 parties civiles sont représentées à ce dernier procès. Toutes décrivent la même expérience restée secrète pendant parfois des décennies. "Entre les 11 et 14 ans, entre les 12 et 15 ans, ils ont vécu cet enfer, ils ont vécu ces soirées absolument démoniaques", raconte Jean Sannier. 

Ces enfants ont "vécu des soirées démoniaques" : l'avocat de victimes d'un pédocriminel en série raconte comment elles ont été "manipulées" pendant des années

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Chaque enfant raconte avoir bu de l'alcool, consommé de la drogue pendant ce que Jean Sannier appelle des "espèces d'orgies". "Pour chacun d'entre eux, ça a été un glissement vers l'enfer. (...) Donc tous sont conscients qu'ils ont été manipulés, qu'ils ont été violés pendant des années", insiste Jean Sannier. 

Laurent Moussière qui nie d'abord les faits, finit par s'excuser à l'issue de son procès. Il est condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle de Lyon pour les faits d'agressions sexuelles et de viols. 

On a dans ce dossier 80 enfants devenus adultes qui ne verront jamais leur qualité de victime reconnue par la justice

Me Jean Sannier

Pourtant, ce procès avec une quinzaine de parties civiles ne représente qu'une infime partie des faits : les enquêteurs estiment qu'il pourrait y avoir une centaine de victimes au total, seules une cinquantaine d'entre elles ont été identifiées, et plus de la moitié se heurtent à la prescription - "les douze lettres de la honte française" selon Me Jean Sannier.

"C'est un peu moins d'une vingtaine qui vont être retenues comme étant (des victimes) non prescrites, ajoute Maître Jean Sannier, ce qui veut dire qu'on a dans ce dossier 80 enfants devenus adultes qui ne verront jamais leur qualité de victime reconnue par la justice."

Selon lui, il n'y aura cependant pas de troisième procès. "Je ne suis pas certain qu'il y aura une suite, parce que de toute façon, la peine sera confondue avec celle qui a été prononcée, donc il n'y aura pas véritablement de suite", estime-t-il.

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