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Clarisse Serre est avocate pénaliste au barreau de Bobigny.
Crédit : Joël SAGET / AFP
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"Si je racontais une histoire comme ça, personne ne voudrait me croire". Huit ans après les faits qu'elle décrit dans son livre L'Avocate et le repenti (Sonatine, 2025), l'avocate Clarisse Serre a encore du mal à réaliser que ce qu'elle a vécu est bien réel. En mars 2018, elle est contactée par un homme qui deviendra son client : il est "témoin protégé" dans une affaire de double assassinat.
Tout a commencé pour lui lorsqu'il s'est lié d'amitié avec une figure du grand banditisme corse. À ses côtés, le voilà témoin de discussions, de faits et même parfois participant de différentes infractions. Arrêté et mis en examen dans une affaire d'association de malfaiteurs et d'extorsion, le voilà qui décide de parler. Face aux enquêteurs, il livre ce qu'il sait sur différents projets criminels. Il devient ce qu'on appelle en langage courant "un repenti".
Lorsqu'il contacte Me Clarisse Serre, il est accompagné par des agents du SIAT (Service Interministériel d'Assistance Technique) : des policiers chargés d'assurer sa sécurité sur le terrain. Impossible de la rencontrer à son cabinet, il lui donne rendez-vous à une bouche de métro. Une fois arrivée, un homme vient la chercher. "Je vois qu'il a une oreillette et puis c'est comme s'il avait un gilet pare-balles", se rappelle-t-elle dans Les Voix du crime. "Et puis il me dit 'suivez-moi'".
Les difficultés n'ont fait que s'empiler. Ce qui m'a au moins démontré une chose : n'est pas le bureau des légendes qui veut
Clarisse Serre
Cet homme est un agent de police du SIAT. Il la mène jusqu'à son futur client, dans un espace de co-working. "La personne qui m'escorte s'arrête dans la pièce, décrit l'avocate. J'ouvre la porte et là il y a plusieurs hommes à l'intérieur... et les hommes qui sont à l'intérieur je ne peux à ce moment-là pas distinguer qui est qui". Finalement, celui qui l'a contacté se présente et lui raconte son histoire. Clarisse Serre, "enthousiaste", accepte de le représenter.
Rapidement, l'avocate se retrouve à accompagner non seulement son client, mais aussi sa femme et ses enfants. "Quand vous rentrez dans un programme, l'idée, c'est qu'il y a un accompagnement, mais qui devient de plus en plus espacé dans le temps, explique-t-elle. Au départ, les agents sont là pour être très encadrants. Et puis au fur et à mesure, l'idée, c'est d'accompagner une reconversion professionnelle et si j'ose dire, familiale."
Faux CV, faux contrat de location, faux papiers, déménagements, entretiens d'embauche... En tant que "témoin protégé" son client - et par extension sa famille - bénéficie d'un nom d'emprunt, d'une nouvelle identité. Pourtant, plusieurs fois, tous doivent déménager ou mettre en pause leur recherche d'emploi car leur situation éveille les soupçons.
"Il y avait visiblement une difficulté dans la gestion du faux CV, il y avait des difficultés dans la gestion du contrat de location. Donc en fait, les difficultés n'ont fait que s'empiler. Ce qui m'a au moins démontré une chose : c'est que n'est pas le bureau des légendes qui veut", résume Clarisse Serre.
On était 'la balance' et 'l'avocat de la balance'
Clarisse Serre
Et puis, un beau jour, Me Serre apprend que son client est exclu du programme de protection : il ne sera plus accompagné par le SIAT et surtout, il n'aura plus le droit d'utiliser son nom d'emprunt. Commence une bataille judiciaire qu'elle remporte en cassation : toute la famille pourra garder son nouveau patronyme. Malgré tout, l'avocate victorieuse n'a jamais eu d'explications sur les raisons qui ont poussé les magistrats à vouloir retirer le nom d'emprunt de son client.
Nous sommes en 2022 et une échéance importante approche : le procès de l'évasion de Réau du braqueur Redoine FaÏd. Dans cette affaire, le client de l'avocate a le statut de "repenti administratif" puisqu'encore une fois, dans ce dossier, lui a décidé de collaborer avec la justice et les enquêteurs. Il comparaît lors de ce procès pour un projet d'évasion qui n'a jamais été mis en œuvre. "On était vraiment isolés, regrette l'avocate. On était 'la balance' et 'l'avocat de la balance'."
D'autant plus qu'un incident va tout chambouler. Un jour d'audience, alors que le visage du client est censé être protégé par un paravent pour cacher son identité, il apparaît de manière surprenante sur certaines télévisions de la salle d'audience. "Personne n'a vraiment réalisé", confie Clarisse Serre, "Et le temps qu'on réalise, l'audience est suspendue." Encore aujourd'hui elle ignore la source de ce dysfonctionnement.
À l'issue du procès, son client est condamné à deux ans de prison avec sursis et perd son statut de repenti... Le voilà libre, avec un nom d'emprunt, pour lui et sa famille, mais sans protection. Maître Clarisse Serre n'a aujourd'hui plus de nouvelles : elle sait simplement qu'il a été appelé à témoigner dans l'affaire du double assassinat pour lequel il était "témoin protégé". Un dossier pour lequel un procès en appel doit être bientôt organisé.
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