3 min de lecture Police

Mort de Shaoyo Liu : le policier blessé témoigne

"L'express" s'est procuré le récit de l'un des trois policiers présents dans l'appartement du ressortissant chinois tué le 26 mars dernier.

Dimanche 2 avril place de la République à Paris, les manifestants demandent "justice" et "vérité" après la mort de Liu Shaoyao
Dimanche 2 avril place de la République à Paris, les manifestants demandent "justice" et "vérité" après la mort de Liu Shaoyao Crédit : Benjamin CREMEL / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet
Journaliste

Dimanche 2 avril, plusieurs milliers de personnes manifestaient à Paris pour demander "justice" et "vérité", après la mort d'un père de famille chinois, tué à son domicile par un policierdans des circonstances troubles. Le 26 mars dernier, Liu Shaoyao, 56 ans, s'est fait tirer dessus par un agent, alors que selon la police, il en agressait un autre avec une paire de ciseaux. Une version contredite par la famille de la victime, qui affirme que le ressortissant chinois était en train de préparer du poisson avec des ciseaux. 

Pour faire toute la lumière sur ce drame, une information judiciaire a été ouverte contre X, le 5 avril dernier, pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner par une personne dépositaire de l'autorité publique", ce qui a permis la nomination d'un juge d'instruction. Les trois policiers présents lors de l'intervention ont été entendus, et L'Express a pu se procurer le procès-verbal de l'un d'entre eux, qui raconte que Shaoyao Liu l'a attaqué

Le gardien de la paix commence son récit par expliquer les raisons de leur venue dans l'appartement du père de famille, situé dans le XIXème arrondissement de Paris. Il explique qu'ils ont été appelés par un habitant de la cité Curial, qui rapporte la présence "d'un individu avec un couteau dans l'immeuble". "Il nous dit qu'il a vu son voisin du 6ème se balader dans les parties communes avec un couteau. (...) On se dirige alors vers son hall d'entrée et là un homme de type asiatique, au 6ème étage sur son balcon hurle dans une langue que je ne comprends pas dans notre direction". Le voisin leur indique qu'il s'agit de l'homme en question, et qu'il a déjà jeté plusieurs objets depuis son balcon sur des personnes. Il ajoute même qu'il bénéficie d'un suivi psychiatrique et souffre d'alcoolisme

Derrière la porte, on entend hurler un homme et des enfants dans une langue étrangère

Le policier blessé
Partager la citation

Les trois policiers se dirigent ensuite vers l'appartement. "On tape directement à la porte en annonçant notre qualité en criant: c'est la police, ouvrez-nous. Derrière la porte, on entend hurler un homme et des enfants dans une langue étrangère. Et on entend ensuite pleurer et hurler, ce qu'il nous semble être des enfants", raconte le policier, qui décide, avec ses deux collègues d'enfoncer la porte. 

À lire aussi
Coronavirus France
Paris : Castex écarte l'idée d'un confinement de trois semaines, "des fadaises" selon lui

Emporté par son élan, il rentre en premier dans l'appartement de la famille Liu et sent "tout de suite" un coup qui lui arrive au niveau de l'aisselle gauche. En se décalant dans l'entrée qu'il décrit comme "sombre", il aperçoit un homme avec un couteau dans la main". "Il a la lame dans la main droite qu'il porte au niveau de la poitrine et il déplie son bras dans ma direction (...) Là, je crie: 'Il est en train de me planter, il me met des coups de couteau'. Dans ma tête, je comprends qu'il essaie de me tuer. Je fais un pas en arrière. Je vois qu'il continue à avancer sur moi, le couteau toujours dans sa main, pointé en direction de ma poitrine". 

Je vois la plaie entrante de la balle (...) A ce moment je vois qu'il respire toujours

Le gardien de la paix
Partager la citation

C'est à ce moment-là que l'un de ses collègues tire sur Shaoyao Liu. "Il a tiré une fois", explique le policier, qui raconte que l'homme est ensuite "tombé mollement au sol, sur le dos". Il s'aperçoit alors que l'arme utilisé par son agresseur n'est pas un couteau mais une paire de ciseaux. "Tout de suite je me suis mis à genoux à côté de l'homme allongé au sol. J'ouvre sa chemise. Je vois la plaie entrante de la balle (...) À ce moment je vois qu'il respire toujours", poursuit le gardien de la paix. Mais quelques instants plus tard, après l'arrivée des pompiers, Shaoyao Liu décède, malgré le massage cardiaque effectué par les secours. Le policier se verra quant à lui prescrire 3 jours d'interruption temporaire de travail. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Police Faits divers Paris
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants