4 min de lecture Faits divers

Landes : il défigure sa collègue avec de l'acide avant de se suicider en prison

VU DANS LA PRESSE - L'homme mis en examen vendredi 13 décembre dans l'affaire de l'agression à l'acide de Laurède a mis fin à ses jours dans sa cellule, dans la nuit de mercredi à jeudi.

Un gendarme en France (illustration)
Un gendarme en France (illustration) Crédit : MYCHELE DANIAU / AFP
Florise Vaubien
Florise Vaubien Journaliste

Dans le village de Mugron à 30 km de Dax (Landes), cette sordide agression continue d'interroger, ne serait-ce que pour le mobile, particulièrement glaçant, s'il s'agit bien là d'une simple rivalité professionnelle.

Le patron de la boulangerie, qui vient d'apprendre que le suspect de l'agression sur son employée s'est suicidé dans sa cellule, est toujours sous le choc. Fabien T. aurait agressé sauvagement sa collègue Isidra, 65 ans, alors qu'elle quittait son domicile, un matin d’octobre. Il avait été mis en examen pour tentative d'assassinat puis placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Pémégnan, à Mont-de-Marsan, vendredi 13 décembre. Le mobile de son acte laisse encore les habitants perplexes. 

"C'est un homme qui vivait dans une situation de précarité", d'après une source judiciaire. Malgré une promesse d'embauche, Fabien T., la cinquantaine, se décourageait, nourrissant rapidement une rivalité professionnelle avec sa collègue. "Il a imaginé qu'elle était sa rivale pour ce poste, même s'il ne connaissait presque pas cette femme et l'avait juste croisée à quelques reprises", confie une source proche de l'enquête au Parisien. "Il s'est fait des films, ça ne tournait pas rond dans sa tête", estime le boulanger de Mugron.

"On ne tente pas de tuer quelqu'un comme ça pour une place en boulangerie, pour moins de 1.000 euros par mois, c'est dramatique. Cette femme a croisé la route d'un détraqué", commente un commerçant de Montfort-en-Chalosse. Isidra, était considérée comme une professionnelle, rigoureuse, dynamique et agréable. "C'est horrible, elle ne méritait pas ça", poursuit-il.

Une agression à l'acide

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Fabien T. passe son tout premier entretien avec le patron de la boulangerie, en octobre dernier. "Il m'a dit qu'il venait de Nice et s'était installé récemment dans la région, à Gamarde-les-Bains, qu'il avait été intérimaire. Un homme présentable et ouvert d'esprit", commente le gérant. CDI en poche, l'employé travaillera en binôme avec Isidra, qui assure la vente à la boulangerie de Montfort-en-Chalosse depuis plus de dix ans. L'un serait de service le matin, l'autre l'après-midi. Mais le vendredi 18 octobre dernier, pour une raison inconnue, tout bascule en quelques minutes

Ce matin-là, Isidra est absente. Connue pour être ponctuelle, l'employée ne vient pas à la boulangerie de Mugron pour venir chercher la marchandise. Il est alors 7 heures du matin. "Ce n'était pas normal, on a pensé qu'elle avait peut-être eu un malaise. J'ai demandé à ma femme de se rendre chez elle", explique le commerçant au Parisien. Le jour ne s'est pas encore levé quand la boulangère se rend chemin de Termi, à Laurède, au domicile d'Isidra. Dans sa voiture, Isidra est grièvement blessée, brûlée sévèrement au visage et dit avoir été agressée par un homme, sans plus de précisions. 

"Ma femme m'a dit au téléphone Il faut que tu viennes tout de suite", relate le boulanger qui se précipite sur les lieux du drame où il trouve son employée "consciente et calme". Il se souvient : "Elle avait noué un foulard autour de son visage mais c'était terrible : ses yeux étaient blancs, elle n'avait plus de nez. On ne savait si son agresseur était encore là. J'avais l'impression d'être dans un film d'horreur".

Il donne le change et n'éveille aucun soupçon

À l'arrivée des secours, la victime, dans un état grave, est transportée à l'hôpital. Son pronostic vital est engagé car l'acide a littéralement ravagé son visage. Malgré tout, les médecins parviennent à sauver ses yeux, mais Isidra est défigurée.

Très vite, les gendarmes de la section de recherches de Pau (Pyrénées-Atlantiques), assistés des militaires de la brigade de recherches de Dax, écartent la piste d'une rivalité amoureuse. Il s'agirait, d'après les officiers, d'un acte "froid et calculé", selon une source proche de l'enquête. Plusieurs personnes sont entendues alors que Fabien T. reste impassible.

Pendant ce temps, le patron demande à Fabien T. de prendre la place d'Isidra. L'homme arrive à la boulangerie dès le mardi suivant l'agression. Lorsque les clients lui demandent des nouvelles d'Isidra, il répond normalement et n'éveille aucun soupçon, "C'est fou qu'ils n'arrivent pas à trouver qui a fait ça", rétorque-t-il à une commerçante du village. 

Un véritable "guet-apens" pour la victime

De leur côté, les gendarmes avancent dans leur enquête et dressent une longue liste d'éléments contre lui. Ils ont notamment retrouvé des objets lui appartenant sur le bord du chemin menant chez la victime. En fait, il aurait tendu un véritable "guet-apens" à la victime, selon Olivier Janson, le procureur de Mont-de-Marsan, forçant la victime à sortir de son véhicule.

Les enquêteurs relèvent également que son téléphone a borné près de chez elle le matin des faits. Par ailleurs, ils disposent d'images de vidéosurveillance qui prouveraient l'achat de produit ménager type acide dans un supermarché de la région, quelques jours plus tôt. Le 11 décembre 2019, Fabien T. est interpellé à son domicile de Gambade-les-Bains. Devant les gendarmes, l'homme, au casier judiciaire vierge, nie les faits qui lui sont reprochés. Renfermé, "il n'a montré aucune inquiétude par rapport à sa situation, ni empathie envers la victime", confie un proche du dossier.

Cette région où s'est déroulée cette terrible agression n'est pas particulièrement touchée par le chômage. "On est dans un contexte d'une zone très rurale, éloignée de Dax, dans laquelle les emplois sont rares et difficiles à dégoter pour des gens dont la mobilité géographique est réduite, relève toutefois une source proche de l'affaire. Cela illustre bien, même si on peut aussi penser à des problèmes psychologiques, à une désespérance sociale forte". 

L'homme, qui a laissé une lettre avant de mettre fin à ses jours, n'exprime ni les raisons de son geste ni des regrets. À Montfort-en-Chalosse, le suicide de Fabien T. résonne déjà comme un aveu de culpabilité.

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