4 min de lecture Attentats à Paris

Jawad Bendaoud : le premier procès en lien avec le 13 novembre s'ouvre ce mercredi

Il est celui que l'on a surnommé le "logeur de Daesh" après les attentats du 13 novembre 2015 à Saint-Denis et Paris. Le procès de Jawad Bendaoud, qui s'ouvre mercredi 24 janvier, est le premier en lien avec les attaques meurtrières du Stade de France, des terrasses parisiennes et du Bataclan.

Jawad Bendaoud, le "logeur" des jihadistes du 13 Novembre, a été renvoyé en correctionnelle.
Jawad Bendaoud, le "logeur" des jihadistes du 13 Novembre, a été renvoyé en correctionnelle. Crédit : BFMTV / AFP
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C'est l'un des rendez-vous judiciaires les plus attendus de l'année. Les Français s'en souviennent comme du "logeur". Celui qui a réussi à faire sourire la France traumatisée par le compte de ses morts et ses blessés. "Celui dont on a ri après avoir trop pleuré", a résumé son avocat Xavier Nogueras. Le 24 janvier s'ouvre le procès de Jawad Bendaoud pour "recel de malfaiteurs terroristes". Il s'est rendu célèbre le matin de l'assaut de Saint-Denis, le 18 novembre 2015, cinq jours après les attentats les plus meurtriers connus en France qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. À ses côtés dans le box des accusés, se trouveront Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen.

Alors que les chaînes d'information en continue couvrent l'intervention des forces de l'ordre sur place pour notamment interpeller Abdelhamid Abaaoud, logé dans un appartement de Seine-Saint-Denis, cet individu est interviewé. De manière apparemment innocente, du moins naïve, il se confie en direct au micro de BFMTV : "J'ai appris que c'était chez moi, que les individus sont retranchés chez moi, je n'étais pas au courant que c'était des terroristes (...) On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service", répond-il aux questions du journaliste. 

À la suite de cet entretien, un policier en arrière plan l'attrape par le bras et procède à son interpellation puis il est mis en examen six jours plus tard, notamment pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle en vue de commettre une action violente". 

Jugé en correctionnelle

Jawad Bendaoud a échappé aux assises : les juges d'instruction ont finalement estimé que s'il savait qu'il hébergeait certains auteurs des attentats parisiens, il n'avait pas connaissance de leur projet d'attaques futures. Abaaoud et son complice comptaient en effet se faire exploser, le 18 ou le 19 novembre, dans le quartier de La Défense près de Paris, selon le procureur de la République de Paris, François Molins. 

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Que savait précisément Jawad Bendaoud ? Cette question sera au centre du procès. Depuis son arrestation, le logeur présumé n'a cessé de clamer son innocence. "Je n'ai jamais parlé de ma vie avec un membre d'une cellule terroriste, je n'ai rien à voir avec les attentats ni de loin ni de près", écrivait-il aux magistrats en mars 2016, expliquant avoir "consommé de la coke et du shit en quantité" ce jour-là.  

Une requalification des faits pour "terrorisme" ?

Selon une note de la Sous-direction anti-terroriste (SDAT) dévoilée en juin 2016, l'ADN du "logeur" aurait été retrouvé sur l'adhésif qui a servi à fixer une des ceintures explosives des terroristes dans l'appartement, notamment celle qui leur a servi à se faire exploser pendant l'assaut du 18 novembre. Une bombe qui devait servir au projet d'attentat à la Défense. Cet ADN était aussi mélangé à celui d'Abdelhamid Abaaoud, considéré comme le logisticien des attentats.

Si ces éléments n'ont pas été retenus par le juge d'instruction Christophe Teissier, qui aurait donné raison aux explications de l'accusé, selon Paris Match, l'avocat d'une association de victimes (Life for Paris) entend faire requalifier le délit en "acte criminel" ce qui, d'après le magazine, pourrait le faire condamner pour "acte terroriste". Maître Georges Holleaux estime ainsi que Jawad Bendaoud aurait eu un rôle bien plus important qu'il ne le laisse entendre et qu'il aurait pu participer matériellement à l'acte terroriste. L'accusé pourrait alors être condamné à 12 ans maximum, au lieu de 6 ans actuellement.

C'est moi la victime !

Jawad Bendaoud au tribunal de Bobigny
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Depuis son arrestation, Jawad Bendaoud a comparu à trois reprises devant le tribunal de Bobigny pour avoir mis le feu à sa cellule, pour trafic de cocaïne et pour avoir insulté et menacé de mort des policiers. Des audiences agitées, avec un Jawad Bendaoud à bout de nerfs, laissant éclater sa colère au tribunal.  

Le 30 octobre, il a été expulsé d'une audience de procédure devant le tribunal de Paris. "C'est moi, la victime !", a-t-il protesté. "Ça fait deux ans que je suis incarcéré pour rien du tout, vous avez fait de moi un coupable, j'étais au courant de rien!". Jawad Bendaoud, un délinquant multirécidiviste, encourt six ans de prison. Il avait déjà purgé huit ans de prison, notamment pour coups mortels, avant les attentats du 13 novembre. 

Le procès doit durer trois semaines, jusqu'au 14 février. Cette durée s'explique notamment par le grand nombre de parties civiles. Entre 300 et 350 parties civiles souhaitent se constituer, a indiqué le tribunal. Il y a parmi elles des victimes des attaques du 13 novembre, mais aussi la ville de Saint-Denis qui veut obtenir réparation du préjudice financier et moral. Un procès qui s'annonce déjà hors-norme.

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