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Isabelle Rome, ex-ministre déléguée chargée de l’Égalité femmes-hommes
Crédit : Capture d'écran RTL
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Le 26 septembre 2011, aux alentours de 8h15 à Saussay, en Eure-et-Loir, les gendarmes découvrent deux corps dans un monospace : un homme au visage brûlé, enroulé dans une couette blanche immaculée. Il est vivant contrairement à celle qui se trouve à ses côtés : Éliane Vazard, sa femme, retrouvée calcinée, menottée et à moitié nue. Autour d'eux, se trouvent des jouets sexuels, un bidon d'essence et de l'alcool.
Le principal suspect clame son innocence et se défend "d’un accident". "On jouait", dit-il face aux enquêteurs et réitère-t-il dans la salle d’audience. Jean-Pierre Vazard est reconnu coupable d'avoir volontairement incendié le véhicule avec sa femme à l'intérieur. Il est condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour assassinat en 2016 et fait appel de cette décision. En avril 2018, lors de son procès en appel, Isabelle Rome préside la cour d’assises de Versailles. Dans Les Voix du crime, elle raconte trois journées qui ont permis d’infirmer la thèse de l’accident et qui ont abouti à la condamnation de l’accusé à 20 ans de détention.
Dans Jouer ou tuer, publié en avril 2025 aux éditions Michalon, dans la collection Polars Réels dirigée par Plana Radenovic, l’ancienne ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes et magistrate Isabelle Rome analyse le processus qui a conduit à ce féminicide qu’elle a choisi d’aborder "à titre préventif".
Ce féminicide a été commis à une époque où la société n’était pas encore acculturée aux notions qui sont au cœur des violences faites aux femmes : l’emprise et le contrôle coercitif. L’ex-ministre et magistrate voit dans cette affaire, avec sept ans de recul, "tous les symptômes du contrôle coercitif", qu’elle définit comme "un cumul de comportements, d’attitudes, de propos et de gestes qui sont tenus par le conjoint violent et qui consistent à placer sa conjointe sous sa domination, en la dévalorisant".
Il considérait qu’elle connaissait trop de monde dans le village dans lequel ils habitaient
Isabelle Rome, ex-ministre à l'égalité femmes-hommes et magistrate
Premier signe de ce processus, "l’isolement de la famille, des amis, et même du travail". Deuxième signal, "la jalousie excessive". Pour Isabelle Rome, c’était "flagrant" dans cette affaire et à l’époque, le seul trait du "contrôle coercitif" explicitement identifié. Dès son mariage avec Éliane Vazard, Jean-Pierre "a souhaité déménager parce qu’il considérait qu’elle connaissait trop de monde dans le village dans lequel ils habitaient, qu’il y avait certainement ses ex", explique l’ancienne ministre.
Jean-Pierre Vazard travaillait de nuit. Il lui arrivait, explique Isabelle Rome, de rentrer sur ses horaires de travail "pour vérifier qu’elle (Éliane) n’était pas avec un amant". Troisième symptôme, “le processus de dévalorisation, de dénigrement”. "T'es grosse, t'es une moche, t'es nulle, tout ça. C'est extrêmement destructeur. Parce que quand ça dure des semaines et des mois, la victime, elle se sent complètement anéantie, dévalorisée", rapporte l’ex-magistrate.
Quatrièmement, "les menaces", surtout si elles sont "précises dans leur contenu", ajoute Isabelle Rome. Dans cette affaire de féminicide, Jean-Pierre avait prévenu son psychologue. Il lui a dit "qu’il avait une hache dans son coffre de voiture en disant qu'il voulait peut-être tuer sa femme. Et il avait aussi dit qu'il pouvait lui foncer dessus en voiture. À l'époque, les signaux rouges ne se sont pas allumés", déplore l’ex-ministre au micro des Voix du crime.
Si une femme se trouve dans cette situation, qu'elle comprenne que c'est une relation qui peut être très dangereuse pour elle
Isabelle Rome, ex-ministre à l'égalité femmes-hommes et magistrate
Les pratiques sexuelles imposées faisaient aussi partie "du processus de domination". Jean-Pierre "avait commandé des objets sexuels, mais (Éliane) avait dit à sa sœur que ça ne lui plaisait pas", rapporte Isabelle Rome.
Si l'ancienne présidente de cour d'assises a choisi de parler de cette affaire, c’est parce que, selon elle, cette situation est "l'antichambre du féminicide". Elle conclut :"si une femme se trouve dans cette situation, qu'elle comprenne que c'est une relation qui peut être très dangereuse pour elle. Si votre sœur, votre copine, votre fille, se trouve dans cette situation, que vous puissiez peut-être un peu l'alerter”.
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