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"Il n’y a pas un grand changement" : malgré les procès, la DZ Mafia reste solidement implantée

Le verdict du procès du double homicide du Formule 1, dans lequel comparaissent deux chefs présumés de la DZ Mafia, sera rendu ce mardi 14 avril. Mais l'action de la justice, le trafic de drogue reste très actif à Marseille, porté par des relais sur le terrain et des chefs toujours en liberté, parfois à l’étranger.

La cité de la Castellane à Marseille (illustration)

Crédit : TSCHAEN/SIPA

"Il n'y a pas un grand changement" : malgré les procès, la DZ Mafia reste solidement implantée

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Etienne Baudu

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L'action de la justice sur des figures importantes de la DZ Mafia ne semble pas avoir profondément bouleversé le quotidien dans les cités marseillaises. Ce mardi 14 avril deux chefs présumés de la DZ Mafia connaîtront le verdict de la cour d’assises d’Aix-en-Provence. L'accusation a requis dimanche 12 avril, la prison à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans contre Gabriel Ory, et 18 années de prison contre Amine Oualane, deux chefs présumés de la DZ pour un double assassinat commis avant la création de ce groupe criminel marseillais. Pourtant, dans les quartiers nord, les points de deal continuent de fonctionner.

À la Castellane, symbole des opérations de police ces dernières années, les trafiquants ont rapidement repris leurs activités. En face, à la Bricarde, les dispositifs pour ralentir les forces de l’ordre sont toujours en place, preuve d’une organisation bien rodée.

Habitant du secteur, Eliott, sa fille dans les bras, observe peu de changement : "Il y a pas un grand changement au niveau du business et des trafiquants qui sont présents depuis des années. Aujourd'hui, malgré l’arrestation des têtes pensantes du réseau, ils sont toujours actifs, il y a toujours autant de gens qui viennent puis ça n’a pas endigué le trafic plus que ça".

Dans les quartiers sud, le sentiment d’insécurité reste également fort. Asa, qui croise quotidiennement des dealers, confie vivre avec une "certaine crainte" : "On n’est à l’abri de rien […] pour moi ça ne s’arrêtera jamais".

Des chefs incarcérés… mais une organisation qui s’adapte

Plusieurs figures de la DZ Mafia sont aujourd’hui détenues dans des prisons de haute sécurité, notamment à Vendin-le-Vieil et Condé-sur-Sarthe. Une situation qui complique forcément la gestion du réseau, sans pour autant l’arrêter.

D’abord, parce que tous les dirigeants ne sont pas derrière les barreaux. Selon les enquêteurs, trois à quatre chefs présumés restent en liberté, dont au moins deux en Algérie. Dans un contexte diplomatique tendu, ils continuent d’opérer à distance.

Pour Philippe Albrand, ancien numéro 2 de la brigade criminelle de Marseille, la situation est claire : "Lutter contre ces 2 ou 3 cadres qui sont à l’extérieur, notamment en Algérie, depuis notre pays, c’est difficile et donc ils continuent à gérer de manière très dynamique l’activité qui est la leur depuis plusieurs années".

Sur le terrain, des relais prennent le relais. Des "lieutenants" assurent la logistique et la continuité du trafic. Plusieurs ont récemment été interpellés, notamment dans le cadre de l’affaire Octopus, mais le renouvellement des équipes semble constant.

Philippe Albrand met en garde contre une recomposition du réseau : "Il est possible qu’on voit émerger de nouvelles têtes, c’est même très probable […] à la faveur de l’enfermement […] de ceux qui étaient les leaders jusqu’à présent".

Des prisons ultra-sécurisées pour couper les réseaux

Longtemps, certains chefs ont continué à piloter leurs activités depuis leur cellule, notamment grâce à l’utilisation de téléphones portables en détention. Les nouvelles conditions d’incarcération visent précisément à mettre fin à ces pratiques.

Dans les établissements de haute sécurité, les communications sont désormais beaucoup plus contrôlées. Pour Olivier Leurent, président du tribunal judiciaire de Marseille, ces dispositifs sont essentiels : "Ces mesures de sécurité sont extrêmement renforcées et compliquent nécessairement un détenu qui voudrait continuer son business depuis l’intérieur de la maison d'arrêt, c’est pour ça qu’il ne faut pas baisser la garde et continuer cette lutte".

L’ampleur du phénomène reste considérable. En trois ans, depuis février 2023, la police judiciaire marseillaise a placé 792 personnes en garde à vue dans des affaires liées à la DZ Mafia. Parmi elles, 545 ont été déférées et 400 incarcérées.

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