Des figurines nues en chocolat noir, épinglées comme "racistes" par le Conseil représentatif des associations noires (CRAN), ont été bannies de la vitrine de leur pâtissier de Grasse, par décision jeudi en référé du tribunal administratif de Nice
Le pâtissier des Alpes-Maritimes a surnommé ses couples de petits gâteaux de 10 centimètres de haut, nappés de chocolat et fourrés à la ganache, "dieux et déesses". Ils ont la forme d'un homme dodu avec un sexe protubérant et d'une femme avec des grosses lèvres roses.
Début mars, le CRAN avait intimé au pâtissier, via un communiqué de presse, de cesser de vendre les gâteaux suite au signalement d'une habitante. Puis il avait écrit au maire de la ville pour les faire interdire. Jeudi, le tribunal administratif de Nice, saisi par l'organisation, a estimé que les gâteaux représentent "deux personnes de couleur dans des attitudes grotesques et obscènes", ce qui porte atteinte à "la dignité humaine et particulièrement à celle des personnes africaines ou d'ascendance africaine".
Ne décelant néanmoins pas de "volonté malveillante de leur créateur", le tribunal a interdit leur exposition en vitrine, mais pas leur fabrication et leur vente. Le tribunal a en outre enjoint le maire UMP de Grasse, Jérôme Viaud, à faire respecter immédiatement cette interdiction d'exposition, sous peine d'une astreinte de 500 euros par jour de retard. La commune devra en outre verser 1.000 euros au CRAN.
Au cours d'un débat contradictoire, l'avocat de la Ville de Grasse avait souligné que les gâteaux étaient fabriqués depuis une quinzaine d'années par le pâtissier et qu'aucune urgence d'interdiction n'était démontrée pour "trouble à l'ordre public". Yannick Tavolaro, pâtissier abasourdi qui a déposé plainte en diffamation contre le CRAN, précise qu'il fabrique ses "dieux" et "déesses" uniquement le weekend et souvent sur commande. Il stipule que l’emploi du chocolat noir est techniquement indispensable pour modéliser ces figurines, des caricatures sans caractère raciste de son point de vue.
Mais pour le CRAN - dont l'objectif est de lutter contre "les discriminations raciales" et "les injustices post-coloniales" - les appareils génitaux surdimensionnés des pâtisseries font "référence à des stéréotypes renvoyant à l’imagerie coloniale" et sont "infamantes pour les populations d’origine africaine". Le président de l'organisation, Louis-Georges Tin, s'est "réjoui" jeudi de cette "victoire" dans un communiqué. "C'est un avertissement adressé à tous les élus de la République", a-t-il estimé.
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