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Évasion fiscale : Jon Palais, le "José Bové" des "Faucheurs de chaises", en procès à Dax

Lundi 9 janvier, le leader des "Faucheurs de chaises" comparaîtra devant le tribunal de Dax pour "vol en réunion". Une tribune inespérée pour celui qui mène l'action contre l'évasion fiscale.

Jon Palais, militant de Bizi ! (à droite), en compagnie du syndicaliste Vincent Drezet, le 8 décembre 2016
Jon Palais, militant de Bizi ! (à droite), en compagnie du syndicaliste Vincent Drezet, le 8 décembre 2016
Crédit : AFP / Iroz Gaizka
Évasion fiscale : Jon Palais, le "José Bové" des "Faucheurs de chaises", en procès à Dax
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Évasion fiscale : Jon Palais, le "José Bové" des "Faucheurs de chaises", en procès à Dax
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Loïc Farge
Loïc Farge

C'est un petit procès qui risque de faire du bruit. Lundi 9 janvier à Dax, à 13h30, le leader des "Faucheurs de chaises" comparaîtra devant le tribunal de Dax. Les "Faucheurs de chaises", c’est un clin d’œil à José Bové et aux faucheurs d’OGM. Il s'agit d'un mouvement de désobéissance civile qui est né à Bayonne en 2015 et qui a pris de l’ampleur. Le principe de ces "faucheurs de chaises", c’est d’aller voler des chaises (pas des ordinateurs, pour que le préjudice matériel reste limité) dans les agences de banques soupçonnées d’être impliquées dans l’évasion fiscale.

Le 19 octobre 2015, Jon Palais et une quarantaine de militants en gilet fluo sont donc allés dans une agence de la BNP à Paris. Ils sont repartis avec sous le bras quatorze malheureuses chaises. Puis d’autres groupes ont refait ça une quarantaine de fois partout en France, surtout à la BNP. Au total, 196 chaises ont ainsi été "réquisitionnés". La BNP a porté plainte, et Jon Palais va donc comparaître pour "vol en réunion" devant le petit tribunal de Dax dans les Landes.

Le grand tribunal de l'évasion fiscale

Si Jon Palais est le seul poursuivi, il ne va pas venir tout seul. Dans la salle d'audience du tribunal de Dax, il n'y a que cinquante places assises. Mais à côté, la mairie de Dax a prêté gracieusement le Carreau des Halles où sont attendues des personnalités : le philosophe Edgar Morin, José Bové et des candidats de gauche à la présidentielle (Benoît Hamon, Yannick Jadot, Philippe Poutou...). Le but est d'inscrire le sujet évasion fiscale dans la campagne électorale.

Dans le prétoire, le "faucheur de chaises" sera défendu par Me Eva Joly, l'écologiste, ex-juge anti-corruption devenue avocate, et sa fille Caroline Joly. Leur objectif est de faire de ce petit procès de correctionnel le grand tribunal de l’évasion fiscale. La BNP, qui refuse d’évoquer publiquement le dossier judiciaire, a offert à Jon Palais, ce "José Bové en herbe", une tribune inespérée. "Moi, contrairement à tous ceux qui organisent l'évasion fiscale, je répondrai de mes actes. J'ai agi à visage découvert ; ce n'est pas le cas de ceux qui organisent l'évasion fiscale, qui ne répondent de rien et qui organisent l'opacité", clame Jon Palais.

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"Je pense que ce n'est pas moi qu'il faut inquiéter. La plupart des évadés fiscaux ne sont pas poursuivis, quelques-uns commencent à l'être, mais ceux qui organisent ce système ne le sont toujours pas", avance-t-il. "Pour nous ce n'est pas un vol. On veut bien rendre les chaises aux banques, si elles rendent l'argent qu'elles ont aidé à détourner", prévient-il.

Un lien avec le changement climatique

Jon Palais devra tout de même être sérieusement défendu. À 37 ans, il a un passé de militant aussi long que ses cheveux. Il a déjà été condamné à de la prison avec sursis pour être rentré dans une centrale nucléaire avec Greenpeace. Pour Jon Palais et son mouvement Bizi ! ("Vivre !", en langue basque), la lutte contre fraude fiscale est lié à celui contre le changement climatique.

Les 196 chaises fauchées, c’est pour expliquer que les 196 États parti de l’accord de la COP 21, incapables de trouver les 100 milliards d'euros pour financer le Fond vert pour le climat, pouvaient facilement lever cet argent en luttant vraiment contre l’évasion fiscale. La fraude fiscale représente 1.000 milliards d'euros par an en Europe, selon les estimations de la Commission de Bruxelles. En France, 15 à 20% de recettes fiscales s’évaporent ainsi.

"Il existe un début de volonté politique pour lutter contre", estime Christian Chavagneux, le pionnier de la lutte contre l’évasion fiscale qui a longtemps prêché dans le désert. "Le procès de Dax et la mobilisation qui s’annonce, dit-il, montrent que l’opinion va exercer, dans les années à venir, une pression solide et durable". Les banques, constate Christian Chavagneux, "ont donc commencé à faire des efforts". Y compris la BNP.

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