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"Vous n’avez aucun droit sur moi" : les conseils d'un négociateur du RAID pour renouer le dialogue avec son enfant quand on ne se comprend plus

À l'adolescence et au début de l'âge adulte, les tensions familiales peuvent s'aggraver sous l'effet des réseaux sociaux, de la quête d'identité et du besoin d'appartenance. Des spécialistes expliquent comment maintenir le dialogue.

Une adolescente sur son téléphone portable (photo d'illustration).

Crédit : ROBIN UTRECHT / ANP MAG / ANP via AFP

Les parents ont-ils perdu toute autorité ?

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Céline Landreau & La rédaction numérique de RTL

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Après les débordements survenus lors des manifestations et des blocages de lycéens, la question de la responsabilité des parents revient au premier plan. Leur autorité sur leurs enfants apparaît fragilisée dans certains cas. À l'adolescence, puis au passage à l'âge adulte, les échanges au sein de la famille peuvent se compliquer jusqu'à la rupture.

Laeticia, auditrice de RTL et mère de trois enfants raconte dans l'émission C'est notre époque, le bouleversement qu'elle vit avec son fils de 19 ans. Pendant son enfance et son adolescence, les problèmes d'autorités étaient quasiment inexistants, explique-t-elle. 

"Il a eu la chance d'évoluer dans un milieu plutôt privilégié, dans des écoles privées classiques. On n'a honnêtement jamais eu de problème d'autorité avec lui", confie-t-elle. Mais depuis environ deux ans, son comportement et son discours ont profondément changé. Laeticia pointe l'influence des réseaux sociaux. Son fils tient désormais des propos qu'elle juge radicaux et il rejette profondément ses parents. 

"il est devenu la caricature des jeunes... un étudiant intellectuel privilégié qui a des discours extrêmement radicalisés et donc il nous dit 'Vous, la bourgeoisie exploitante, vous n'avez aucun droit sur moi'", raconte-t-elle. 

Une quête d'identité et l'affirmation de soi

Une situation d'autant plus difficile qu'à 19 ans, les outils classiques de modération des écrans et des réseaux ne fonctionnent plus. Pour Gisèle Georges, pédopschiatre, auteure de Mon enfant explose pour un rien, cette prise de distance avec la famille fait aussi partie d'un processus de construction de soi. 

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"L'enfant doit passer d'une situation où j'étais le fils de la famille à 'je dois m'inclure dans ma société'. Et donc j'essaye de suivre un groupe social et je pense que TikTok est le bon groupe social. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas, ce n'est même pas souvent le cas, et du coup il se met en opposition aux parents", estime-t-elle. 

Laurent Combalbert, ancien négociateur du RAID et auteur de La négociation pour les nuls, souligne lui aussi ce besoin d'appartenance. Selon lui, un jeune qui s'éloigne du cadre familial pour se reconnaître dans une autre communauté, "va en prendre tous les codes, et va même argumenter avec des choses qui peuvent être fausses, mais lui va croire que c'est vrai", explique-t-il.

Ne pas entrer directement dans la confrontation

Pour Laurent Combalbert, l'une des clés est de ne pas chercher d'emblée à imposer son propre raisonnement. Au lieu d'entrer dans une confrontation où chacun veut démontrer que l'autre a tort, il recommande avant tout de laisser son enfant s'exprimer et de lui poser des questions. 

"Mais qu'est-ce qui te laisse penser que sa violence est légitime ? Et pourquoi tu penses qu'on devrait faire comme ci et pas comme ça ? C'est intéressant aussi, en posant des questions, de l'amener à prendre en compte sa propre réalité. Et peut-être une réalité qui n'est pas en phase avec ce qui se passe autour de lui", conseille-t-il. 

Poser un cadre à la discussion

L'ancien négociateur du RAID pose tout de même des limites. "L'expression du désaccord elle est importante, c'est une soupape de sécurité dans les familles, dans les groupes. Par contre la façon dont elle s'exprime, ça c'est les choses sur lesquelles on doit être très très bien cadré". 

Chaque famille doit ainsi définir ce qui peut être discuté et ce qui relève d'un cadre non négociable, notamment en matière de sécurité ou de respect d'autrui. Il s'agit aussi de fixer des limites claires dans la manière de s'exprimer, afin de préserver le respect et d'écarter toute forme de violence.

Savoir dire non dès le jeune âge

Pour Gisèle Georges, cette relation se construit dès les premières années de l'enfant, il faut savoir dès qu'il est enfant lui dire non. Laurent Combalbert insiste sur l'importance d'apprendre la frustration. "Aujourd'hui, les réseaux sociaux laissent passer aux enfants qu'ils peuvent tout avoir tout de suite. Et quand on leur dit non, tu ne peux pas l'avoir, ils ne savent plus gérer cette frustration", remarque-t-il. 

L'ancien négociateur du RAID ajoute qu'il faut aussi accepter la frustration de son enfant, accepter de ne pas être toujours aimé ou approuvé par son enfant. "Il faut accepter cette blessure que ça va nous faire dans le cœur de dire non à nos enfants qui vont nous regarder avec les yeux pleins de larmes. Mais c'est comme ça. On doit le faire", assure-t-il. 

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