3 min de lecture Justice

Attentat raté du Thalys : une attaque déjouée, un auteur condamné à perpétuité

LES GRANDS PROCÈS DE 2020 (7/7) - Ayoub El Khazzani a été condamné à perpétuité pour l'attentat raté dans un Thalys en 2015. Des passagers l'ont maitrisé avant qu'il ne commette un massacre.

Mark Moogalian lors du procès de l'attentat raté du 21 août 2015 dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris, le 19 novembre 2020.
Mark Moogalian lors du procès de l'attentat raté du 21 août 2015 dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris, le 19 novembre 2020. Crédit : Elisabeth De Pourquery / AFP
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Paul Turban et AFP

"Un attentat aveugle" qui aurait été "particulièrement meurtrier" sans "un concours de circonstances particulièrement improbables" - des munitions défectueuses - et "le courage exceptionnel des passagers". Tels sont les mots choisis par le président de la cour d'assises spéciale Franck Zientara pour décrire l'attaque raté du Thalys. Le 17 décembre 2020, Ayoub El Khazzani a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Son avocate a indiqué qu'il ferait appel de sa condamnation. 

Le 21 août 2015, c'est sans aucun doute un attentat ultra meurtrier qui a été évité. "Un train lancé à grande vitesse", "pas d'issue pour les victimes... Un plan parfait", a résumé en quelques mots l'avocat général durant ses réquisitions, suivies par la cour. Le 21 août 2015, quelque 200 passagers sont à bord du Thalys Amsterdam-Paris et parmi eux se trouve Ayoub El Khazzani

L'homme de 31 ans, au cours du voyage, entre ce jour-là dans les toilettes du train. Il en ressort avec une kalachnikov, un pistolet et un cutter, et près 300 munitions à portée de main dans un sac ouvert sur son ventre. Avec ce "véritable arsenal", c'est bien "aveuglement et indifféremment" qu'il voulait tuer, a affirmé le président de la cour d'assises spéciale. El Khazzani agit sur ordre de l'Etat islamique, est piloté par le futur coordinateur des attentats du 13-Novembre, Abdelhamid Abaaoud. 

Il arrive que dans les tragédies surviennent des moments de grâce

L'avocat général lors du procès de l'attentat raté du Thalys
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Ce plan n'est toutefois pas mis à exécution. L'assaillant est bloqué "par instinct" par un homme de 28 ans, passager du train. Un autre passager tente en vain d'intervenir. Puis Spencer Stone, 23 ans, un soldat américain en vacances, plaque l'attaquant au sol. Ce dernier tente de tirer avec le fusil qu'il vient d'armer, on entend un "clic", mais la balle ne part pas; les munitions sont défectueuses, a souligné la cour.

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El Khazzani sort ensuite son pistolet puis son cutter, mais Stone et un de ses amis, également militaire américain, finissent par le maîtriser "fou furieux", a rappelé le président. "Ce serait le scenario d'un film, j'y croirais à peine", a pour sa part commenté à la barre un passager du train. Une "intervention héroïque", a souligné la cour. 

La cour n'a pas manque de rappeler qu'un des passagers a été blessé gravement.  Mark Moogalian, professeur d'anglais de 51 ans, a réussi à s'emparer brièvement de la kalachnikov. Mais El Khazzani lui a tiré une balle dans le cou. "Justice a été faite", a déclaré à la sortie de l'audience sa femme, présente dans le train. 

La version d'El Khazzani n'a pas convaincu

Non, personne n'a cru la version de l'accusé. Radicalisé express, El Khazzani a affirmé qu'il voulait venger les bombardements occidentaux en Syrie. Selon lui, Abdelhamid Abaaoud, organisateur depuis la Syrie et coordonnateur en Europe d'"une véritable campagne d'attentats de masse" qui "trouve son apogée" dans les attentats de Paris en novembre 2015 et de Bruxelles en mars 2016, selon les mots du président, ne lui aurait ordonné de ne cibler que les soldats américains à bord - impossible à anticiper, souligne la cour - et des "membres de la Commission européenne"

El Khazzani est allé plus loin : c'est "détruit psychologiquement après avoir croisé le regard de Spencer Stone" qu'il a renoncé à tirer. La cour s'est dite "pas convaincue". Le "silence" d'El Khazzani sur Abaaoud, notamment pendant les mois qui ont précédé le 13-Novembre, a joué dans la décision. "Vous n'ignorez pas la haine qui l'animait, la violence dont il était capable", souligne le président. 

Trois co-accusés condamnés

Trois co-accusés étaient jugés en même temps qu'El Khazzani, tous dans le box pour avoir croisé la route d'Abaaoud et l'avoir aidé dans son périple vers l'Europe. Bilal Chatra, "Abu Hamza le sniper" en Syrie et "bombe à retardement" selon les avocats généraux, a été condamné à 27 ans de réclusion. 

Redouane El Amrani Ezzerrifi, migrant qui a aidé Abaaoud "sans savoir qui il était" jure-t-il, a été condamné à sept ans de prison. Mohamed Bakkali, qui a nié jusqu'au bout avoir été le "chauffeur" d'El Khazzani et d'Abaaoud, et qui est par ailleurs soupçonné d'être un logisticien du 13-Novembre, a été condamné à 25 ans de prison. Il va également faire appel, a indiqué sa défense. 

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