3 min de lecture Montpellier

Agressions sexuelles : un homme sage-femme condamné à 12 ans de réclusion

Le maïeuticien était accusé par 11 femmes d'avoir eu recours à des pratiques anormales, comme des pénétrations digitales du vagin et des massages du clitoris.

Le symbole de la justice (illustration).
Le symbole de la justice (illustration). Crédit : LOIC VENANCE / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
et AFP

C'est une affaire qui avait agité le milieu médical à Montpellier, et qui a connu un dénouement devant la justice ce vendredi 26 février. Un homme sage-femme, accusé par plusieurs patientes de viols et d'agressions sexuelles, a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle de l'Hérault. Une peine inférieure aux réquisitions du procureur, qui avait demandé 20 ans de prison, la peine maximale dans ce cas, pour les viols de 11 femmes. 

"Sous couvert de familiarité, de tutoiement, cet homme a manqué à la parole qu'il devait à ses patientes. Il en a fait des victimes, enfermées dans leur culpabilité. Il n'a pas hésité à profiter des femmes vulnérables, enceintes ou en plein baby blues venues consulter pour ça", avait dénoncé le procureur Albert Cantinol. "Vous avez dit 'Je les adorais toutes'. Mais c'est ça le problème, qu'est-ce que vous adoriez monsieur ?", s'était énervé le magistrat.

Lionel Charvin 49 ans, était accusé d'avoir imposé à ses patientes, lors des examens et des consultations, des gestes de nature sexuelle parmi lesquels des "massages" du clitoris, du périnée et des seins. Toujours sous couvert de gestes médiaux, il a eu recours à des pénétrations digitales du vagin pendant les préparations à l'accouchement ou le suivi post-natal. Il était jugé depuis mercredi pour "viols commis par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction".

Une confiance "trahie"

"Lionel Charvin serait-il jugé s'il avait été une femme ? En tant qu'homme sage-femme, avait-il moins de droits qu'une femme sage-femme ?", s'est pour sa part interrogé en défense Me Maryse Pechevis. "Depuis 2001, a-t-elle plaidé, il a eu à gérer les grossesses et les accouchements de 2.500 femmes. Pour lui, le sexuel relève d'un organe, au même titre que la vessie. Il ne voit pas les choses autrement. Son seul objectif a été de vouloir reconstruire ces femmes et leur bien-être", a-t-elle affirmé.

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"Je suis abasourdi et je n'arrive plus à parler. Et je tiens à nouveau à m'excuser auprès de mes patientes", a déclaré l'accusé avant que la cour - composée de cinq magistrats professionnels - ne se retire pour délibérer.

Du côté des patientes, plusieurs ont confié avoir été "tétanisées" ou "paralysées" durant les viols. Elle ont indiqué ne rien avoir osé dire dans une premier temps, tout en subissant des conséquences psychologiques à long terme. Toutes ont évoqué une "confiance" trahie alors qu'elles se trouvaient dans une période de grande vulnérabilité.

Lors de l'interrogatoire sur le fond vendredi, l'accusé a répondu aux questions du président et des avocats avec ambiguïté : "J'ai bien entendu les souffrances des patientes et j'en suis désolé. J'ai une part de responsabilité dans cette souffrance mais à aucun moment, ça a été intentionnel de ma part. J'adorais ces patientes".

Des pratiques jugées anormales

Un psychiatre a décrit comme "un agresseur d'opportunité qui agit par le détournement de la confiance placée en lui" cet homme dont l'enfance a été marquée par la violence et l'alcoolisme de son père et plusieurs incestes. L'expert a qualifié sa personnalité de "perverse".

Le maïeuticien, père de trois enfants, pratiquait l'activité professionnelle de sage-femme doublée d'une spécialité en haptonomie, en libéral dans un cabinet montpelliérain, et en tant que salarié au sein de la clinique St Roch à Montpellier jusqu'en 2016.

Entendue comme experte, la gynécologue et haptonome Denise Bouchut a rappelé mercredi les bases de cette pratique : "En haptonomie, la patiente n'est jamais nue, on ne touche jamais les seins, on ne fait pas de massage, on n'insère pas les doigts dans le vagin de la patiente", et la présence du père est indispensable, a-t-elle énuméré.

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