5 min de lecture Faits divers

Affaire Elisa Pilarski : quelles sont les pistes probables ?

Après plus de dix mois d'enquête, deux pistes sont à l'étude pour résoudre le mystère autour de la mort d'Elisa Pilarski. D'un côté son Curtis et de l'autre la meute de la chasse à courre.

Élisa Pilarski est décédée dans la forêt de Retz à Saint-Pierre-Aigle
Élisa Pilarski est décédée dans la forêt de Retz à Saint-Pierre-Aigle Crédit : Capture Google Maps
Nicolas Barreiro

Le samedi 16 novembre 2019, Elisa Pilarski perdait la vie dans la forêt de Retz dans l'Aisne. La jeune femme de 29 ans était alors enceinte depuis 6 mois d'un garçon. Elle a été retrouvée décédée, recouverte de morsures de chiens.

Depuis, deux parties s'affrontent. D'un côté, les défenseurs de Curtis. La victime promenait ce chien le jour de son décès. Il était sur place lorsque le corps a été découvert. D'un autre côté on retrouve le "Rallye la Passion", des chasseurs à courre qui ont été aperçus le jour-même par le compagnon d'Elisa Pilarski, Christophe Ellul. Ceux-là étaient accompagnés par plusieurs chiens de race poitevin.

Des analyses ADN ont rapidement été demandées afin d'identifier les chiens qui s'en sont pris à la jeune femme. Les prélèvements ont été effectués en novembre. Près de dix mois plus tard, les résultats ne sont toujours pas tombés.

L'autopsie d'Elisa Pilarski est formelle, le décès est lié à "l'action d'un, ou plus probablement de plusieurs chiens au regard de la répartition des plaies, de leurs différences de morphologies et de leur profondeur" déclarait Frédéric Trinh, l'ancien procureur de la République de Soissons.

La piste Curtis

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Ce chien, appartenant à Christophe Ellul, était le favori d'Elisa Pilarski selon les différents témoignages. Au premier abord, il semblait impossible qu'il ait pu l'attaquer. Pourtant, celui-ci a commencé à se comporter violemment après le drame.

Juste après le décès de la jeune femme, l'animal est enfermé à la gendarmerie en attendant d'être examiné par un spécialiste. Curtis se montre alors particulièrement agressif, allant même jusqu'à mordre son propriétaire. Le vétérinaire en charge de l'analyse conclut alors que le chien "peut bien être à l'origine de l'accident et reste dangereux pour d'autres personnes" dévoilait le JDD.

D'autres éléments viennent conforter les suspicions contre Curtis. Dans la fourrière de Beauvais où il était enfermé, il s'est attaqué à une bénévole. Celle-ci a été hospitalisée. Elle écopera de douze points de suture et deux mois d'arrêt de travail. 

Un dernier détail reste une source importante d'interrogations, l'identité du chien. Curtis n'est pas inscrit à l'I-CAD (identification des carnivores domestiques), comme l'exige la loi en France. Il a été importé des Pays-Bas, mais sa race reste à l'heure actuelle inconnue.

Les enquêteurs se demandent donc si Curtis a pu s'attaquer à sa maîtresse lors de cette promenade le 16 novembre. Pour Thierry Bedossa, vétérinaire joint par enquêtes criminellesce scénario reste crédible "c'est imaginable que le chien d'Elisa soit apeuré par ce groupe de chiens arrivant, en faisant beaucoup de bruit".

Curtis, se sentant en danger, aurait pu agresser sa maîtresse qui tentait de le retenir avec sa laisse, pour l'empêcher de se battre.

Cette affaire a, au fil des mois, pris des allures de tribunal médiatique où chacun prend position en prenant la défense de la vénerie ou de Curtis. Mais, "on ne parle pas assez des éléments objectifs", estime 

Alexandre Novion, avocat de Christophe Ellul, le compagnon d'Elisa Pilarski, contacté par RTL.fr, déplore un lynchage médiatique envers son client qui est "alimenté par des éléments avec des origines douteuses". Selon lui, l'autopsie d'Elisa Pilarski se suffit à elle-même. Avec des morsures de dimensions différentes, il semble plus que probable que plusieurs chiens se soient attaqués à la jeune femme, c'est d'ailleurs ce qu'affirmait Frédéric Trinh dans son communiqué cité plus tôt. 

La conclusion de l’analyse réalisée sur Curtis n’a "aucune valeur" souligne Antoine Bouvresse, vétérinaire et spécialiste du comportement canin, contacté par RTL.fr. "C'est l'avis d'un éducateur canin, pas une expertise", nuance Antoine Bouvresse. En effet pour un cas de chien mordeur comme Curtis, une "expertise particulière" est demandée. De plus, ce comportement agressif pourrait être lié à "un traumatisme après la mort de sa maîtresse". 

Enfermé depuis plusieurs mois en fourrière et en chenil, une nouvelle expertise a été réalisée le samedi 19 septembre. "C'est une réussite car mon chien n'est pas méchant sur l'homme et ses congénères" assure Christophe Ellul, à travers la page Facebook "Page de soutien du Comité de défense des droits de Curtis".

La piste de la chasse à courre

À en croire l'autopsie, la meute de chiens serait le principal suspect dans cette affaire. Encore faut-il savoir si ces morsures sont ante-mortem ou post-mortem, c'est-à-dire réalisées avant ou après la mort d'Elisa Pilarski. Le second cas, pourrait être favorable à la chasse à courre.

Mais comment des chiens de chasse, dressés pour s'attaquer à des animaux, auraient pu s'en prendre à une femme ? L'hypothèse expliquant cela se base sur l'effet de meute. Lorsqu'ils sont en groupe, "dès qu'il y en a un qui se lance sur quelque chose, tous les autres chiens le suivent jusqu'au bout", explique Antoine Bouvresse, vétérinaire et spécialiste du comportement canin, contacté par RTL.fr.

Mais, "pour avoir un effet de meute, il faut un élément déclencheur" poursuit-il. Cela peut être la présence de Curtis, en laisse, aux côtés d'Elisa. "S'il est en laisse, ce n'est pas étonnant qu'ils se soient bagarrés. C'est un grand classique le chien en laisse qui se bat contre les autres qui sont en liberté".

Selon cette hypothèse, la victime aurait tenté de protéger Curtis ou bien pris la fuite. Dans les deux cas, les chiens s'en seraient pris à elle. Avec l'effet de meute, "il suffit qu'un seul chien ait un comportement hostile pour que tous les autres suivent" conclue le vétérinaire.

Plusieurs élément vient néanmoins mettre à mal cette piste. Joint par l'émission Sept à Huit, l'avocat de Sébastien van Den Berghe, le maître d'équipage lors de cette chasse à courre, martèle qu'aucune trace de sang n'était visible sur les animaux. "La chasse n'a pas pris ce jour là, elle n'a pas attrapé de chevreuil. [...] Aucun chien n'avait de traces de sang sur lui".

Il affirme également que les chiens "ont été examinés par le maître d'équipage, le piqueux et les gendarmes". Reste néanmoins à savoir si la chasse s'est arrêtée prématurément ce jour-là, à quelle heure la vénerie a quitté la forêt et à quel moment les chiens ont été examinés. 

De plus, selon l'autopsie, Elisa Pilarski serait décédée entre 13h et 13h30. Or, "L’information du médecin légiste sur l’heure du décès semble ne pas correspondre avec la présence de la meute en forêt dans ce secteur au moment des faits" selon Pierre de Roüalle, président de la société de vénerie, qui s'est exprimé à travers un communiqué.

Il rajoute qu'"au cours des 18.000 journées de chasse à courre organisées chaque année à travers 70 départements, jamais aucun accident corporel humain impliquant des chiens de vénerie n’a été relevé".

Pourtant, Christophe Ellul est convaincu d'avoir vu des chiens lorsqu'il est arrivé sur la scène, "Quand je suis arrivé près des lieux, j'ai aperçu un petit groupe de chiens de chasse qui partaient [...] je me suis rapproché du ravin dans lequel j'ai vu une meute d'une quinzaine ou vingtaine de chiens de chasse" partage-t-il sur Facebook.

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