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Achat de voix à Corbeil-Essonnes : un proche de Dassault jugé pour tentative d'assassinat ?

L'ex-homme à tout faire de l'ancien maire est soupçonné d'avoir tiré sur un autre habitant des quartiers, après une altercation à propos de pots-de-vin.

Serge Dassault vote pour le second tour des départementales le 29 mars 2015 à Corbeil-Essonnes (archive).
Serge Dassault vote pour le second tour des départementales le 29 mars 2015 à Corbeil-Essonnes (archive). Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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et AFP

L'affaire des achats de voix présumés à Corbeil-Essonnes (Essonne) refait parler d'elle. On apprend, ce samedi 30 mai, que le parquet d'Évry a requis, le 21 mai, le renvoi aux assises d'un proche du sénateur UMP Serge Dassault pour tentative d'assassinat. Il revient désormais aux juges d'instruction de décider du renvoi aux assises.

Younès Bounouara, 42 ans, est soupçonné d'avoir tiré le 19 février 2013, à l'heure du déjeuner et dans le centre de Corbeil-Essonnes, sur Fatah Hou, qui circulait en voiture, blessant très grièvement ce boxeur qui en conserve des séquelles. 

L'industriel Serge Dassault, ancien maire de la commune, a été entendu comme témoin assisté durant l'instruction. Il n'est pas mis en cause dans cette enquête, qui vise un homme qui fut un de ses relais dans les quartiers.  

2 millions d'euros reçus de Dassault

Peu avant les faits, Younès Bounouara et Fatah Hou ont une violente altercation. À l'origine de cette dispute, selon une source proche du dossier, le parquet évoque des articles de presse "accusant Younès Bounouara d'être à la solde de Serge Dassault" et "d'avoir perçu des fonds considérables, de l'ordre de 2 millions d'euros, en échange d'une aide apportée à l'élection de Jean-Pierre Bechter", successeur de l'industriel à la mairie.

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Bounouara aurait décidé de ne pas redistribuer "comme il devait le faire" cet argent, selon la version de Fatah Hou. L'ex-boxeur a affirmé aux enquêteurs avoir "travaillé pour Serge Dassault jusqu'en 2008 dans le cadre des campagnes électorales". Il aurait reçu de l'argent "à distribuer à la population de Corbeil-Essonnes pour les inciter à voter pour lui". 

Lors de son audition, Serge Dassault raconte que Fatah Hou s'est effectivement plaint auprès de lui "de ne pas avoir reçu d'argent contrairement à Younès Bounouara". De l'argent "destiné à financer un projet industriel en Algérie et non à acheter des voix", selon la version de l'industriel. Serge Dassault réfute tout système d'achat de votes, objet d'une enquête distincte à Paris, qui lui vaut d'être mis en examen.

Un geste prémédité

Après son altercation avec Fatah Hou, Younès Bounouara rentre chez lui prendre une arme. Puis il s'attable à une terrasse de café "dans un quartier qu'il sait fréquenté par Fatah Hou", selon une source proche du dossier. Une voiture passe, avec plusieurs personnes à bord, dont la future victime. 

Bounouara expliquera avoir cru qu'un des occupants était armé, que Fatah Hou lui faisait peur, le menaçait depuis des mois. 

Mais des témoins décriront son "attitude calme et déterminée lors du tir" et les enquêteurs disposent d'écoutes téléphoniques. "Là je suis en terrasse, j'ai mon truc sous mon aisselle. Il passe. La tête de ma mère, il crève", a-t-il dit à un interlocuteur avant les faits. 

Homme à tout faire de Dassault

Après les tirs, il passe quelques coups de fil, explique quoi dire aux enquêteurs, puis fuit en Algérie, avant de se livrer en novembre 2013. 

En confrontation le 8 décembre 2014, Bounouara accuse sa victime présumée d'avoir voulu racketter "son ami Serge Dassault et lui-même depuis environ 2008". Un harcèlement mené, explique-t-il, car Fatah Hou et ses amis "savaient que Serge Dassault lui avait fait un don de 2 millions d'euros". 

Younès Bounouara et Serge Dassault auraient en effet des "liens étroits" : le premier a été le chauffeur d'un colistier du second, un "employé de la mairie en emploi jeune avant de monter une société ayant un marché avec la ville", et une sorte d'homme à tout faire. 

Dassault "connaît bien" l'accusé

Serge Dassault a concédé aux enquêteurs "bien connaître Younès Bounouara qui s'était mis à sa disposition à partir de 1995". Il explique "que l'on a besoin d'intermédiaires lorsqu'on fait de la politique et qu'on est maire". 

Sollicité par l'AFP, l'avocat de Younès Bounouara Me David-Olivier Kaminski a regretté que "des éléments à décharge" aient été "sciemment ou non, totalement occultés".

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