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5 min de lecture
Donald Trump, le 10 novembre 2025
Crédit : AFP
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Donald Trump veut créer un "Conseil de paix" à sa main pour œuvrer à la résolution des conflits dans le monde en concurrence avec l'ONU, avec un ticket d'entrée d'un milliard de dollars pour un siège permanent selon une "charte", dont l'AFP a obtenu une copie.
La Maison Blanche avait annoncé qu'en vertu du plan pour mettre fin à la guerre dans le territoire palestinien de la bande de Gaza soutenu par Washington, un Conseil de paix présidé par le président américain serait formé. Depuis le week-end dernier, divers pays ont indiqué avoir reçu une invitation pour y participer, notamment la France, l'Allemagne, le Canada, la Russie et la Chine.
Mais le projet de "charte" révèle une initiative et un mandat bien plus vastes que la seule question de Gaza, et semble en faire un véritable substitut des Nations unies. De quoi refroidir certains dirigeants.
"Le Conseil de paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits", peut-on lire dans le préambule de ce texte envoyé aux États "invités" à y siéger. Long de huit pages, ce document critique les "approches et institutions qui ont trop souvent échoué", dans une allusion claire à l'ONU, et appelle à avoir "le courage" de s'en "écarter". Il souligne "la nécessité d'une organisation de paix internationale plus agile et efficace".
Donald Trump sera le "premier président du Conseil de paix", dont les pouvoirs prévus sont très étendus : il est seul habilité à "inviter" d'autres chefs d'État et de gouvernement à l'intégrer et peut révoquer leur participation sauf en cas de "veto par une majorité des deux tiers des États membres".
Le conseil exécutif, dirigé par le milliardaire, comportera sept membres parmi lesquels le secrétaire d'État Marco Rubio, l'émissaire spécial Steve Witkoff, le gendre de Donald Trump Jared Kushner, et l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair.
Un responsable américain a confirmé sous couvert de l'anonymat que Donald Trump pourra en conserver la présidence, y compris après la fin de son mandat, jusqu'à ce qu'il "démissionne", le prochain président des États-Unis pouvant désigner un représentant.
"Maintenant que l'on a pu lire des extraits de cette charte, il est clair qu'il souhaite contourner les autres droits de veto et créer une organisation où lui et son gouvernement auront une influence considérable sur de grands enjeux de paix et de sécurité", a commenté auprès de l'AFP, Daniel Forti, responsable des affaires onusiennes pour l'ONG International Crisis Group.
"Chaque État membre exerce un mandat d'une durée maximale de trois ans à compter de l'entrée en vigueur de la présente charte, renouvelable par le président. Ce mandat de trois ans ne s'applique pas aux États membres qui versent plus d'un milliard de dollars au Conseil de paix, au cours de la première année suivant l'entrée en vigueur de la charte', ajoute le texte, sans précisions.
Si les pays acceptent en plus de payer un droit d'entrée d'un milliard de dollars, alors ils seront membres à vie du "board", un terme habituellement utilisé pour les directions d'entreprises.
Un responsable américain a cependant indiqué que cela se faisait sur la base du volontariat et qu'il n'y avait aucun prix d'entrée pour être membre du Conseil.
Le roi du Maroc Mohamed VI rejoindra le conseil en tant que "membre fondateur", a indiqué la diplomatie marocaine, ainsi que le président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, et le Bahreïn. En Hongrie, le Premier ministre, Viktor Orban, a accepté dès dimanche l'invitation "honorable" de son allié Donald Trump d'être "membre fondateur". En Arménie, le Premier ministre Nikol Pachinian a déclaré mardi sur Facebook avoir accepté l'invitation américaine. Idem pour le président de l'Égypte, Abdel Fattah al-Sissi.
Benjamin Netanyahu a lui aussi donné son feu vert mercredi pour siéger au Conseil de paix, a annoncé le bureau du Premier ministre israélien. Et ce, même si ce nouvel organe avait été initialement conçu pour superviser la reconstruction de la bande de Gaza, ravagée par plus de deux ans de guerre entre Israël et le mouvements islamiste palestinien Hamas.
L'autoritaire Alexandre Loukachenko, à la tête d'un régime dictatorial en Biélorussie, a également répondu favorablement.
En revanche, la France "ne peut donner une suite favorable" à ce stade à l'invitation, a indiqué lundi l'entourage du président Emmanuel Macron. "Je vais mettre 200% de droits de douane sur ses vins et champagnes et il y adhérera", a rétorqué Donald Trump. Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, a dit mardi avoir reçu une invitation, mais "n'imagine pas" y participer au côté des Russes. Moscou veut "clarifier toutes les nuances" de cette proposition avec Washington avant de se prononcer, alors que Vladimir Poutine a été invité.
Le gouvernement britannique s'est dit "inquiet" de cette invitation faite au président russe qui "a prouvé à maintes reprises qu'il n'était pas sérieusement engagé pour la paix". Il a confirmé que le Royaume-Uni avait reçu une invitation et en examinait les "modalités" en contact avec les États-Unis et ses autres partenaires internationaux.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a aussi été invitée et réserve sa réponse, a déclaré lundi un porte-parole à Bruxelles. En Allemagne, le gouvernement a exprimé la nécessité de se "coordonner" avec ses partenaires. La Norvège, dont les relations se sont nettement dégradées avec Donald Trump irrité de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, ne participera pas.
La Chine "a reçu l'invitation de la partie américaine", a indiqué un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, sans préciser si elle allait y répondre favorablement ou non. Au Canada, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré à l'AFP : "Nous examinons la situation. Mais nous n'allons pas payer un milliard de dollars."
Parmi les autres pays qui ont confirmé avoir reçu une invitation figurent l'Italie, la Suède, la Finlande, l'Albanie, l'Argentine, le Brésil, le Paraguay, la Jordanie, la Turquie, la Grèce, la Slovénie, la Pologne ou encore l'Inde et la Corée du Sud. La Maison Blanche n'a pas publié la liste des pays invités. Mais de nombreuses capitales ont fait savoir que leur dirigeant avait reçu un carton d'invitation. Un grand absent parmi ces invités, il n'y a pas de représentant palestinien, alors même que cette institution devait être initialement créée pour résoudre ce conflit.
Selon la charte du Conseil de paix, elle est censée entrer en vigueur quand au moins "trois États" l'auront signée.
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