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Vidéo de la police, récupération de l'extrême droite, manifestations : pourquoi le meurtre du jeune Henry Nowak agite le Royaume-Uni

Six mois après le meurtre d'un étudiant de 18 ans à Southampton, l'indignation est forte au Royaume-Uni à deux semaines d'une élection partielle cruciale. L'extrême droite s'est emparé de l'événement.

Des hommages floraux en mémoire d'Henry Nowak sont visibles devant le commissariat de Portswood à Southampton, dans le sud de l'Angleterre, le 3 juin 2026.

Crédit : Ben STANSALL / AFP

AFP & Marine Langlois

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Son visage fait la une de tous les journaux au Royaume-Uni. Henry Nowak, un jeune homme de 18 ans, est mort le 3 décembre dernier après avoir été poignardé à plusieurs reprises en rentrant d'une soirée à Southampton, dans le sud de l'Angleterre. Six mois plus tard, l'affaire agite encore le pays, notamment à cause d'une récupération politique du meurtre par l'extrême droite


L'affaire Henry Nowak a d'abord été relancée notamment après la condamnation du meurtrier. Lundi 1er juin, Vickrum Digwa, un jeune homme sikh de 23 ans, a été condamné à la réclusion à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 21 ans pour le meurtre. Au moment des faits, l'homme a assuré qu'il agissait en "légitime défense" après avoir subi une agression "raciste" de la part du jeune de 18 ans. Le tribunal a finalement estimé que Vickrum Digwa avait menti. 

Selon le jugement, Henry Nowak rentrait chez lui quand il a été attaqué par le condamné. L'étudiant lui a demandé s'il était "méchant" et l'a filmé avec son téléphone, probablement après avoir vu qu'il portait un couteau.  "Le ton de sa voix n'était ni agressif ni menaçant, mais, comme la suite l'a montré, il s'est agi (de sa part) d'une tragique erreur de jugement", a écrit le juge.  

Des images de l'arrestation diffusées, la police s'excuse

Mais ce sont les vidéos de l'intervention de la police, partagées par la police du Hampshire, qui ont vraiment embrasé l'Angleterre. Les images montrent la police en train d'échanger avec Vickrum Digwa, qui est debout, avant d'aller menotter un Henry Nowak agonisant sur le sol, en train d'être menotté par des policiers. "Je n'arrive pas à respirer", "j'ai été poignardé", assure l'adolescent de 18 ans d'une voix faible avant de mourir quelques minutes plus tard. La vidéo, montrée aux jurés pendant le procès, a été rendue publique par la police du Hampshire après "consultation de la famille d'Henry". 

Les réactions à ces images n'ont pas tardé à se faire entendre. L'IOPC, l'organisme chargé de la surveillance de la police, a ouvert une enquête et son rapport est attendu dans un délai de trois mois. Le père d'Henry Nowak, Mark, a appelé la ministre de l'Intérieur à s'assurer que l'enquête soit menée de manière "complète, courageuse et transparente", jugeant que la manière dont son fils a été traité par la police était "inhumaine et dégradante". 

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Keir Starmer, le Premier ministre britannique, a mentionné de son côté des images "bouleversantes". "Il est tout à fait justifié que l'IOPC se penche sur cette affaire. La police doit répondre à des questions très sérieuses", a-t-il ajouté. Le chef adjoint de la police locale, Robert France, a de son côté présenté ses excuses et s'est dit "désolé" que l'étudiant "ait été menotté et arrêté dans les instants précédant sa perte de connaissance", assurant que les agents avaient été "trompés" par les "mensonges" de Vickrum Digwa. 

Récupération politique de l'affaire par l'extrême droite

L'extrême droite a vite repris l'affaire, accusant la police d'avoir des ""préjugés anti-Blancs". "Nous vivons dans un pays à deux vitesses, où les droits et les privilèges des Blancs comptent moins que ceux des minorités ethniques", a dénoncé le chef du parti anti-immigration Nigel Farage soulignant que les mots prononcés par Henry Nowak ("Je n'arrive pas à respirer") sont les mêmes que ceux de George Floyd, un Afro-Américain tué par un policier blanc en 2020 aux États-Unis.

Pourtant, après l'annonce du verdict lundi, le père d'Henry Nowak a demandé à ce que la mort de son fils ne soit pas instrumentalisée. "Nous ne voulons pas que sa mort serve à semer davantage la division, la haine ou les tensions", a-t-il assuré. La famille de Vickrum Digwa a de son côté présenté ses excuses à celle d'Henry Nowak, ainsi qu'à la communauté sikhe pour avoir "injustement porté atteinte à (sa) réputation". 

Mais l'indignation avait déjà gagné tout le pays. Le célèbre militant d'extrême droite Tommy Robinson a dénoncé sur X des "pratiques policières racistes qui visent les Blancs", appelant à manifester devant le commissariat de Southampton mardi 2 juin. Ce jour-là, la manifestation commence devant les locaux de la police avant de dégénérer près des lieux du crime : les manifestants s'en prennent aux forces de l'ordre, lancent des briques, des bouteilles et des poubelles dans leur direction. Onze policiers ont été blessés et deux personnes interpellées. 

Des attaques "honteuses" contre la police

Le Premier ministre n'a pas tardé à réagir, ce mercredi 3 juin au Parlement. "Peu importe la douleur que nous ressentons" après le meurtre d'Henry Nowak, "il n'y a aucune justification à davantage de violence", a-t-il assuré avant d'ajouter : "Les attaques visant des policiers à Southampton la nuit dernière étaient honteuses et totalement inacceptables." 

Il a reproché à Nigel Farage d'avoir "appelé à la rage" et d'"exploiter cette tragédie pour attiser le ressentiment et semer la division", deux semaines avant une élection partielle cruciale pour l'avenir du gouvernement, où Reform UK espère voir son candidat l'emporter sur celui du Labour.

La police a annoncé qu'elle allait réexaminer des directives contre le racisme datant de 2025, critiquées en particulier par l'extrême droite. Un document sur "les ambitions à long terme d'un service de police antiraciste" suggère que les personnes devraient être traitées différemment en fonction de leur origine ethnique. Il recommande aux agents de ne pas être "indifférents à la couleur de peau". Il a été écrit afin d'améliorer les pratiques policières à l'égard des personnes noires qui, selon les statistiques, ont deux fois plus de chances d'être arrêtées que les personnes blanches en Grande-Bretagne. 

Ce n'est pas la première fois qu'un fait divers entraîne une vague de protestations au Royaume-Uni. En 2024, des émeutes racistes ont suivi le meurtre de trois petites filles à Southport, tuées à l'arme blanche à la fin d'un cours de danse. 

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