4 min de lecture

Une menace difficile à endiguer : après le crash sur un immeuble en Roumanie, comment l'Europe fait bloc face aux drones russes

Un drone russe s’est écrasé en Roumanie, pays membre de l’OTAN, relançant les inquiétudes sur la vulnérabilité du flanc Est européen. Entre incursions répétées, saturation des défenses et réponse encore incomplète, l’Union européenne cherche à bâtir une protection antidrones plus coordonnée et plus efficace.

Le Korsar, un drone russe sans pilote (image d'illustration)

Chute d'un drone russe en Roumanie : est-ce une attaque intentionnelle de Moscou ?

00:01:44

Eléonore Aparicio

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Mettre RTL en favori sur Google

La guerre en Ukraine ne s’arrête plus aux frontières de l’Ukraine. Dans la nuit du 28 au 29 mai 2026, un drone russe s’est écrasé sur un immeuble résidentiel à Galați, dans l’est de la Roumanie, près de la frontière ukrainienne. Repéré par les radars, le drone n'a pas été intercepté avant de frapper le bâtiment malgré le décollage du F-16. Un adolescent de 14 ans et une femme de 53 ans ont été légèrement blessés par le crash de ce drone à charge explosive.

Pour Bucarest, il ne s’agit pas seulement d’un accident de trajectoire : c’est une violation grave de l’espace aérien d’un pays membre de l’OTAN et de l’Union européenne. Le président russe, Vladimir Poutine, a assuré que "personne ne peut dire" s'il s'agit d'un drone russe. Pour le spécialiste du conflit russo-ukrainien Ulrich Bounat, si l'appareil vient de Moscou, il ne s'agit pas d'une attaque intentionnelle de la Russie.

"De l'autre côté de la frontière, à moins de 5 km, vous avez la ville de Reni qui est un port utilisé depuis le début de la guerre en 2022 par les Ukrainiens pour exporter des céréales notamment. Il est très probable qu'un de ces drones qui devait s'écraser sur la ville de Reni, se soit écrasé sur la ville de Galați", explique-t-il sur RTL.

Si un pays de l’Otan est attaqué, il peut demander l’aide de ses alliés au nom de l’article 5. Mais dans ce cas précis, cette option n’est pas envisagée pour l’instant.

Plusieurs intrusions depuis le début de la guerre

Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, la Roumanie a déjà retrouvé à plusieurs reprises des débris de drones sur son territoire, notamment dans la région du Danube.

À lire aussi

La Roumanie n’est d'ailleurs pas un cas isolé. En septembre 2025, la Pologne a accusé la Russie d’avoir fait entrer plusieurs drones dans son espace aérien. Varsovie a présenté ces incursions comme un test de la capacité de réaction de l’OTAN. L’Alliance a ensuite lancé l’opération "Eastern Sentry", destinée à renforcer la défense du flanc est, de la Baltique à la mer Noire.

Quelques semaines plus tard, la Belgique a été confrontée à une série de survols suspects au-dessus d’aéroports, de bases militaires et de sites sensibles. Les services de sécurité belges ont évoqué l’hypothèse d’un acteur étatique, très probablement russe. Même si ces épisodes sont de nature différente, ils témoignent d’une pression croissante exercée aux frontières de l’Union européenne, à travers des incursions de drones, des missions de surveillance et des actions de déstabilisation.

Une menace difficile à endiguer

Si les Européens ont du mal à répondre à cette menace, c’est avant tout parce qu’elle est particulièrement complexe à neutraliser. Un drone peut coûter quelques milliers d’euros, voler bas, être difficile à détecter et saturer les défenses. Aujourd’hui, quand un drone suspect entre dans l’espace aérien d’un pays, la réponse consiste souvent à le détruire avec un missile antiaérien ou un avion de chasse, une intervention qui peut coûter très cher, parfois des centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros. La défense doit donc être efficace, mais aussi économiquement soutenable.

L’expérience ukrainienne le montre bien. Pour faire face aux essaims de drones, il faut associer plusieurs moyens, comme les radars, les capteurs acoustiques, le brouillage, la guerre électronique, les canons, les missiles légers, les lasers ou encore des intercepteurs à moindre coût. Aucun de ces dispositifs ne peut, à lui seul, répondre à toute la menace.

Un "mur anti-drones" pour 2027

C’est dans ce contexte que la Commission européenne a présenté, en février 2026, un plan d’action contre les drones russes. Bruxelles veut améliorer la détection, l’identification et la neutralisation des drones, mais aussi mieux distinguer les appareils civils légitimes des engins hostiles. Le plan prévoit un centre européen d’excellence contre les drones, des achats communs, une meilleure certification des systèmes anti-drones et une coordination industrielle entre acteurs civils et militaires.

La Commission souhaite mettre en place un "mur anti-drones" pleinement opérationnel d’ici fin 2027. Il ne s'agira pas d'un mur au sens physique du terme, mais d'un réseau de capteurs, de radars, de moyens de guerre électronique et de systèmes d’interception capables de détecter, suivre et neutraliser les drones suspects. Il doit couvrir en priorité l’axe allant des États baltes à la mer Noire, c’est-à-dire les pays les plus exposés à la Russie et à la Biélorussie.

Pour se protéger davantage, l’Union européenne doit améliorer la coopération entre ses États, partager en temps réel les données radar entre États, connecter les systèmes nationaux, protéger les centrales nucléaires, les ports, les aéroports et les bases militaires.

Elle doit aussi accélérer sa production industrielle, car une défense antidrones crédible suppose des stocks, des pièces détachées, des opérateurs formés et des règles d’engagement claires. Pour cela, l'UE devra prendre exemple sur l'Ukraine. En quelques années, Kiev a appris à innover vite, en adaptant sans cesse ses méthodes et en faisant travailler ensemble l’armée, les ingénieurs et les start-up.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée