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Une initiative "chaotique" ou "pour la durabilité" ? Les Suisses appelés à voter pour plafonner la population à 10 millions d'habitants

Les Suisses votent dimanche 14 juin sur une initiative portée par un parti d'extrême droite visant à limiter la population du pays à 10 millions d’habitants. Présentée comme une réponse aux tensions sur le logement et les infrastructures, la mesure est vivement critiquée par le gouvernement et les milieux économiques, qui redoutent des répercussions sur l’emploi, la santé et les relations avec l’Union européenne.

Des affiches de campagne pour et contre un référendum national sur une initiative anti-immigration à Genève, en Suisse, le 4 juin 2026.

Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP

Corentin Alloune & Jean Lechemier

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Un appel aux urnes pas comme les autres. En Suisse, les citoyens sont appelés aux urnes ce dimanche 14 juin pour se prononcer sur une proposition visant à plafonner la population du pays à 10 millions d'habitants. La population suisse a connu une croissance rapide depuis 2002, passant de 7,3 millions à 9,1 millions d'habitants aujourd'hui. Parmi eux, 27% sont des résidents étrangers.

Initiée par l'Union démocratique du centre (UDC), parti anti-immigration et eurosceptique, cette proposition est présentée par ses défenseurs comme une "initiative pour la durabilité" destinée à réduire la pression sur le logement, les services publics et l'environnement. En Suisse, une initiative populaire visant à modifier la Constitution doit recueillir 100.000 signatures en l'espace de 18 mois pour être soumise à référendum. Intitulé "Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité)", le texte de l'UDC a récolté plus de 110.000 signatures en seulement neuf mois.

"Notre initiative ne vise pas à stopper l'immigration. Elle vise juste à ce qu'il y ait moins de personnes qui rentrent pour que nos infrastructures puissent continuer à se développer sans être étouffées comme on est maintenant", appuie Michael Buffa, député UDC, pour RTL. 

Dans les faits, le parti souhaite atteindre cet objectif en restreignant le droit d'asile, le regroupement familial ainsi que l'immigration de travail. Une approche qui ne convainc pas les opposants au texte. Le gouvernement suisse, comme l'ensemble des principaux partis politiques du pays, a qualifié cette proposition d'"initiative chaotique", rapporte la BBC. Ses détracteurs estiment notamment qu'elle priverait les hôpitaux et les hôtels du personnel dont ils ont besoin et nuirait aux relations patiemment construites avec l'Union européenne, au risque d'isoler davantage la Suisse, qui ne fait pas partie de l'UE.

Des économistes alertent face à une telle mesure

Cette initiative suscite également des inquiétudes parmi les économistes. Si l'économie suisse est prospère, c'est en grande partie grâce à une main-d'œuvre venue de l'étranger et le secteur de la santé est particulièrement dépendant de ces travailleurs, renchérit le professeur Jacques Cornuz, signataire d'une tribune appelant à rejeter le texte. "Ce n'est pas une mort annoncée, mais c'est une probabilité de diminution de la qualité des soins, une prolongation du temps d'attente pour aller dans des établissements médico-sociaux. On ne peut pas jouer avec le feu", détaille-t-il pour RTL.

À écouter aussi

Rudolf Minsch, économiste et membre de l'association Economiesuisse, estime également auprès de la BBC que l'adoption de l'initiative pourrait compliquer les relations entre la Suisse et l'Union européenne. Bruxelles rappelle depuis longtemps aux États non membres qu'ils ne peuvent pas bénéficier des avantages du marché unique sans respecter certains principes fondamentaux, dont la libre circulation des personnes.

Cette question n'est pas nouvelle. Le 9 février 2014, les Suisses avaient accepté de justesse, à 50,34%, une autre initiative de l'UDC visant à instaurer des contingents pour limiter l'immigration. Le Conseil fédéral avait alors dû engager des négociations avec Bruxelles, le texte étant incompatible avec les accords de libre circulation. "L'Union européenne reste de loin le partenaire commercial le plus important de la Suisse. (...) Il est dans notre intérêt d'entretenir des relations stables et claires avec notre principal partenaire commercial", rappelle Rudolf Minsch. 

Selon les derniers sondages d'opinion, le référendum devrait être toutefois rejeté. Selon celui diffusé par la télévision publique SSR, les électeurs se dirigent de très près vers un vote "non", avec 52% d'opposition. Le média suisse privé Tamedia estimait en décembre 2025 48% de voix pour le "oui" contre 41% pour le "non" avant de perdre du terrain avec 52% de non.

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