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Un système opaque : comment l'administration Trump a expulsé 25.000 migrants vers des pays tiers

Une enquête publiée par le consortium Forbidden Stories révèle que l'administration Trump a expulsé 25.000 migrants vers des pays tiers. Selon le "Washington Post", le gouvernement américain a versé 410 millions de dollars à des pays d'accueil et à des agences de l'ONU pour permettre ces expulsions.

Donald Trump, lors d'une conférence de presse en Floride, aux États-Unis, le 9 mars 2026

Crédit : ROBERTO SCHMIDT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

25.000 migrants expulsés des Etats-Unis vers des pays tiers

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Emilie Baujard & AFP - édité par Athénaïs Cornette de Saint Cyr

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Une Iranienne en Centrafrique, des Colombiens en République démocratique du Congo, des Guinéens au Ghana. Une enquête journalistique publiée lundi 21 septembre par le consortium Forbidden Stories révèle que l'administration Trump a conclu des accords confidentiels avec 35 pays afin d'y expulser plus de 25.000 ressortissants dans des pays tiers, c'est-à-dire des pays qui ne sont pas les leurs.

Ce sont 72 journalistes de quinze pays et vingt-trois médias - dont Radio France Internationale - qui dénoncent un système opaque permettant aux États-Unis d'éloigner des individus qui ne peuvent pas être renvoyés dans leur pays d'origine en raison de la guerre ou de persécution. 

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, Washington a signé des accords avec des pays d'Amérique latine, d'Afrique et du Pacifique, souvent au moyen de pressions bien connues du président américain, telles que des menaces de droits de douane, de suspensions de délivrance de visas ou de réduction de l'aide financière. 

Selon le Washington Post, le gouvernement américain aurait déboursé 410 millions de dollars aux pays d'accueil et aux agences de l'ONU permettant les retours. 

"Trou noir juridique"

Au 31 août 2026, au moins 25.447 personnes avaient déjà été transférées dans 28 pays - dont environ 20.000 vers le Mexique - aux termes de ces accords, selon les données compilées par Forbidden Stories.

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Les clauses varient, notamment en ce qui concerne les nationalités pouvant être accueillies et les individus ayant un casier judiciaire. En tout, 49 des 54 pays d'Afrique ont été approchés pour accueillir ces personnes expulsées.

Selon des juristes contactés par l'AFP une fois sur place, ces expulsés tombent "dans un trou noir juridique", retenus sans être inculpés dans un pays inconnu, parfois privés de droits.

Plusieurs millions de dollars

Un service peu connu du département d'État, appelé Bureau de la Remigration, créé en mai 2025, a mené l'essentiel des négociations et des paiements, selon Forbidden Stories. Il est dirigé par Christian Jové Ehrhardt, diplomate de 41 ans ayant notamment travaillé comme attaché de sécurité dans plusieurs ambassades. 

Le consortium dévoile notamment ses visites au Cameroun, avec lequel les États-Unis ont signé un protocole d'entente en décembre sur l'accueil d'expulsés. Une semaine plus tard, Washington concluait un programme d'aide en matière de santé portant sur environ 400 millions de dollars en cinq ans.

En janvier, le département d'État américain débloquait 30 millions de dollars supplémentaires à destination du Haut-commissariat de l'ONU aux Réfugiés (HCR) au Cameroun, pour "faciliter le retour volontaire de réfugiés et combattre l'immigration illégale". Et le 14 janvier, atterrissait dans le pays le premier avion transportant des expulsés.

D'autres accords ont abouti à des versements directs à des gouvernements. Palau, archipel du Pacifique comptant moins de 18.000 habitants, a signé en décembre un accord portant sur l'accueil de 75 ressortissants de pays tiers contre 7,5 millions de dollars. Trois personnes seulement y ont néanmoins été envoyées jusqu'ici.

81 millions pour les pays signataires

Au Eswatini, 32 personnes sont arrivées depuis juillet 2025, sur un total possible de 160 prévues dans un accord portant sur cinq millions de dollars. Ce pays d'Afrique australe a accepté de recevoir des expulsés au passé criminel, selon cette enquête.

Sur les 410 millions de dollars provisionnés pour ces accords, des documents internes au département d'État montrent que 81 millions sont destinés à des gouvernements signataires, le reste à des organisations internationales, dont 178 millions pour l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM) et 123 millions pour le HCR.

Ces deux agences de l'ONU, censées faire respecter les droits humains, ont essuyé des critiques à ce sujet, bien que le HCR ait indiqué à Forbidden Stories n'être pas partie aux accords et utiliser les fonds américains conformément à son mandat de "renforcer les systèmes d'asile".

Un porte-parole de l'OIM a indiqué que l'organisation était consciente que Washington utilisait son aide financière pour favoriser ses propres "priorités", mais acceptait l'argent américain pour "améliorer les vies des migrants touchés" et sans que cela vaille "approbation" des expulsions.

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