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Un pied de nez à Donald Trump, une ligne politique plus dure, une cible dans son dos... Ce que présage l'arrivée de Mojtaba Khamenei au pouvoir en Iran

La nomination de Mojtaba Khamenei à la tête de la République islamique d’Iran marque une rupture dans l’histoire du régime. Son arrivée consacre l’influence croissante des Gardiens de la révolution et laisse présager un durcissement de la ligne politique iranienne, tout en soulevant de nombreuses incertitudes sur la stabilité du pays.

Mojtaba Khamenei, nouveau guide suprême iranien, en 2016

Crédit : Reza B / Middle East Images / Middle East Images via AFP

Eléonore Aparicio

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La désignation de Mojtaba Khamenei comme nouveau Guide suprême marque un tournant pour la République islamique d’Iran. Fils de l’ancien dirigeant Ali Khamenei, tué lors de frappes américano-israéliennes fin février 2026, il prend la tête du régime dans un contexte de guerre régionale, de crise économique et de tensions politiques internes. 

Son accession au pouvoir révèle surtout une transformation progressive du système iranien : la montée en puissance des Gardiens de la révolution au cœur de l’État. Officiellement, le guide suprême iranien est choisi par l'Assemblée des experts, un organe religieux chargé de désigner le chef du régime. La nomination de Mojtaba Khamenei n'était pas une évidence puisque ce dernier ne détient pas le titre d'"Ayatollah marja", nécessaire selon la Constitution iranienne pour devenir guide suprême. 

Sa nomination ressemble davantage à une succession dynastique, un principe en contradiction avec l'idéologie révolutionnaire de 1979 qui prétendait abolir toute forme de monarchie. 

Un pouvoir de plus en plus militarisé

Depuis deux décennies, Mojtaba Khamenei exerce une influence importante dans l’ombre, notamment à travers l’entourage de l'ancien Guide suprême et de la structure appelée "Maison du Guide", véritable centre nerveux du pouvoir iranien. Son élection reflète surtout un consensus entre les principaux centres de pouvoir du régime pour assurer la continuité du système.

Gilles Kepel, politologue et spécialiste du monde arabe contemporain, estimait jeudi 5 mars qu'une telle nomination signifierait que "les religieux qui sont censés faire le lien entre le pouvoir et la société seraient mis hors-jeu". La véritable base de pouvoir de Mojtaba Khamenei réside dans ses liens étroits avec le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) et la milice Basij. Ces organisations paramilitaires constituent aujourd’hui l’institution la plus puissante du pays, contrôlant une large partie de l’économie, de la sécurité intérieure et de la politique régionale iranienne.

"Le problème, c'est que l'Iran a réussi à tenir précisément en mélangeant ce pouvoir du clergé et la puissance des gardiens de la Révolution. Si le clergé est complètement écarté du système, s'il n'a pas le choix pour le successeur, ça veut dire que les gardiens s'isolent. Or, le clergé est la clé du soutien d'une partie de cette population", explique le politologue sur RTL. L'avènement au pouvoir de Mojtaba Khamenei marque un renforcement du caractère sécuritaire du régime et une marginalisation des courants réformateurs.

Une position iranienne qui pourrait se durcir

Pour les Gardiens de la révolution, la nomination Mojtaba Khamenei représente une garantie de continuité stratégique et un pied de nez à Donald Trump qui estimait avoir son mot à dire dans le choix du nouveau guide suprême. "Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un poids plume. Je dois être impliqué dans la nomination, comme avec Delcy [Rodriguez] au Venezuela... Le fils de Khamenei est inacceptable à mes yeux. Nous voulons quelqu'un qui apportera l'harmonie et la paix en Iran", a lancé le président américain dimanche 8 mars. 

Sur le plan stratégique, l’arrivée de Mojtaba Khamenei pourrait durcir la posture iranienne. "Selon divers rapports, l'attaque militaire qui a tué son père a également tué sa mère, sa femme, sa sœur et son beau-frère. Il pourrait donc adopter une vision existentielle profonde des menaces étrangères pour la sécurité, mettre encore plus l'accent sur le pouvoir et la résilience de l'État, et se montrer encore moins enclin que son père à faire des compromis avec les États-Unis", analyse le Washington Institute, un think thank sur la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

Une place encore fragile

Malgré son accession au poste de Guide suprême, le pouvoir de Mojtaba Khamenei reste encore fragile étant donné le contexte dans lequel il arrive à la tête de l’État. Mercredi 4 mars, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a prévenu que "tout dirigeant nommé par le régime terroriste iranien sera une cible sans équivoque pour élimination". Mojtaba Khamenei a désormais une cible dans son dos. 

Selon Alan Eyre, haut responsable du département d'État chargé de l'Iran sous l'administration Obama, interrogé par le Washington Post,  "il faudra un certain temps avant que [Mojtaba Khamenei] puisse exercer un pouvoir réel et disposer de sa propre base de pouvoir". 

Selon Behnam Ben Taleblu, directeur du programme Iran à la Fondation pour la défense des démocraties, cette nomination illustre un durcissement du régime iranien, qui "se durcit et redouble d'efforts", confie-t-il aux journalistes du Washington Post. Il souligne toutefois que certains éléments laissent penser que le régime fait face à une pression considérable. "Le régime continue de se battre, mais il a aussi peur", estime-t-il. 

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