4 min de lecture Présidentielle américaine

Qui est Lawrence Lessig, l'activiste geek qui veut bouleverser la présidentielle américaine ?

PORTRAIT - Juriste renommé, pionnier du web et démocrate acharné, ce candidat atypique se présentera à l'élection présidentielle avec comme seul programme l'ambition de changer le système de financement de la politique aux États-Unis avant d'immédiatement démissionner.

Qui est Lawrence Lessig, l'activiste geek qui veut bouleverser la présidentielle américaine ?
Qui est Lawrence Lessig, l'activiste geek qui veut bouleverser la présidentielle américaine ? Crédit : SCOTT EISEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Paul Guyonnet
Paul Guyonnet
Journaliste RTL

Il a beau n'exercer que des sphères extrêmement restreintes, pour toute une communauté, il est pratiquement un dieu. Lui, c'est Lawrence Lessig, l'un des premiers intellectuels de la planète à s'être intéressé dès les premières heures à Internet et aux épineuses questions de vie privée et de liberté ainsi posées. Pionnier incontestable, visionnaire avant-gardiste, il a devancé de plusieurs années la plupart des débats idéologiques qui se posent aujourd'hui, imaginé des réponses et des normes fondatrices du web actuel.

Lawrence Lessig est par exemple l'homme qui a inventé et fondé les "Creative Commons", qui permettent aux producteurs de contenu de diffuser leurs créations sur Internet au plus grand nombre sans pour autant en abandonner la propriété. Un système novateur aujourd'hui incontournable sur la Toile. Depuis le 6 septembre, Lawrence Lessig, c'est aussi un candidat déclaré à la primaire démocrate qui désignera le successeur de Barack Obama à la tête de la première puissance mondiale. 

Le 6 septembre c'est d'ailleurs dans son jardin, sur Internet, qu'il a annoncé sa candidature. Ce jour-là, un peu moins d'un mois après avoir lancé une opération de crowdfunding - de financement participatif -, il atteignait la barre fatidique du million de dollars levé, le signe pour lui que le jeu des primaires en valait la chandelle. Désormais pleinement investi dans son objectif de conquérir la Maison Blanche, au nez et à la barbe d'Hillary Clinton, Donald Trump ou encore John McAfee, l'homme de 54 ans a de sérieux arguments à faire valoir.

Une référence incontournable

Car si Lawrence Lessig, Larry pour les intimes, n'est pas la plus grande star de la campagne électorale, c'est sans aucun doute l'une des personnalités les plus intrigante de la course effrénée vers le fatidique mois de novembre 2016. Dans le civil, l'homme est tout simplement l'un des juristes américains les plus reconnus, un incontournable spécialiste de droit constitutionnel et de droit de la propriété intellectuelle. Expert avisé et écouté, notamment à propos de l'épineuse question des libertés sur Internet, il est aussi professeur à Harvard et donne des conférence TED.

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Une aura et un statut qui lui ont permis de s'éprendre de nouvelles causes. Ainsi, depuis 2007, le spécialiste d'Internet s'est quelque peu éloigné de son espace de confort pour s'engager en politique et s'attaquer à une autre question au moins aussi ardue. Plus exactement, le professeur a décidé d'entrer en lutte contre un aspect bien particulier de la politique américaine : les lobbys, ces groupes d'intérêts et de pression si puissants outre-Atlantique qu'ils tirent régulièrement les élus aux confins de la corruption. Depuis, il multiplie les prises de position sur le sujet, les discours et les conférences, milite ardemment pour faire bouger les lignes. 

L'égalité n'est plus que fantasmée

Lui-même s'est d'ailleurs déjà comparé à Al Gore, rapprochant son engagement du combat de l'ancien vice-président américain pour l'écologie. Son objectif est maintenant de vivre la présidentielle comme un référendum. S'il est élu, il fera passer ses réformes de fond avant de très rapidement laisser la place au nouveau système créé. 

Son grand projet, celui qu'il aimerait faire valider par le vote populaire, c'est le "Citizen Equality Act of 2017", une profession de foi qui doit mener le pays vers une grande rénovation politique. Et pour cause : avec les lobbys et l'importance laissée à l'argent dans la vie politique américaine, Lessig considère que la démocratie est biaisée, qu'elle n'est plus que factice, que l'égalité n'est que fantasmée. Pour changer cela, il demande donc aux électeurs de lui permettre de faire voter son projet par le Congrès. Ensuite, il démissionnera immédiatement pour offrir le pouvoir à son vice-président et enclencher une transition vers un nouveau modèle. 

Au cœur de son "Citizen Equality Act", des réformes clés : instituer une représentation égalitaire et proportionnelle, obliger les candidats à faire financer leurs campagnes par le peuple pour sortir de l'influence des lobbys et du secteur privé, instituer la tenue des élections lors d'un jour férié pour permettre à tous de voter, etc. Un ensemble de mesure censées redonner du sens au mot démocratie. "Nous n'allons pas réinventer la roue, assure-t-il. Simplement proposer un lot de réformes qui créeront l'égalité. Ce moment est venu, depuis longtemps." 

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La profession de foi de Lawrence Lessig

Un plaidoyer vibrant qui a donc séduit les milliers d'internautes qui l'ont soutenu financièrement pour "commencer par réparer la démocratie", comme le clament ses slogans de campagne, mais aussi des figures majeures d'Internet et des médias. Ces dernières semaines, le fondateur de WikipediaJimmy Wales, et le controversé Kim Dotcom ont par exemple apporté leur soutien à sa candidature.

"C'est une question de principe"

Reste maintenant à savoir si l'engouement suscité sur Internet pourra se traduire en bulletins de vote lors d'une primaire démocrate qui s'annonce extrêmement périlleuse face à la puissance de frappe d'une Hillary Clinton que beaucoup voient déjà succéder à Barack Obama et son mari à la Maison Blanche ou même à Joe Biden, donné gagnant contre tous les candidats républicains potentiels. L'enjeu n'est pas le même pour Lawrence Lessig, qui a déjà remporté son pari, celui de faire parler de ses idées et de les porter jusque dans les plus grands médias du pays. 

"Il ne fait aucun doute qu’il y a de meilleurs candidats que moi. Si quelqu’un de plus connu s’engage de manière crédible, je m’effacerai avec plaisira-t-il déjà prévenu. C’est une question de principe, pas de personne." Une déclaration en forme de maxime pour un personnage décidément inclassable sur la scène politique américaine. 

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