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Présidentielle américaine : quand les boursiers ont peur de Donald Trump

ÉDITO - C'est un paradoxe de cette élection : c'est un homme d’affaires (milliardaire de surcroît) qui gagne, et les marchés financiers dévissent.

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Présidentielle américaine : quand les boursiers ont peur de Donald Trump Crédit Image : Damien Rigondeaud | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

Avec un sentiment de déjà vu cinq mois après le Brexit, les places financières s'affolaient mercredi 9 novembre par crainte d'une victoire de Donald Trump aux États-Unis, tandis que le dollar chutait et le peso mexicain tombait à son plus bas niveau historique. L'or, valeur refuge, s'est de son côté envolé dans les échanges asiatiques. C’est la manifestation classique de l’inquiétude des boursiers. Ce qui est étonnant, c'est que la victoire annoncée d'un homme d’affaires fasse dévisser la bourse.

C’est tout le paradoxe de cette élection : c’est la droite qui fait peur à la bourse, alors que traditionnellement elle est favorable aux intérêts du business, surtout aux États-Unis, où l’on a beaucoup reproché au Parti républicain sa collusion avec les grandes multinationales et les banques d’affaires. Mais avec l’investiture de Trump, c’est une tout autre tendance qui a pris l’ascendant sur ce parti : une droite populaire qui s’en prend aux privilèges et aux élites. C'est cela qui fait peur à la bourse.

La gauche battue par le vote populaire

L’autre paradoxe, qui n’est pas moindre, c’est que c’est la gauche qui est battue par le vote populaire, celui des états désindustrialisés. Les boursiers qui ont peur de la droite, et la gauche qui a peur des ouvriers : c’est le monde à l’envers.

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C’est, en fait, le deuxième chapitre de la même histoire. Les deux événements politiques majeurs de l’année, le Brexit et la victoire de Trump, s’expliquent de la même façon : une révolte contre la mondialisation et une aspiration nationaliste, venue des couches populaires et, plus marquant encore, des régions déshéritées.

Regardez la carte du vote républicain. Les deux côtes - l’Est avec New York et la Nouvelle-Angleterre d’une part, l’Ouest avec la Californie - ont voté pour Clinton, parce que ce sont les régions des élites, connectées avec l’économie mondiale. Wall Street et la Silicon Valley ont voté pour la gauche mondialisée.

L’intérieur du pays, en particulier la "Rust belt" (les régions industrielles qui ont subi de violentes restructurations), a voté pour Trump et le protectionnisme. Souvenez-vous du Brexit, où l’on retrouvait exactement les mêmes fractures territoriales, avec Londres et les régions riches côtières qui votaient pour l’Europe, tandis que l’intérieur du pays voulait en sortir.

Le Mexique, bête noire de Trump

Le peso, la monnaie mexicaine, s’est effondré sur le marché des changes. Là encore, c’est un signe intéressant. Car le Mexique est la victime préférée de Trump, dans ses discours, avec la Chine. Les boursiers considèrent qu’il a donc du souci à se faire, c’est pour cela qu’ils se débarrassent du peso. Trump considère que le Mexique profite éhontément des États-Unis, et doublement. D'abord grâce au NAFTA, le traité commercial de libre-échange qui lie les deux pays, signé par Clinton (mais pas Hillary, Bill, il y a plus de vingt ans).

Ce traité a permis aux multinationales américaines de s’installer au Mexique, pour délocaliser et profiter des faibles coûts du travail locaux. Pour Trump, le Mexique est responsable de la désindustrialisation américaine. Et c’est vrai que ce pays a été l’un des grands gagnants de la mondialisation, dans les vingt dernières années.

Ensuite, le nouveau président américain stigmatise l’arrivée massive d’immigrants, légaux ou clandestins, en provenance du Mexique. Au point qu’il veut construire un mur entre les deux pays, et faire payer le Mexique pour sa construction. Un mur, comme celui qui barrait l’Europe naguère, qui a été renversé le 9 novembre 1989. Nous sommes aujourd'hui le 9 novembre 2016. À vingt-sept ans d’écart exactement, un mur entre les nations était renversé par le désir de liberté, un autre est construit par le besoin de protection. C’est l’inversion complète du cycle idéologique qui se produit sous nos yeux. Attachez vos ceintures.

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