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Une frappe israélo-américaine a touché le centre de Téhéran mardi 3 mars 2026
Crédit : Fatemeh Bahrami / ANADOLU / Anadolu via AFP
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Donald Trump promettait une guerre rapide. Un mois plus tard, le président américain cherche maladroitement une sortie de crise. Jeudi 26 mars, le locataire de la Maison-Blanche a encore repoussé son ultimatum concernant d’éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran. Il donne à Téhéran jusqu'au 6 avril pour négocier un cessez-le-feu.
Le président américain a laissé entrevoir une possible désescalade en affirmant que son administration s'entretenait avec l'Iran, et que les discussions se déroulaient "très bien". Une information démentie officiellement par le régime des Mollahs qui reste la cible de frappes israéliennes.
"Lorsque les Américains nous disent qu'ils discutent avec les Iraniens, ils ont parfaitement raison. Et lorsque les Iraniens disent 'non, on ne discute pas avec les Américains', eux aussi ont raison. Il n'y a jamais eu de discussion directe entre les deux parties", indiquait Adel Bakawan, directeur de l'Institut européen d'études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, le 24 mars sur RTL.
Malgré les tentatives du locataire de la Maison-Blanche pour mettre un terme au conflit qu'il a lui-même engagé, la guerre semble s'enliser. Les frappes se poursuivent, les objectifs initiaux apparaissent à présent hors d'atteinte et aucune issue claire ne se dessine. Dans la presse américaine, du The New York Times à Politico, plusieurs analyses pointent déjà ce décalage entre une communication politique tournée vers l'affichage d'une victoire et une réalité stratégique beaucoup plus incertaine. Dans ce contexte, plusieurs scénarios de sortie émergent mais aucun ne s'impose véritablement.
Pour Sébastien Regnault, spécialiste de l'Iran et auteur de La modernité iranienne, la première clé de lecture tient dans l'absence de victoire nette. À ses yeux, "dans cette guerre, de toute façon, personne ne gagne. Personne ne perd. Il n'y a pas un gagnant et un perdant dans cette histoire. C'est là tout le problème". Le pari initial de Washington qui misait sur un effondrement rapide du régime s'est heurté à la réalité : "Le pari qu'a fait Donald Trump [...] c'est un pari qui a échoué", affirme-t-il à RTL.fr.
Dans ce contexte, la simple capacité de résistance de Téhéran devient en soi un succès politique, puisque "le fait même qu'il ait résisté jusqu'ici, c'est [...] déjà une petite victoire".
Le premier scénario envisagé est celui d'un retrait américain accompagné d'une déclaration de victoire, dont Donald Trump a le secret. Comme le souligne Sébastien Regnault, "tout dépendra finalement de la négociation qui terminera cette guerre". Pour lui, une sortie unilatérale est illusoire. En réalité, Washington ne pourra pas "quitter la région en disant que c'est terminé d'une manière unilatérale, mais devra passer par un processus de paix "bilatéral avec l'Iran au minimum" et même "multilatérale avec tous les pays de la région".
L'objectif serait alors de parvenir à un fragile équilibre des forces en présence, un "modus vivendi" permettant non seulement de mettre fin aux combats, mais aussi d'éviter leur reprise. Cette option n'efface toutefois pas les dégâts politiques. La crédibilité américaine, déjà fragilisée, apparaît selon lui "complètement affectée" au point de constituer "une catastrophe pour les États-Unis".
Une analyse largement partagée dans les cercles politiques américains, où l'on évoque déjà le risque d'une "victoire déclarative", comparable aux précédents irakien ou afghan.
L'hypothèse d'une intervention terrestre américaine reste évoquée notamment en cas d'échec des négociations. Selon CBS News, des responsables du Pentagone ont mis au point des plans détaillés en vue d'un déploiement des forces terrestres américaines en Iran. Plusieurs médias américains, dont le Washington Post, ont indiqué que les États-Unis préparent l'envoi d'environ 3.000 parachutistes en Iran. Il s'agirait de soldats issus de la prestigieuse 82e division aéroportée.
Pour Sébastien Regnault, une telle décision reviendrait à "rajouter de l'huile sur le feu", en changeant radicalement la nature du conflit. Sur le plan militaire, les moyens engagés seraient insuffisants, le contingent étant "beaucoup trop faible pour une intervention sur le terrain". L'envoi de troupes relèverait selon lui, davantage d'un instrument de pression diplomatique, puisque "les armes sont aussi un outil pour mettre une pression dans des relations diplomatiques".
Surtout, les risques d'escalade seraient considérables, tant sur le plan régional qu’économique. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial, constitue à ce titre un levier stratégique majeur pour Téhéran. Dans ces conditions, l’impression dominante reste celle d’un blocage stratégique : "On ne voit pas le bout du tunnel", regrette l'expert.
L'idée d'un renversement du régime par la population iranienne constitue un autre scénario souvent évoqué. Mais là encore, la réalité apparaît plus nuancée. L'expert assure que "c'est certainement pas par les bombes et par les armes qu'on arriverai à changer de régime". Les frappes américaines et israéliennes tendent à provoquer plutôt un réflexe d'unité nationale : "Quand son pays est attaqué, il y a un espèce de resserrement de la population", y compris parmi ceux qui contestent le pouvoir.
À cela s'ajoute une faiblesse structurelle de l'opposition très divisée et incapable pour l'instant de proposer une alternative cohérente. Comme le soulignait Mariam Pirzadeh, rédactrice en chef de France 24, invitée sur RTL lundi 2 mars, "l’opposition iranienne est en prison pour beaucoup". Les personnalités susceptibles d’incarner une alternative politique ont été neutralisées par le pouvoir ou ont quitté le pays.
Au-delà des scénarios, un constat s'impose : la sortie de crise passera nécessairement par la diplomatie. Il faudra, selon Sébastien Regnault que le conflit "débouche sur des négociations", notamment autour d'enjeux clés comme la sécurité régionale ou le détroit d'Ormuz. Même sur le plan du calendrier, les États-Unis et l’Iran peinent aussi à s’accorder. Là où Washington semble pressé d'en finir, l'Iran a tout intérêt à faire traîner les négociations.
"Si les États-Unis d'Israël restent dans cette approche, à savoir uniquement... Les bombardements ou la voie aérienne, oui, le régime tient. Le régime pourra résister encore des mois et des mois", estime Adel Bakawan.
L’Iran a refusé, mercredi 25 mars, la proposition américaine, relayée par le Pakistan, pour mettre fin au conflit. Selon Reuters, un haut responsable iranien a qualifié le plan en quinze points présenté par Donald Trump de "déséquilibré et injuste". En retour, Téhéran a soumis sa propre feuille de route, articulée autour de cinq conditions jugées "essentielles" pour parvenir à un cessez-le-feu.
Le conflit semble s'installer dans la durée, sans victoire décisive ni issue immédiate. Les objectifs américains restent hors de portée puisqu'aucun pour l'instant n'a été atteint, et la sortie de crise demeure profondément incertaine. Comme le souligne Sébastien Regnault : C'est toujours beaucoup plus facile de commencer une guerre que de l'arrêter".
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