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Jacques et Jessica Moretti le 11 février 2026 à Sion
Crédit : AFP
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À Sion, les victimes de l'incendie du Constellation et leurs proches sont venus chercher des réponses, mais leur colère reste intacte. Dix mois après le drame de Crans-Montana en Suisse, la nouvelle audition lundi de Jacques Moretti, propriétaire du bar ravagé, a ravivé la douleur des victimes et de leurs proches, entre déception, frustration et colère face aux questions qui demeurent sans réponse.
Victimes, proches et familles endeuillées étaient plus nombreux qu'à l'accoutumée à assister à cette audition, qui se tient comme d'habitude sur le campus universitaire Energypolis de Sion (Valais), certaines victimes portant encore les stigmates de l'incendie. Brûlée au visage et portant un masque transparent, Mélanie Van De Velde Azzi a confié aux journalistes : "On a besoin de se faire entendre et d'être présents tous ensemble".
Le drame survenu en pleine célébration de la Saint-Sylvestre, faisant 41 morts et 115 blessés, a principalement frappé des adolescents et de jeunes adultes, dont de nombreux étrangers, en particulier des Italiens et des Français.
Cinq mois après sa précédente audition, le Français Jacques Moretti - qui n'arborait plus sa barbe poivre et sel de juin - était de nouveau entendu par les procureures valaisannes, sans confrontation toutefois cette fois avec son épouse Jessica, également propriétaire du Constellation, écartée en raison de son état psychique.
Les procureures ont renoncé à la convoquer après qu'une psychologue-psychothérapeute a alerté sur son "état de fragilité psychique particulièrement important" et sur les risques liés à une "confrontation directe" avec son mari, en détention provisoire depuis mi-août pour des violences présumées sur son épouse.
Son absence à l'audition "choque profondément" les familles, "elles ressentent cela comme du mépris", a affirmé aux journalistes Me Didier Elsign, un des avocats des parties civiles. Me Gilles-Antoine Hofstetter, autre avocat des familles, a dit comprendre "la détresse" de Jessica Moretti mais estimé qu'elle ne devait pas servir de "paravent procédural".
Bachar Fleury, 18 ans, brûlé à 40 %, notamment à la nuque, aux oreilles et aux mains, déplore aussi l'absence de Jessica Moretti et la lenteur de l'enquête, qui suscitent chez lui "un peu de colère et un peu de frustration". "C'est une audience qui est prise à la rigolade. (...) On veut des réponses à nos questions. Les familles qui n'ont pas aujourd'hui les réponses à leurs questions pètent les plombs", a-t-il assuré aux journalistes.
Ce ras-le-bol se manifeste aussi dans la salle d'audience, où, selon plusieurs personnes présentes, des victimes et leurs proches sont intervenus pendant l'audition pour manifester leur désaccord avec certains propos de Jacques Moretti, alors que seuls leurs avocats peuvent en principe prendre la parole. Les avocats dénoncent également la lenteur de la procédure, soulignant que les questions abordées lundi, notamment celles des travaux réalisés par les Moretti dans le bar en 2015 et des autorisations nécessaires, avaient déjà été examinées il y a plusieurs mois.
Laeticia Brodard-Sitre, dont le fils, Arthur, âgé de 16 ans, est décédé dans le drame, a souligné que l'audience faisait ressortir "les incohérences" dans les déclarations de Jacques Moretti en comparaison avec celles de ses précédentes auditions. "On est là pour nos enfants. On ne lâchera rien pour eux. Je viens pour toutes les victimes et pour tous les blessés (...) certains n'ont plus de doigt, plus d'oreille, plus rien", a déclaré aux journalistes Astrid Panine, la mère de Cyane, la serveuse française décédée dans le bar.
Les investigations s'articulent autour de la question de la responsabilité des autorités communales et du couple Moretti. Les enquêteurs examinent les travaux réalisés par Jacques Moretti au sous-sol du bar en 2015, les autorisations d'exploitation et la sécurité, notamment des issues de secours, dont certaines auraient été verrouillées le soir du drame, et la mousse acoustique du plafond qui s'est rapidement embrasée au contact de bougies étincelantes.
L'enquête pénale vise 17 personnes : le couple de Français propriétaire du bar, huit élus ou anciens élus communaux, dont le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, et sept employés ou anciens employés des services communaux.
Les responsables de la commune ont reconnu, juste après le drame, qu'aucun contrôle de sécurité ni inspection liée aux risques d'incendie n'avait été effectué dans le bar depuis 2019. Tous les prévenus sont poursuivis pour "homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence".
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