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2 min de lecture
Un homme avec un smartphone et un ordinateur portable (illustration)
Crédit : Alejandro Escamilla / Unsplash
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Commander une pizza quatre fromages, ajouter un dessert à 9 euros, valider son panier, puis attendre une livraison qui n'arrivera jamais : en Corée du Sud, cette expérience a désormais un nom, le "air shopping".
Le principe est simple : l'utilisateur navigue sur une plateforme qui ressemble en tout point à un site de livraison ou de e-commerce, choisit ses produits, passe commande, mais rien n'est réellement acheté. Aucun prélèvement n'est effectué, aucun article n'est expédié.
Le concept repose sur une promesse très particulière : procurer la sensation de plaisir liée à l'achat sans en subir le coût. Autrement dit, reproduire ce moment où l'on remplit son panier, où l'on clique pour commander, où l'on se projette déjà dans la réception du produit. Le tout sans conséquence bancaire immédiate.
L'idée s'appuie sur un mécanisme bien connu : les achats déclencheraient dans le cerveau la libération de plusieurs hormones du bonheur, notamment la dopamine, souvent associée au plaisir et à la récompense. Ces plateformes misent précisément sur cette mécanique. Elles proposent une forme de shopping fictif, pensé pour satisfaire l'envie d'acheter, ou au moins l'envie de remplir un panier.
Sur les réseaux sociaux, le phénomène intrigue parce qu'il pousse très loin la simulation. Une fois le produit fictif commandé, l'utilisateur peut parfois suivre le trajet d'un livreur imaginaire et recevoir une notification indiquant que la commande a été livrée. L'expérience ne se limite donc pas au clic d'achat : elle imite aussi l'attente, puis l'aboutissement de la commande.
Ce succès raconte quelque chose de très concret sur notre époque. Publicités, applications et réseaux sociaux poussent à l'achat en permanence. Dans le même temps, la contrainte budgétaire reste forte. Le "air shopping" apparaît alors comme une réponse paradoxale : on ne consomme pas vraiment, mais on cherche malgré tout à retrouver les sensations associées à la consommation.
Ces faux achats en ligne donnent ainsi l'illusion de pouvoir tout s'offrir sans finir dans le rouge. Sur ces plateformes, il n'y a ni stress, ni rupture de stock, ni plafond bancaire. Le compte en banque semble illimité, mais seulement dans cet espace fictif. C'est précisément ce décalage qui frappe : ce qui fait rêver n'est plus seulement l'objet acheté, mais la possibilité même de commander.
En Corée du Sud, où ces "sites à dopamine" sont apparus, l'inflation a dépassé 3,10 %. Dans ce contexte, le succès du "air shopping" prend une dimension plus sociale. Il ne s'agit plus seulement d'une curiosité numérique ou d'une tendance insolite. Le phénomène met en lumière une frustration plus profonde : celle d'une société où l'envie d'acheter reste omniprésente, alors que les moyens de le faire se réduisent.
Reste alors une question plus dérangeante : ces simulateurs d'achat procurent-ils un soulagement passager, ou risquent-ils au contraire d'accentuer le malaise en rappelant sans cesse ce que l'on ne peut plus s'offrir ?
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