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L'Italie réclame l'extradition de Battisti : la fin de 25 ans de saga judiciaire ?

ÉCLAIRAGE - L'écrivain et ancien militant d'extrême gauche italien a été interpellé mercredi 4 octobre au Brésil où il avait trouvé refuge.

L'activiste italien Cesare Battisti lors de son procès au Brésil en 2009.
L'activiste italien Cesare Battisti lors de son procès au Brésil en 2009. Crédit : ANTONIO SCORZA / AFP
Félix Roudaut
Félix Roudaut
et AFP

Nouvel épisode dans l'interminable feuilleton diplomatico-judiciaire qui oppose l'Italie à Cesare Battisti. Le militant d'extrême gauche condamné à perpétuité pour meurtre par Rome qui réclame son extradition depuis 25 ans, a été interpellé mercredi 4 octobre au Brésil. "Aujourd'hui, nous travaillons avec l'ambassadeur italien au Brésil (...) pour ramener Battisti en Italie et le remettre à la justice", a déclaré jeudi 5 octobre le ministre italien des Affaires étrangères Angelino Alfano.

Une réaction italienne qui succède à une longue série de demandes d'extradition de Cesare Battisti, symbole des années de plomb, condamné en 1993 par contumace en Italie à la perpétuité pour "deux homicides aggravés", commis en 1978 et en 1979, et pour complicité de meurtres. La dernière demande remonte au 25 septembre et, selon les médias italiens, le président brésilien Michel Temer s'y est montré favorable, ce qui aurait pu motiver la tentative de fuite de Battisti vers la Bolivie.

Aujourd'hui âgé de 62 ans, l'ex-activiste été arrêté mercredi dans la ville de Corumba, à la frontière bolivienne, en possession d'une forte somme d'argent. Au Brésil, il est interdit de transporter hors du pays des sommes supérieures à 10.000 réais (environ 2.700 euros) non déclarées au préalable.

À l'époque, tout le monde avait des flingues !

Cesare Battisti
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Ancien responsable du mouvement des "Prolétaires armés pour le communisme" (PAC), celui qui a toujours clamé son innocence, tout en portant "un regard critique sur son passé sans se repentir", a connu une vie de cavale, entrecoupée de séjours en prisons. "Prétendre changer la société avec des armes, c'est une connerie. Mais enfin ! À l'époque, tout le monde avait des flingues ! Il y avait des guérilleros dans le monde entier. L'Italie vivait une situation prérévolutionnaire", assurait-il en 2011, dans une de ses rares interviews accordées à la presse.

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En juin 1979, il est arrêté à Milan dans le cadre de l'enquête sur l'un des homicides, puis condamné deux ans plus tard à douze ans de prison pour "participation à bande armée" et "recel d'armes". Mais il parvient à s'évader de la prison de Frosinone, près de Rome, et à gagner la France, le Mexique, puis à nouveau l'Hexagone. 

Il trouvera refuge près de 15 ans de l'autre côté des Alpes, bénéficiant de l'engagement du président socialiste François Mitterrand à n'extrader aucun militant d'extrême gauche renonçant à la lutte armée. Une prise de position entrée dans l'histoire sous le nom de "Doctrine Mitterrand".

Écrivain à succès et... gardien d'immeuble

Reconverti dans l'écriture de romans policiers, et gardien d'immeuble pour assurer ses fins de mois, Cesare Battisti quitte la France en 2004 face à la perspective d'une extradition vers l'Italie à laquelle le président Jacques Chirac s'est montré favorable. Bénéficiant alors du soutien de personnalités et d'intellectuels dont la romancière Fred Vargas, le philosophe Bernard-Henri Lévy ou encore l'abbé Pierre, il s'enfuit au Brésil sous une fausse identité et avec, selon lui, l'aide des services secrets français.

Il vit trois années de clandestinité avant d'être arrêté à Rio en 2007 et écroué dans l'attente d'une décision définitive sur son sort. La justice de son pays réclame son extradition. Lui observe une grève de la faim, affirmant préférer "mourir au Brésil plutôt que de retourner en Italie" où, selon lui, sa vie est menacée.

Ce que je veux ? Une réconciliation avec le peuple italien.

Cesare Battisti
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Deux ans plus tard, la Cour suprême brésilienne autorise son extradition, mais laisse la décision finale au président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva. Au dernier jour de son mandat le 31 décembre 2010, ce dernier refuse d'extrader Battisti vers l'Italie, déclenchant la colère de Rome.

Incarcéré pendant quatre ans près de Brasilia, il a été libéré le 9 juin 2011. "Ce que je veux ? disait-il à l'époque. Une réconciliation avec le peuple italien. Il faut une amnistie, d'autres pays y ont bien réussi". En attendant un improbable repos, lui se disait en 2012 "traumatisé" de ne plus pouvoir écrire dans sa langue maternelle, qui peu à peu lui a échappé. Cesare Battisti a épousé en 2015 une Brésilienne dans l'État de São Paulo.

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