2 min de lecture Environnement

L'antimachus, ce mystérieux papillon vénéneux géant qui échappe aux scientifiques

En Centrafrique, un groupe de chercheurs français est parti à la recherche d'un papillon rare : l'Antimachus. Certains espèrent que son élevage puisse se développer.

Expédition scientifique en Centrafrique.
Expédition scientifique en Centrafrique. Crédit : FLORENT VERGNES / AFP
Chloé
Chloé Richard-Le Bris et AFP

Son nom est un peu barbare : le Papilio antimachus, le plus grand papillon de jour d'Afrique, quasiment inconnu de la science. Depuis sa découverte en 1782, personne n'a jamais réussi à observer la chenille et la chrysalide de ce papillon vénéneux dont l'envergure peut atteindre 20 à 25 cm.

Pour élucider ce mystère, une expédition française d'une vingtaine de personnes, financée sur fonds privés, a pris ses quartiers durant trois semaines dans l'extrême sud de la Centrafrique, sur les berges de la rivière Lobaye. Les groupes armés qui contrôlent les deux tiers du territoire centrafricain n'ont jamais pris pied dans cette région forestière, mais les perspectives économiques y sont tout aussi embryonnaires qu'ailleurs dans le pays.

"C'est un lieu de braconnage, où les mâles viennent boire des sels minéraux sur les rives et sont capturés pour des collectionneurs ou des confections de tableaux", explique Nicolas Moulin, scientifique participant à l'expédition. En Centrafrique, les tableaux en ailes de papillon sont un artisanat réputé faisant vivre de nombreux chasseurs. À l'étranger, un spécimen d'Antimachus peut se négocier 1.500 euros.

Les femelles presque jamais observées

Les mâles qui volent près du sol sont particulièrement recherchés pour leurs grandes ailes orangées zébrées de noir. Mais les femelles, qui vivent dans la canopée où elles butinent les fleurs exposées au soleil, ne sont presque jamais observées. "Cette espèce, comme beaucoup d'autres, est en train de se raréfier", assure le doyen des scientifiques de l'expédition, l'entomologiste Philippe Annoyer. 

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Aujourd'hui, impossible de déterminer précisément le statut de conservation de l'Antimachus faute de données suffisantes. "Celles dont on dispose datent des années 1960, et tiennent sur une demi-page dans une revue scientifique", rajoute l’entomologiste.

Selon les hypothèses des chercheurs, l'Antimachus tirerait son venin de l'ingestion par sa chenille des feuilles de Strophanthus Gratus, une épaisse liane qui serpente entre les sommets des arbres. Le plan consiste ainsi à repérer les fleurs du Strophanthus dans la canopée à l'aide d'un drone. Puis installer un réseau de cordes qui permet d'évoluer dans les hauteurs afin d'explorer les lianes sur toute leur longueur. En espérant y rencontrer, peut-être, une chenille dont personne ne connaît l'apparence exacte.

Inciter l'élevage de ce papillon rare

En découvrant les premiers états de l'Antimachus, Philippe Annoyer, Français natif de Côte d'Ivoire, espère inciter le développement de l'élevage de ce papillon rare. "L'idée, c'est que les populations locales puissent fournir les collectionneurs et les artisans centrafricains, et limiter la chasse", explique-t-il. Mais après trois semaines de longues marches, d'escalade et d'enquêtes dans les villages alentour, toujours aucune trace de la chenille et de la chrysalide.

Les espoirs reposent sur les prélèvements réalisés par le botaniste, qui permettront peut-être d'identifier la plante utilisée par les femelles pour la ponte. L'expédition aura au moins permis de mesurer les ravages causés aux forêts d'un pays en conflit, classé parmi les plus pauvres au monde.

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