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L'Afrique du Sud fête les 20 ans de sa démocratie

Le pays fête les 20 ans du vote multiracial, le 27 avril 1994, considéré comme le jour Un de la démocratie sud-africaine.

Une jeune femme brandit son passeport stipulant sa date de naissance, le 27 avril 1994, jour Un de la démocratie en Afrique du sud, le 22 avril 2014, à Centurion.
Une jeune femme brandit son passeport stipulant sa date de naissance, le 27 avril 1994, jour Un de la démocratie en Afrique du sud, le 22 avril 2014, à Centurion.
La rédaction numérique de RTL & AFP

L'Afrique du Sud fête dimanche le 20e anniversaire de sa première élection multiraciale, qui enterra le régime d'apartheid dans un inoubliable élan populaire et pacifique vers les urnes.

Des félicitations du monde entier, de la reine d'Angleterre, du secrétaire d'Etat américain John Kerry, ont afflué pour évoquer les heures bénies du scrutin du 27 avril 1994, considéré comme le jour Un de la démocratie sud-africaine.

Devant une foule joyeuse massée au pied du siège du gouvernement, le président Jacob Zuma a évoqué "le sang, la sueur et les larmes" versés pour gagner "le précieux droit de vote", appelant ses compatriotes à voter à nouveau "par millions" aux législatives du 7 mai. "Votons pour consolider la démocratie et tous les succès de notre jeune nation", a lancé Zuma, en campagne pour un second mandat à la tête du pays, vraisemblablement gagné d'avance en raison de l'hégémonie de l'ANC sur le paysage politique national mais menacé par l'abstention. Il a aussi rendu un hommage inhabituellement sans parti-pris pour remercier, non seulement son parti l'ANC, mais tous ceux qui ont pris part à la lutte anti-apartheid : journalistes progressistes ayant défié la censure, pays africains voisins, sportifs, artistes, etc.

"Aujourd'hui est un jour comme aucun autre avant lui"

Couronnement de difficiles négociations entre l'ANC de Nelson Mandela et les autorités de l'apartheid, les élections du 27 avril 1994 permirent à l'Afrique du Sud d'échapper à la guerre civile que beaucoup prédisaient alors, et de mettre en chantier une nouvelle Constitution parmi les plus progressistes au monde.

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Deux images du scrutin de 1994 sont restées célèbres et à jamais gravées dans les mémoires: celle de Mandela souriant, posant son bulletin de vote à la main, lui qui quatre plus tôt sortait de 27 ans de bagne, le poing levé. Et celle des files interminables d'électeurs patientant dans le calme pour voter, symbole d'un peuple miraculeusement réconcilié par delà les années de violences et de racisme.

Pour la première fois, la majorité noire, auparavant exclue, a pu voter.

"Aujourd'hui est un jour comme aucun autre avant lui. Le vote pour notre première élection libre et juste a commencé. Aujourd'hui c'est l'aube de notre liberté", devait déclarer ce jour-là Mandela, avant de devenir à 75 ans et avec le soutien de la minorité blanche le premier président noir de l'histoire sud-africaine. "Debout ensemble, envoyons ce message haut et clair: nous ne laisserons pas une poignée de tueurs nous voler notre démocratie", avait-il ajouté, alors que des mesures de sécurité sans précédent avaient été déployées par crainte d'attentats.

Désenchantement

L'archevêque Desmond Tutu résumait alors le sentiment national: "incroyable, comme lorsqu'on tombe amoureux" ou comme "marcher dans les nuages".

La suite a donné en partie raison aux optimistes. Etat paria, l'Afrique du Sud est revenue dans le concert des nations, son PIB a doublé en vingt ans, la pauvreté a reculé et une classe aisée noire a émergé. Mais on est encore loin de "la vie meilleure pour tous" promise par Mandela en 1994.

Manque d'emplois, manque d'enseignants de qualité et d'une police fiable, système de santé public où l'on risque tous les jours de mourir en accouchant alors que le pays abrite des cliniques privées où l'on vient de tout le continent pour se faire soigner : on est passé de la discrimination par la couleur de peau à la sélection par l'argent. 

Le pays reste parmi les plus inégalitaires et après trois ans d'état de grâce les premières années de présidence Mandela (1994-99), les nuages ont recommencé à s'accumuler. Depuis dix ans, les explosions de violence populaire, réminiscences de la lutte contre l'apartheid, se multiplient dans les townships pour dénoncer la corruption des élus et les privations: 14% des foyers n'ont pas d'électricité, 5% pas d'eau courante, 17% pas de WC et 25 à 40% des actifs pas de travail.

"Je ne pensais pas que la déception arriverait si vite"

Le droit de vote arraché en 1994 ne suffit plus à faire rêver et les commémorations du 27 avril se tiennent dans une atmosphère pesante de désenchantement, de tiraillement racial et de veillée d'armes électorales tendues après plusieurs épisodes de violences entre sympathisants ANC et de l'opposition. Les deux-tiers des "Born Free", les 18-19 ans nés après l'élection de Mandela, ne sont pas inscrits sur les listes électorales. D'anciens ministres de Mandela ont appelé au boycott du scrutin du 7 mai, un mot d'ordre quasiment sacrilège.

Avec fracas, Desmond Tutu a répété cette semaine que contrairement à 1994, il ne voterait plus pour l'ANC. "Je ne pensais pas que la déception arriverait si vite", a-t-il dit, se déclarant même "heureux" que Nelson Mandela, décédé en décembre, "ne puisse pas voir ça". 

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