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"J’ai un fantasme assez précis" : après le procès des "viols de Mazan", une enquête piège plus de 100 hommes prêts à abuser d'une femme endormie

Un journaliste québécois a réalisé une enquête édifiante diffusée le 13 janvier sur la chaîne Savoir Média. Ce dernier a publié une annonce similaire à celle de Dominique Pelicot sur un site de fantasmes sexuels. En 48 heures, plus de 100 hommes ont répondu à sa proposition.

Le documentaire "100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie" retrace l'enquête d'un journaliste québécois qui a publié une fausse annonce sur le site Jalf

Crédit : Capture Savoir Média

Eléonore Aparicio

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"J’ai un fantasme assez précis… Viens baiser ma femme endormie. Chut, elle ne doit pas se réveiller ????". C'est avec ces mots crus qu'un journaliste québécois a publié sur Jalf, un site dédié aux fantasmes sexuels, une annonce accompagnée d'une image représentant une femme endormie, générée par intelligence artificielle.

Un an après le procès des "viols de Mazan", Hugo Meunier s'est interrogé sur la possibilité qu'un scénario similaire se produise au Québec. Il a donc posté cette annonce, similaire à celle que Dominique Pelicot, et en 48 heures pas moins de 105 hommes ont répondu positivement à sa proposition. 

Il raconte son enquête dans un documentaire de 20 minutes intitulé Prêts à coucher avec une femme endormie, réalisé par Cloé Giroux et diffusée le 13 janvier sur la chaîne éducative Savoir Média et repéré par Le Parisien. "Dans un monde idéal, personne n’aurait répondu à cette annonce. Malheureusement, la réalité fut nettement plus dégueulasse", résume-t-il.

Je croule sous les demandes

Hugo Meunier, journaliste qui a mené l'enquête

"Les seules personnes qui m'ont bloqué jusqu'ici, c'est des gens un peu impatients qui trouvent que je réponds pas assez vite à leur goût, mais bien honnêtement je croule sous les demandes", raconte-t-il face caméra. Capture d'écran à l'appui, ils montrent un florilège de messages reçus. Tous des hommes, d'âges différents qui se portent volontaire pour avoir une relation sexuelle avec sa prétendue femme endormie. 

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Parmi les 105 hommes ayant répondu à son annonce, seuls trois ont cherché à savoir si la femme était consentante et ont retiré leur réponse après avoir appris qu'elle n'était pas informée. Parmi ces trois hommes, un seul emploie le terme "viol" dans ses messages avec le journaliste.

"Si on ne pose même pas la question du consentement, c'est donc que le fantasme a à voir avec le viol d'une femme", assure Martine Delvaux, écrivaine et professeur de littérature à l'Université du Québec à Montréal, spécialiste de la littérature des femmes, des théories féministes et des stéréotypes. 

Banni deux semaines après la publication de l'annonce

Pour tenter d'éveiller les soupçons chez ces hommes, le journaliste a choisi d'imposer les mêmes conditions que celles que Dominique Pelicot exigeait des hommes qui entraient chez lui. Pas de parfum, pas d'odeur de cigarette et avoir les mains à températures ambiantes, pour ne pas réveiller sa femme et ne laisser aucune trace de leur passage. "Absolument, aucun problème. C'est comme toi tu veux, je m’adapte le plus à ce que tu aimes", lui répond l'un d'eux lors d'un échange téléphonique.

"Des sites comme ceux utilisés par Dominique Pelicot, (...) y en a d'autres, mais je pense qu'il y a une vraie demande pour ce genre de pratique", estime la fille de Gisèle Pelicot, Caroline Darian, interrogée dans le documentaire.

Deux semaines après avoir publié l'annonce, le journaliste a vu son compte bloqué par la plateforme. Après avoir demandé des explications à Jalf, le site lui indique que son compte a été signalé par un utilisateur et qu'il a fait l'objet d'une vérification de l'entreprise qui a procédé à son bannissement. "Honnêtement, je suis rassuré qu'on ait été signalé", confie le journaliste.
Selon Jalf, les membres qui ont répondu à son annonce ont également fait l'objet d'une enquête et certains ont également été bannis. "Mieux vaut tard que jamais", conclut Hugo Meunier. 

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