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Immigration clandestine : les solutions de l'Union européenne

ÉCLAIRAGE - Entre surveillance, accueil et reflux des migrants, l'Union européenne cherche de nouveaux moyens de maîtriser l'immigration clandestine.

Une opération de sauvetage de migrants à Lampedusa (Italie), le 5 avril 2015
Une opération de sauvetage de migrants à Lampedusa (Italie), le 5 avril 2015
Crédit : GUARDIA COSTIERA / AFP
Romain Renner
Romain Renner

Un bateau avec plus de 300 personnes à son bord est en train de sombrer en Méditerranée, ce lundi 20 avril. Ce nouvel incident intervient alors que l'Union européenne a convoqué en urgence une réunion conjointe des ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères, jeudi 23 avril, avec la lutte contre l'immigration clandestine comme ordre du jour. Un événement qui fait suite à un autre naufrage en Méditerranée survenu dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 avril.

L'Union européenne cherche depuis plusieurs années des solutions afin de lutter contre l'immigration clandestine. Selon le dernier rapport de l'agence Frontex, qui coordonne la coopération opérationnelle des États membres aux frontières extérieures de l'Union européenne en matière de lutte contre l'immigration clandestine, l'Europe a vu 274.000 illégaux entrer sur son territoire en 2014, contre plus de 100.000 en 2013. L'UE cherche pourtant à renforcer son efficacité. De nouvelles dispositions permettent désormais à Frontex de transmettre à d'autres agences des données concernant les passeurs et organisateurs de filières et de renforcer ses tâches en matière de formation des gardes-frontières avec la mise en place de programmes communs.

Les systèmes Frontex et Eurosur

Créée en 2004, Frontex doit permettre au système européen de surveillance des frontières, Eurosur, de réduire l'immigration clandestine, lutter contre la criminalité transfrontalière et assurer la protection et le sauvetage des migrants en mer. Sa priorité est d'ailleurs la surveillance des frontières en Méditerranée. L'action d'Eurosur est également appuyée par la mise en place de centres nationaux de coordination (CNC) par chaque État membre de l'UE, afin d'échanger des informations avec d'autres pays.

Si les moyens de ces agences ont augmenté, leur budget apparaît trop faible aux yeux de certains responsables politiques. Frontex dispose actuellement d'un budget de fonctionnement de 114 millions d'euros (il s'élevait à 85,7 millions d'euros en 2013). Bruxelles proposerait d'ailleurs de l'augmenter encore. Eurosur bénéficie, lui, d'un budget de 224 millions d'euros pour la période 2014-2020. À titre de comparaison, le budget primitif 2015 de la Ville de Paris s'élève à 8,2 milliards d'euros et celui de Bordeaux à 512,34 millions d'euros. Le budget d'Eurosur équivaut à 0,008% du PIB français.

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La politique de l'UE en matière de lutte contre l'immigration clandestine est par ailleurs vivement critiquée. Une campagne nommée Frontexit dénonce l'approche "exclusivement sécuritaire" des politiques migratoires européennes, malgré la promesse de facilitation de l'accès à la procédure d'asile faite au moment de la mise en place du régime d'asile européen commun (RAEC). Ce dernier harmonise les procédures de demande d'asile dans l'ensemble de l'Union. En cas de refus, le demandeur d'asile peut en revanche être soumis à une obligation de retour dans son pays d'origine ou de transit. Une situation qui, selon certaines critiques, ne ferait que "reporter" le problème d'un pays à un autre sans le régler définitivement.

Une coopération avec l'Europe

De nombreuses voix s'élèvent pour que les pays d'Europe couplent leur politique migratoire à des accords de développement avec les pays dont partent les migrants. Une solution déjà mise en oeuvre dans le passé. L'Espagne avait par exemple travaillé avec le Sénégal afin d'empêcher les ressortissants de fuir pour les îles Canaries. En échange, l'UE accordait une aide financière au pays pour développer son économie afin que les locaux y trouvent du travail et ne cherchent pas à partir.

Cette politique apparaît de plus en plus difficile à mettre en place. L'Europe ne peut par exemple pas négocier avec la Libye, d'où partent une grande partie des embarcations clandestines. Le pays, dans lequel 500.000 personnes attendraient l'occasion de rejoindre l'Europe, est en proie au chaos le plus total depuis la chute de Mouammar Kadhafi. La multiplication des conflits en Afrique empêche l'Europe de parler avec des États qui voient dans le même temps leur population tenter de fuir la guerre.

Selon le Guardian du 20 mars 2015, l'Union européenne chercherait tout de même à conclure des accords avec plusieurs pays d'Afrique du Nord afin de former leurs unités chargées de la surveillance maritime à la recherche et au sauvetage de migrants. Ces derniers seraient alors acheminés vers des pays européens ou reconduits à leur pays d'origine. Cette proposition formulée, selon le quotidien britannique, par le gouvernement italien aurait pour but d'être dissuasive, "pour que de moins en moins de migrants soient prêts à risquer leur vie pour se rendre en Europe". Une mesure dans le prolongement de l'opération "Triton" assurée par Frontex depuis novembre 2014Selon Le Monde, cette dernière n'a lieu que dans les eaux territoriales européennes et coûte environ 3 millions d'euros par mois.

La réunion de jeudi pourrait mener à la validation du doublement des moyens des opérations de surveillance afin de procéder à l'interception et la destruction des bateaux de migrants avant leur départ, ainsi que l'installation d'officiers chargés de l'application des mesures qui seront décidées par les ministres européens.

La surveillance plutôt que le secours

Ce renforcement de la surveillance des frontières de l'Union paraît compliqué à mettre en oeuvre au vu des 90.000 km de frontières européennes. Il fait toutefois suite à l'échec de la politique de secours des migrants du plan Mare Nostrum. Uniquement appliqué par l'Italie entre octobre 2013 et octobre 2014, Mare Nostrum, qui s'étendait jusqu'aux côtes libyennes, a coûté 108 millions d'euros au pays. Les autres États européens n'ont pas suivi un mouvement critiqué par une partie de la classe politique transalpine. L'Italie aurait toutefois appelé à une continuation et un financement européen de Mare Nostrum. Une solution appelée de ses vœux par Pascal Reyntjens, chef de mission de l'organisation internationale pour les migrations (OIM).


La Commission européenne doit se prononcer sur sa politique migratoire en mai prochain. C'est à elle que revient l'évaluation de l'efficacité de la mise en oeuvre du règlement Eurosur et dans quelles mesures ses objectifs ont été atteints.

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