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Il était surnommé le "boucher" en Ukraine : pourquoi Volodymyr Zelensky a-t-il limogé son commandant en chef des armées ?

Critiqué depuis le limogeage du populaire ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, la semaine dernière, le président ukrainien a décidé de remplacer le général Oleksandr Syrsky à la tête du commandement de l'armée.

Le commandant des forces terrestres ukrainiennes, Oleksandr Syrsky (à droite), dans un lieu tenu secret en Ukraine, en 2023.

Crédit : AFP PHOTO / Press service of Khortytsya Operational-Strategic Command

Quentin Menu

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Volodymyr Zelensky a cédé à la pression de la rue. Mardi 21 juillet, dans la soirée, le président ukrainien s'est finalement résigné à renvoyer son commandant en chef des armées, le général Oleksandr Syrsky, conspué lors de manifestations qui ont agité l'Ukraine ces derniers jours.

"Je suis reconnaissant envers Oleksandr Syrskyi et envers chacun de nos soldats pour les positions solides qu'occupe l'Ukraine sur le front", a écrit le chef de l'État sur ses réseaux sociaux, rendant un hommage appuyé au commandant déchu. "Il est indéniable qu'Oleksandr Syrskyi a obtenu des résultats pour l'Ukraine lors de la défense de Kiev, de l'offensive de Kharkiv et de l'opération Koursk. Nous avons parcouru un long chemin, la défense de l'Ukraine se poursuit et chaque soldat doit être traité avec dignité", a-t-il ajouté.

Volodymyr Zelensky s'est vu contraint de faire ce changement à la tête de l'armée à un moment crucial pour l'Ukraine. Le pays, en guerre depuis 2022, tente de renverser le rapport de force avec la Russie en envoyant des centaines, voire des milliers de drones en direction du territoire russe. Avec un espoir : faire plier Moscou et forcer Poutine à la négociation. 

Le commandant "boucher"

Tout commence le 12 juillet dernier, quand Volodymyr Zelensky décide de remanier son gouvernement. La Première ministre Ioulia Svyrydenko est remerciée. Mais c'est surtout le limogeage du très populaire ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, âgé de 35 ans, qui suscite des critiques. Moderne, tourné vers les nouvelles technologies, Fedorov était en désaccord sur la stratégie militaire du pays avec le commandant en chef, Oleksandr Syrsky, 60 ans, un vétéran de l'armée ukrainienne. Ce dernier, formé sous l'ère soviétique, avait une vision plus traditionnelle du pouvoir militaire. Le clash était inévitable.

Zelensky a préféré l'expérience à la modernité. Or, la population, fatiguée par cette guerre lancée par Vladimir Poutine il y a près de quatre ans et demi, appréciait la fraicheur de ce nouveau ministre de la Défense, nommé à ce poste en janvier après avoir longtemps dirigé le ministère de la Transformation digitale. La doctrine Fedorov, tournée vers l'utilisation de drones et de robots pour faire reculer l'ennemi russe, présentait l'avantage de limiter les pertes humaines. Le peuple ukrainien n'en peut plus de compter ses morts (entre 125.000 et 150.000 soldats ukrainiens ont été tués entre février 2022 et juin 2026 selon les dernières estimations du Centre d'études stratégiques et internationales).

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À l'opposé, le général Oleksandr Syrsky, nommé commandant en chef des armées en 2024, s'est forgé une réputation d'homme au sang-froid implacable, peu enclin à s'émouvoir des pertes humaines. S'il est applaudi pour avoir défendu la capitale, Kiev, au début du conflit, et la ville de Kharkiv en septembre 2022, il a aussi hérité du surnom de "boucher" après la sanglante bataille de Bakhmout en 2023. 

Pour la paix sociale en temps de guerre

"Si j'ai offensé qui que ce soit, je m'en excuse", s'est-il contrit dans une rare prise de parole sur le site Militarnyi, lundi, la veille de son limogeage. Il dément tout conflit avec l'ancien ministre de la Défense, préférant se concentrer sur l'objectif qu'ils avaient en commun : "la victoire". "L'Ukraine est plus grande que Fedorov, Syrsky et chacun d'entre nous, a-t-il défendu. L'Ukraine tiendra bon, non pas grâce à des individus irremplaçables, mais grâce à son armée, ses institutions et ses millions de citoyens dévoués. Réduire cette guerre à une confrontation entre deux personnes est le plus grand service que nous puissions rendre à l'ennemi."

Volodymyr Zelensky a néanmoins fait le choix d'acheter la paix sociale dans un pays qui ne peut toujours pas organiser d'élections, les conditions de sécurité n'étant pas réunies. Avant l'ultimatum fixé au 24 juillet par les manifestants et après plusieurs jours de consultations avec les dirigeants de l'armée, il a donc décidé de remercier Syrsky, remplacé par Mykhailo Drapatyi au poste de commandant en chef. Ce dernier, un officier de 43 ans, est jugé comme étant le bon compromis entre la modernité de Fedorov et la rigueur de Syrsky. 

"Nous voulons tous la même chose : vaincre l'ennemi et créer les conditions qui nous permettraient de contraindre la Russie à la paix", a dit Volodymyr Zelensky, mardi soir, avant de formaliser les nouvelles nominations, mercredi. Le très populaire Mykhailo Fedorov doit, lui, hériter d'un rôle "important" de supervision du secteur technologique ukrainien. De quoi apaiser les tensions, espère le président.

À Moscou, ce jeu de chaises musicales au sein du gouvernement et de l'armée ukrainienne n'impressionne guère. "Je ne pense pas que cela puisse aboutir à des changements quelconques", a tancé le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, mercredi, cité par l'AFP. "Nos forces armées continuent leur offensive sur toute la ligne du front", a-t-il assuré. Les autorités russes ont néanmoins pris acte du changement à la tête du commandement des armées ukrainien : depuis mercredi, le nouveau chef Mykhailo Drapatyi est visé par un mandat d'arrêt émis par la Russie, annonce le média d'État Ria Novosti.

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