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Un avion de la compagnie Air China (illustration)
Crédit : Yonhap News/NEWSCOM/SIPA
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Dans le ciel russe se joue une nouvelle bataille, pas celle des drones ou missiles à longue portée mais bien celle de l'aviation civile. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a averti les compagnies aériennes et leurs assureurs, mardi 1er septembre, que "l'espace aérien russe devient extrêmement dangereux". "Le ciel au-dessus de la Russie est actuellement pour les drones. Pas pour l'aviation civile. Tant que la guerre continue", a-t-il ajouté.
Depuis plusieurs mois, Kiev a multiplié les attaques de drones à l’intérieur du territoire russe. Mais, pour les vols commerciaux, le principal risque ne vient pas directement des appareils ukrainiens : il tient surtout aux réactions des systèmes de défense antiaérienne russes, qui rendent l’espace aérien plus dangereux.
De son côté, la Russie s’efforce au contraire de rassurer. Les autorités assurent que l’espace aérien reste sûr et que les procédures mises en place permettent aux avions de continuer à circuler. Le ministre russe des Transports, Andreï Nikitine, a notamment indiqué que des explications avaient été fournies aux compagnies étrangères sur les dispositifs de sécurité appliqués dans le pays.
Depuis 2022, la carte du transport aérien mondial s'est profondément transformée. Après l'invasion de l'Ukraine, les pays occidentaux ont fermé leur espace aérien aux compagnies russes. Moscou a répliqué en interdisant son ciel aux transporteurs de nombreux pays occidentaux : Air France, Lufthansa, British Airways, KLM ou encore Finnair ne peuvent donc plus emprunter les routes qui traversaient autrefois la Russie pour rejoindre l'Asie.
Mais malgré la guerre, certains transporteurs non-européens ont continué de desservir la Russie ou de traverser son espace aérien. C'est notamment le cas des compagnies turques, indiennes, chinoises ou du Golfe. Turkish Airlines et Pegasus desservent ainsi toujours la Russie, tout comme Emirates, Etihad ou encore certaines compagnies d’Asie centrale. Air India utilise également l’espace aérien russe sur certaines de ses liaisons long-courriers.
Les compagnies chinoises Air China, China Eastern ou China Southern traversent également l’immense territoire russe pour relier la Chine à l’Europe, ce qui leur donne un avantage colossal sur leurs concurrentes européennes.
Pendant des décennies, la Russie a constitué le corridor naturel entre une grande partie de l'Europe et de l'Asie. Fermer ce corridor oblige les avions à emprunter des routes plus longues, notamment par le sud. Pour les compagnies concernées, ces détours signifient surtout davantage de carburant, plus d'heures de travail pour les équipages et donc une utilisation moins efficace des appareils.
Pour mesurer l’avantage que représente le ciel russe, il suffit de regarder la liaison entre Helsinki et Tokyo. Avant la guerre en Ukraine, les Airbus A350 de Finnair rejoignaient le Japon en traversant la Sibérie en environ neuf heures et demie. Depuis la fermeture de l’espace aérien russe aux compagnies européennes, le même trajet nécessite environ treize heures, soit trois heures et demie supplémentaires.
Pour éviter la Russie, les appareils doivent désormais remonter jusqu’au pôle Nord avant de redescendre vers l’Alaska et le Japon. Selon une estimation publiée par AirlineRatings, ce détour peut représenter environ 20 tonnes de carburant supplémentaires, soit une hausse de plus de 40 % sur le trajet.
Pour Moscou, conserver ces compagnies étrangères présente également un intérêt financier. Le survol d'un pays n'est pas gratuit. Les transporteurs doivent s'acquitter de redevances liées notamment aux services de navigation aérienne lorsqu'ils traversent l'espace aérien. La Russie continue ainsi de percevoir des recettes grâce aux compagnies étrangères qui utilisent ses routes aériennes. Des redevances dont les tarifs ont augmenté de 2% en avril 2026.
L’ampleur totale de ces revenus est difficile à déterminer mais le sujet préoccupe jusqu’aux institutions européennes. Dans une résolution adoptée en octobre 2025, le Parlement européen estimait à 18 millions d'euros par an les droits de survol versés à la Russie pour les seuls vols opérés par des compagnies chinoises au départ de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol. Les eurodéputés ont appelé la Commission et les États membres à réexaminer leurs accords aériens avec Pékin et à envisager des mesures pour empêcher Moscou de bénéficier de ces redevances.
Pour Moscou, maintenir cet accès contribue à renforcer les échanges avec les pays qui n'ont pas rejoint le front occidental des sanctions. La Russie peut présenter son espace aérien comme un corridor entre l'Europe et l'Asie dont l'accès dépend désormais, en partie, des relations politiques entretenues avec elle.
Si le pays de Vladimir Poutine tient à voir des avions étrangers continuer à atterrir dans ses aéroports et à traverser son territoire, c'est également parce que leur présence contribue à donner l'image d'un pays qui continue de fonctionner malgré la guerre. Une image que Kiev cherche aujourd'hui à fragiliser. Les attaques ukrainiennes de drones en territoire russe ont provoqué à plusieurs reprises des fermetures temporaires d'aéroports et des perturbations du trafic.
Le 25 décembre 2024, le vol J2-8243 au départ de Bakou en direction de Grozny, a été gravement endommagé à l’approche de Grozny alors que la défense antiaérienne russe était active dans la région en réponse à une attaque de drones ukrainiens. Reuters rapportait dès le lendemain, sur la base de sources proches de l’enquête azerbaïdjanaise, que l’appareil aurait été touché par un système antiaérien russe Pantsir-S.
La bataille pourrait finalement se décider loin de Moscou et de Kiev. Pour qu'une compagnie aérienne continue de traverser une zone considérée comme risquée, elle doit pouvoir justifier son évaluation du danger et conserver une couverture d'assurance compatible avec ses opérations. Si les assureurs considèrent que le risque lié aux drones, aux systèmes antiaériens ou aux perturbations de navigation devient trop important, ils pourraient augmenter leurs primes, imposer de nouvelles conditions et rendre ainsi certaines liaisons beaucoup moins lucratives.
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