2 min de lecture Social

François Lenglet se penche sur le déclin de la classe moyenne américaine

ÉDITO - Le prix Nobel Angus Deaton dresse un constat saisissant sur la situation des Américains blancs en milieu de vie.

François Lenglet Lenglet-Co Le service Économie
>
François Lenglet se penche sur le déclin de la classe moyenne américaine Crédit Image : Damien Rigondeaud | Crédit Média : RTLnet | Date :
La page de l'émission
François Lenglet
François Lenglet et Loïc Farge

L'économiste écossais Angus Deaton a fait une découverte très inquiétante. Selon les statistiques que le prix Nobel d'économie 2015 a compilées, l'espérance de vie des Américains blancs sans qualification s'est littéralement effondrée depuis le début du XXIe siècle. Une chute qui est due à la forte hausse de la mortalité pour alcoolisme, drogue et suicides entre 25 et 65 ans. Ce qui est encore plus troublant, c'est que cette détérioration de la santé s'observe spécifiquement pour la population blanche américaine sans diplôme - précisément le groupe social auquel on a attribué la victoire électorale de Donald Trump. Des électeurs déclassés et désocialisés.

Est-on sûr que cela ne concerne que les blancs ? Aux États-Unis, ce qu'on appelle les "statistiques ethniques", où l'on distingue la couleur de la peau ou l'origine des citoyens, sont non seulement autorisées, mais largement pratiquées par les organismes publics. Il est ainsi très fréquent de distinguer les blancs, les noirs, les asiatiques et les hispaniques, dans les statistiques officielles de chômage, d'éducation ou de santé. La mortalité des Américains blancs non hispaniques entre 50 et 54 ans a longtemps été bien inférieure à celle des noirs. En 1999, elle était inférieure de 30% à celle des noirs. Et bien aujourd'hui, elle est supérieure de 30% à celle des noirs du même âge.

Désavantages cumulatifs

L'explication la plus naturelle, c'est l'économie, avec le chômage, donc la perte de revenu et la désocialisation qui en est la conséquence. Mais Deaton et son collègue s'interrogent. Si l'espérance de vie ne chute que pour les blancs non hispaniques, et pas pour les noirs par exemple - qui voient leur vie continuer à s'allonger, même si c'est modeste -, c'est que l'économie ne peut être le seul facteur.

À lire aussi
Le président de la CPME, François Asselin, le 25 juillet 2017 social
François Asselin sur RTL : "Des échanges simples et directs" entre leaders syndicaux et patronaux

Car les noirs non qualifiés connaissent une situation économique et sociale qui est au moins aussi détériorée que celle des blancs non qualifiés. Ils arrivent donc à l'idée de désavantages cumulatifs, qui expliqueraient cette extraordinaire régression, sans précédent depuis le XIXe siècle.

Il y aurait plusieurs facteurs qui s'additionneraient lors d'un processus de déclin et de privations multiples. À l'origine de ce déclin, la raréfaction des emplois non qualifiés aux États-Unis, à cause de la mondialisation et des changements technologiques, particulièrement dans les régions naguère industrielles - justement celles qui ont voté Trump.

Descente aux enfers

Cela vaut pour les blancs comme pour les noirs ou les hispaniques. C'est pour cela que nos deux auteurs vont plus loin. D'après les données qu'ils ont collectées, les mariages ou les cohabitations maritales des couples blancs seraient moins solides que les unions entre hispaniques ou noirs. Ils auraient donc davantage de risques de vivre seuls, plus vulnérables. Les grands-parents seraient moins présents chez les blancs, ce qui compliquerait l'éducation des enfants.

Le lien à la communauté, en particulier via les églises, serait moins solides chez les blancs. Enfin l'usage d'anti-dépresseurs, massif dans ces catégories sociales, serait un accélérateur de la désocialisation. Autant de facteurs culturels et comportementaux qui expliqueraient la descente aux enfers de cette partie de la classe moyenne américaine. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Social États-Unis Amérique du Nord
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7787892133
François Lenglet se penche sur le déclin de la classe moyenne américaine
François Lenglet se penche sur le déclin de la classe moyenne américaine
ÉDITO - Le prix Nobel Angus Deaton dresse un constat saisissant sur la situation des Américains blancs en milieu de vie.
https://www.rtl.fr/actu/international/francois-lenglet-se-penche-sur-le-declin-de-la-classe-moyenne-americaine-7787892133
2017-03-31 09:25:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/28ieCAHuWyCPzG2Iio-h0A/330v220-2/online/image/2014/0423/7771375197_francois-lenglet.jpg