4 min de lecture Crise politique

Tensions entre États-Unis et Iran : un dialogue impossible ?

DÉCRYPTAGE - Des missiles chargés sur des embarcations traditionnelles dans le Golfe auraient poussé les Américains à élaborer un plan qui prévoit l'envoi de 120.000 hommes dans la région. La tension est maximale entre les deux pays.

Le portrait du chef de l'État iranien Ali Khamenei aux côtés d'une effigie de Donald Trump, lors d'une manifestation à Téhéran (Iran), le 10 mai 2019
Le portrait du chef de l'État iranien Ali Khamenei aux côtés d'une effigie de Donald Trump, lors d'une manifestation à Téhéran (Iran), le 10 mai 2019 Crédit : STR / AFP
Leia Hoarau
Leia Hoarau
et Philippe Corbé

La tension ne cesse de monter entre les États-Unis et l'Iran. Le Département d'État américain a donné l'ordre, ce mercredi 15 mai, à tous les personnels non essentiels d'évacuer les ambassades et consulats en Irak. La présence militaire américaine dans le Golfe, elle, augmente pour faire face à des "signaux clairs montrant que les forces iraniennes et leurs affidés font des préparatifs à une attaque possible contre les forces américaines". 

"Nous voulons que l'Iran se comporte comme un pays normal", a expliqué le secrétaire d'État américain Mike Pompeo. "Nous voulons que le régime cesse de mener des campagnes d'assassinats en Europe, cesse son soutien au Hezbollah qui menace les intérêts de tout le Moyen-Orient, son soutien aux (rebelles yéménites) Houthis qui lancent des missiles dans des zones où voyagent des Russes et des Américains".

Les chefs des deux partis au Congrès ont par ailleurs demandé à avoir accès aux informations des services de renseignement sur l'Iran, pour évaluer la "menace imminente" évoquée par la Maison Blanche et le Pentagone.

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Un arsenal de guerre

Les relations déjà tendues entre Washington et Téhéran se sont envenimées depuis une semaine : l'Iran a suspendu certains de ses engagements pris en vertu de l'accord de 2015 encadrant son programme nucléaire, un an après le retrait américain de ce texte, tandis que l'administration Trump a renforcé ses sanctions contre l'économie iranienne. 

Accusant Téhéran de préparer des "attaques" contre les intérêts américains au Moyen-Orient, le Pentagone a dépêché dans la région un porte-avions, un navire de guerre, des bombardiers B-52 et une batterie de missiles Patriot.

"Nous avons été clairs avec les Iraniens sur le fait que si les intérêts américains sont attaqués, nous répondrons certainement de la manière appropriée", a martelé Mike Pompeo en Russie.

120.000 soldats américains envoyés au Moyen-Orient ?

Lundi soir, le New York Times avait rapporté que le ministre américain de la Défense par intérim, Patrick Shanahan, avait présenté la semaine dernière, lors d'une réunion avec des conseillers à la sécurité nationale de M. Trump, un plan selon lequel jusqu'à 120.000 hommes pourraient être envoyés au Moyen-Orient si l'Iran attaquait des forces américaines. 

Ce plan, qui n'en est qu'à un stade préliminaire selon le journal, n'appelle pas à une invasion terrestre et le chiffre évoqué est le plus élevé de la fourchette envisagée, précise le quotidien new-yorkais. Des informations largement réfutées par Donald Trump : "Si nous devions le faire, nous enverrions beaucoup plus d'hommes que ça", a-t-il déclaré en qualifiant le quotidien de média "à infox".

Sabotages et attaques en tout genre

La crainte d'une escalade dans le Golfe a été alimentée ces derniers jours par de mystérieux "actes de sabotage" contre quatre navires de commerce, dont deux tankers saoudiens, même si aucun lien n'a été établi officiellement. 

Les tensions ont monté encore d'un cran avec des attaques de drones revendiquées par des rebelles yéménites provoquant la fermeture d'un oléoduc majeur en Arabie saoudite, principale rivale de l'Iran au Moyen-Orient.

Dialogue impossible entre les deux nations

Néanmoins, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a réfuté, mardi 14 mai, toute volonté de guerre avec l'Iran de la part des États-Unis. "Fondamentalement, nous ne cherchons pas une guerre avec l'Iran", a affirmé M. Pompeo lors d'une conférence de presse avec son homologue russe Sergueï Lavrov à Sotchi, dans le sud de la Russie. Au Capitole, l'une des plus influentes sénatrices démocrates a été aperçue avec son téléphone ouvert sur le contact du ministre iranien des Affaires étrangères. Quelques minutes plus tard, elle affirmait qu'il ne cherchait pas la guerre.

Lui faisant écho, le guide suprême de la République islamique d'Iran, Ali Khamenei, a affirmé qu'"il n'y aurait pas de guerre" avec les États-Unis, selon son site internet, expliquant l'épreuve de force actuelle par une manière de tester la détermination de chacun : "Ni nous, ni eux, ne cherchons la guerre, ils savent qu'elle ne serait pas dans leur intérêt". 

Ni nous, ni eux, ne cherchons la guerre

Ali Khamenei
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Mais quelques heures plus tard, l'Iran  la porte à l'offre de dialogue de Donald Trump. "Je suis sûr que l'Iran voudra bientôt discuter", a-t-il lancé mercredi. "Je voudrais qu'ils m'appellent", avait-il déjà tenté la semaine dernière. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, lui a opposé une fin de non recevoir. "Je ne sais pas pourquoi le président Trump est confiant car c'est totalement faux", a-t-il répondu jeudi depuis Tokyo, écartant "toute possibilité" de négociations avec les Etats-Unis. 

Les Britanniques prennent leur distance

Il faut également noter la prise de distance assez nette des diplomates et militaires britanniques qui doutent que l'Iran soit devenue plus menaçante, comme l'indiquent les Américains. 

C'est rare, et c'est d’autant plus frappant que les Britanniques sont plutôt dans une période où ils ont absolument besoin de s'attirer les faveurs de Donald Trump pour obtenir rapidement un accord commercial après le Brexit.

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