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États-Unis : des profs obligés d'acheter les fournitures de leurs élèves

Une grève des profs d'ampleur a démarré près de Los Angeles. Un mouvement social très rare aux États-Unis alors que les enseignants, mal payés, sont parfois obligés d'acheter eux-mêmes les fournitures de leurs élèves.

Philippe Corbé
Philippe Corbé
et Éléonore Merlin

On est au 25e jour de la paralysie partielle de l’État fédéral, 800.000 fonctionnaires ne sont pas payés et il n'y a toujours pas d’issue en vue. Et dans ce contexte, des profs, à Los Angeles démarrent une grève. 

Cela n’était pas arrivé depuis 30 ans. 30.000 enseignants et personnels en grève reconductible, 600.000 élèves concernés. Si on compare aux grèves dans l’Education Nationale en France, cela peut paraître limité mais il faut comprendre qu’ici, aux Etats-Unis, les enseignants ne sont pas des fonctionnaires fédéraux, ils ne dépendent pas d’un ministère de l’Education à Washington. Ils sont employés par un district local, au niveau de la ville, ou du comté, qui les recrute, les paye et peut aussi les licencier. 

Il n’y a pas un salaire unique au niveau national, leurs syndicats doivent négocier les salaires au niveau local. En fonction des ressources budgétaires locales. Par exemple, le financement public par élève est deux fois moins élevé en Californie que dans l’état de New York. A Los Angeles, les négociations ont duré près de deux ans mais ont finalement échoué et donc les enseignants se mettent en grève. Ils réclament une augmentation de salaires de 6%, mais aussi une réduction de la taille des classes : à Los Angeles, on compte en moyenne 42 élèves par classe dans la plupart des collèges et lycées.

De plus en plus de familles des classes moyennes mettent leurs enfants dans des écoles privées, +150% en 10 ans en Californie. Et donc les classes surchargées concernent surtout les familles plus défavorisées. Ces derniers mois, des grèves similaires dans l’Arizona, la Caroline du Nord, le Colorado, l’état de Washington, l’Oklahoma, le Kentucky, ont eu lieu. Tout est parti de la Virginie Occidentale, l’un des états les plus déshérités. A chaque fois, les mêmes histoires d’écoles sous-financées, où les profs, déjà sous-payés, n’ont d’autre choix que d’acheter eux-mêmes les fournitures, des crayons, des cahiers, des livres, parfois même des sacs à dos, des chaussures, ou un ordinateur pour la classe. Faute de moyens.

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En septembre dernier, Time Magazine a publié une série de "unes" avec des témoignages de ces profs. "Mon enfant et moi partageons le même lit dans un petit appartement, je dépense 1.000 dollars en fournitures et j’ai été licencié trois fois", témoigne l'un d'eux. "J’ai 20 ans d’expérience, mais je ne peux pas payer la réparation de ma voiture, consulter un médecin pour mes migraines ou économiser pour l’avenir de mes enfants", dit un autre.
Le plus frappant, le voici : "J’ai un master, 16 ans d’expérience, j’ai deux jobs en plus, et je vends mon plasma sanguin pour payer les factures. Je suis une enseignante en Amérique".

Et au-delà que la question des profs, ces grèves mettent en lumière une Amérique de plus en plus inégalitaire, à un niveau qu’on a du mal à imaginer en France où il y a un État central très fort, des dépenses publiques importantes, et où les inégalités sont beaucoup moins creusées que dans la plupart des pays développés, surtout les Etats Unis. 

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