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ÉDITO - États-Unis : les overdoses d'opioïdes, "une épidémie aux racines sociales", explique Lenglet

Aux États-Unis, le nombre de morts par overdose a atteint un record. Il a dépassé les 100.000 personnes en un an. Un phénomène inquiétant que deux chercheurs ont tenté d'expliquer dans un livre.

Différentes drogues (illustration)
Différentes drogues (illustration)
États-Unis : une consommation excessive d'opioïde devenue un fléau
03:31
États-Unis : une consommation excessive d'opioïde devenue un fléau
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François Lenglet

En un an seulement, plus de 100.000 personnes sont mortes par overdoses aux États-Unis. Un record. C’est quatre fois plus que les morts par armes à feu. Et plus de la moitié de ces décès sont dus à la consommation excessive d’anti-douleurs surpuissants. Des dérivés de l’opium sont vendus de façon agressive par l’industrie pharmaceutique malgré la dépendance qu’ils provoquent. 

Une série télévisée débarque en France, qui raconte justement le cynisme du labo pharmaceutique fabriquant et distribuant ces produits, qui ont provoqué d'une des plus grosses catastrophes sanitaires actuelles. Il s'agit d’une hécatombe, qui ne cesse de progresser aux États-Unis et commence à apparaître de façon timide dans certains pays d’Europe.

Si la drogue n'est pas une nouveauté, c'est cette drogue-là en particulier qui est nouvelle. Une drogue quasi-légale, qui a été marketée par des groupes pharmaceutiques, sous le nom d’Oxycontine ou encore Fentanyl. Un prix Nobel d’économie, Angus Deaton, s’est intéressé au phénomène dans un livre qu’il a publié avec sa femme il y a dix-huit mois. 

Ils ont tous les deux enquêté sur un fait démographique inouï : l’augmentation du taux de mortalité des Américains blancs entre 45 et 55 ans. Tout au long du XXe siècle, l’espérance de vie n’avait fait qu’augmenter, pour cette génération comme pour les autres. 

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Et voilà que pour la première fois en dehors des périodes de guerre ou d’épidémie, elle a baissé pour ceux qu’on appelle les "red necks". Les petits blancs américains, à cause de ce que Deaton appelle les "morts du désespoir" : suicide, alcoolisme et overdose. 

Qu'est-ce qui rend cette population si désespérée ?

C'est la disparition des emplois industriels mais aussi la stagnation, voire la chute des revenus des emplois non qualifiés qui les rend aussi désespérés. Angus Deaton et Anne Case font alors deux observations étonnantes. 

D'une part, cette épidémie ne touche que ceux qui ont un diplôme inférieur à bac moins 4, c’est-à-dire à un master. Les diplômés sont donc épargnés, parce que leurs opportunités professionnelles sont bonnes. 

Dans un second temps, les morts d’overdose par opioïdes se concentrent dans les états comme la Virginie, le Kentucky, l’Arkansas, où le niveau d’éducation est le plus faible des États-Unis. À l’inverse, en Californie, dans le New Jersey ou l’Illinois, où le niveau de vie et d’éducation est élevé, il n’y a pas de surmortalité des blancs de cette tranche d’âge. En clair, c’est une épidémie aux racines sociales.

Un problème qui se concentre chez les populations blanches

Ce problème a tendance à se concentrer chez les blancs pour différentes raisons selon les auteurs. D’abord, la situation sociale des blancs se détériore, alors que celle des noirs, même si elle n’est pas meilleure en valeur absolue, s’améliore, parce qu’ils partaient de bien plus bas. Ensuite, les blancs étaient habitués à se dire que même pauvre, ils étaient quand même mieux lotis que les noirs. Ce n’est plus vrai. D’où un sentiment de déclassement sans précédent. Et donc le désespoir.

La famille Sackler, propriétaire des labos qui fabriquait l’Oxycontin, a été contrainte de mettre en faillite l’entreprise, sous le poids des milliards de dollars de dommages à payer à cause des procès. Mais déjà de nouveaux producteurs arrivent, avec les cartels de la drogue mexicains, qui fabriquent des pilules avec des matières premières venues de Chine et les vendent dans la rue grâce à leurs réseaux de distribution.

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