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Communication, recrutement, piratage : comment les jihadistes ont investi internet

ÉCLAIRAGE - Les récents piratages de sites internet occidentaux prouvent la nouvelle force de frappe des groupes jihadistes, qui investissent massivement le web depuis plusieurs années.

Un responsable d'al-Qaïda Yémen
Un responsable d'al-Qaïda Yémen
Crédit : Capture d'écran d'une vidéo de revendication
Romain Renner
Romain Renner

Des milliers de sites internet ont été piratés depuis les attentats de Paris, les 7 et 8 janvier derniers. Des cyber-attaques perpétrées par des groupes jihadistes à l'encontre d'institutions officielles, fondations, services publics et même de musées.

Ces événements viennent souligner la nouvelle dimension prise par le combat des organisations telles que l'État islamique ou al-Qaïda, extrêmement présentes sur internet. "L'État islamique (ou Daech, ndlr) est déjà là, nous sommes dans vos PC, dans chaque base militaire américaine, était-il notamment écrit après le piratage par Daech des comptes Twitter et Facebook de l'US Centcom, le commandement militaire américain pour l'Asie centrale et le Moyen-Orient. Le Cyber Califat continue son cyberjihad".

Le compte Twitter de l'US Centcom piraté par l'État islamique
Le compte Twitter de l'US Centcom piraté par l'État islamique
Crédit : Capture d'écran Twitter

Les attaques lancées sur internet sont en effet la touche finale à l'évolution des groupes jihadistes, passés du rang d'obscurs combattants à celui de multinationales du terrorisme en quelques années. Profitant du formidable relais que constitue le web, ils ont pu faire connaître leur action, recruter et agir tout en démultipliant l'impact de chacune de leurs actions.

Al-Qaïda, le précurseur

Al-Qaïda est la première organisation à avoir compris et exploité le potentiel d'internet, allant même jusqu'à développer un jeu vidéo dont le but était de tuer George Bush à la Maison Blanche. Selon Jean-Pierre Filiu, auteur des Neuf vies d'al-Qaïda, cette stratégie a été mise en place en 2004 par Oussama Ben Laden. "Il valide la diffusion sur internet de toute une terreur emblématique, depuis les supplices d'otages occidentaux jusqu'aux attentats-suicides, méthodiquement filmés", écrit-il.

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Il poursuit : "Al-Qaïda dispose d'un éventail de sites-relais, au premier desquels al-Fajr et al-Hebsa, qui lui permet (...) d'annoncer la diffusion imminente de tel ou tel document, afin de préparer le terrain médiatique à sa réception". Daech a poursuivi dans cette logique en se divisant en plusieurs branches chargées d'assurer son expansion sur la toile.

Al-Furqan s'occupe par exemple des communiqués ; al-Hayat diffuse, lui, les vidéos, les photos et les magazines de l'État islamique - Dabiq est édité en plusieurs langues (arabe, français, russe, anglais). Contrairement à al-Qaïda - dont la branche yéménite édite également un magazine en PDF, Inspire -, qui s'est limité à des réseaux et forums plus ou moins dissimulés, l'État islamique opte pour une communication ouverte via Twitter et Facebook, deux des principaux réseaux sociaux du monde. Une stratégie reprise à plus petite échelle par les Somaliens d'al-Shabab.

Une capture d'écran de "Dabiq", le magazine de l'État islamique
Une capture d'écran de "Dabiq", le magazine de l'État islamique
Crédit : Capture d'écran

Une capacité de nuisance encore limitée ?

Selon le journaliste français David Thomson, auteur des Français jihadistes, "le jihadiste combat en Syrie avec une Kalachnikov dans une main et un smartphone dans l'autre". The Atlantic souligne même l'existence d'une application pour smartphones, "Dawn of Glad Tidings", qui permet de relayer le contenu des tweets de l'État islamique en Irak et au Levant. Le groupe a par exemple atteint 40.000 tweets lors de la prise de Mossoul en juin dernier.

Le chef de l'agence britannique de surveillance, Robert Hannigan, dénonce d'ailleurs le rôle d'internet et des grands groupes qui le dominent dans l'expansion du jihadisme. "Elles sont devenues le contrôle et de commandement préféré des terroristes et des criminels", dénonce-t-il dans une tribune publiée par le Financial Times.

Mais si la maîtrise de la communication des jihadistes frôle la perfection, leur capacité à mener une cyberguerre à l'Occident serait, selon certains spécialistes, relativement limitée. "Ils mènent des attaques de faible intensitéexplique par exemple à FranceTV Info Gérôme Billois, expert en sécurité informatique au cabinet Solucom. Ils utilisent des vulnérabilités connues depuis longtemps ainsi que des outils disponibles facilement sur internet. De plus, ils s'attaquent à des sites peu sécurisés et pas mis à jour. Il existe tout de même un risque. Ils vont, petit à petit, apprendre, se développer et augmenter leurs capacités d'attaque".

"Ce ne sont pas des génies. Ils n'ont pas des techniques très pointues. Côté informatique, ils s'y connaissent mais sans plus (…) On n'est pas du tout dans une cyberguerre", confirme le spécialiste en cyber-défense et fondateur de zataz.com, Damien Bancal, au micro de RTL.

À écouter

Interview de Damien Bancal dans "RTL Soir"
03:59
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