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Burkina Faso : la communauté internationale s'inquiète du coup d'État

L'ONU, l'Union africaine et l'UE demandent la libération immédiate du président et du Premier ministre intérimaires, retenus en otages par des militaires fidèles à l'ancien président Blaise Compaoré. Les putschistes ont instauré un couvre-feu et fermé les frontières. La France appelle ses ressortissants à ne pas sortir de chez eux.

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Un coup d'État militaire du Burkina Faso, un an après la chute de Blaise Compaoré Crédit Image : AHMED OUOBA / AFP | Crédit Média : Christophe Decroix | Durée : | Date :
Julie Coste
et AFP

Après avoir pris en otages le président intérimaire et son Premier ministre, la garde prétorienne de l'ancien chef de l'État Blaise Compaoré instaure un couvre-feu et ferme les frontières ce jeudi 17 septembre. Les putschistes ont également annoncé avoir dissous les institutions. L'ONU, l'Union africaine et l'UE demandent la "libération immédiate" des deux dirigeants. François Hollande "condamne fermement" ce "coup d'État".

La situation est extrêmement tendue au Burkina Faso, au lendemain de ce qui est désormais, avec certitude, un coup d'État. À moins d'un mois d'une élection présidentielle cruciale, des militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont pris en otages, dans la nuit de mercredi à jeudi, le président intérimaire Michel Kafando et son Premier ministre Isaac Zida. Ce nouveau coup de force de la garde prétorienne de l'ex-président Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par la rue en octobre 2014, après 27 ans au pouvoir, a brusquement plongé dans l'incertitude ce pays sahélien enclavé, où les élections présidentielle et législatives du 11 octobre sont censées mettre un terme à la transition.

Situer le Burkina Faso
Situer le Burkina Faso Crédit : pld/fh, S. Ramos/P. Defosseux / AFP

Les Français appelés à rester chez eux

Le Quai d'Orsay appelle les Français résidant dans la capitale à rester chez eux. "Des troubles importants se déroulent en ce moment à Ouagadougou. Il est recommandé aux Français présents à Ouagadougou de rester confinés à leur domicile", indique le ministère des Affaires étrangères sur son site. Il conseille aussi "aux voyageurs de reporter tout projet de voyage au Burkina Faso". L'ambassade de France à Ouagadougou annonce par ailleurs "la fermeture, pour la journée de jeudi, des établissements scolaires français" dans la capitale et à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays. 3.500 Français vivent dans le pays, dont 92% d'expatriés, pour la plupart dans la capitale. 

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Une loi électorale controversée

Les militaires du RSP ont en outre annoncé, ce jeudi matin, avoir "dissous" les institutions de la transition. Un "Conseil national de la démocratie" doit désormais remplacer les institutions de transition, a affirmé à la télévision publique le lieutenant-colonel Mamadou Bamba. "Une large concertation est engagée pour former un gouvernement qui se dévouera à la remise en ordre politique du pays et à la restauration de la cohésion nationale pour aboutir à des élections inclusives et apaisées", a-t-il poursuivi. Le RSP dénonce notamment la loi n'autorisant pas les partisans de l'ancien président Compaoré à se présenter à la présidentielle. Cette loi électorale très controversée rend "inéligibles" tous ceux qui ont soutenu un "changement inconstitutionnel" - soit la tentative de Blaise Compaoré de modifier la Constitution pour supprimer la limitation des mandats présidentiels.

Des tirs étaient régulièrement entendus jeudi matin à Ouagadougou, quadrillée par les militaires de la garde présidentielle. La journaliste française Ludivine Laniepce parle de "tirs très nourris". 

Les militaires ont mis en place des barrages tout autour de Ouaga2000, le quartier où se trouve le palais présidentiel. Le président de l'assemblée de transition, le Conseil national de la transition, Cheriff Sy, appelle sur RFI "le peuple à se mobiliser immédiatement contre cette forfaiture". "C'est une question de rapport de force" a-t-il lancé, dénonçant un "coup d'État".

Indignation internationale

Dès mercredi, l'ONU, l'Union africaine et la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont fermement condamné la "prise d'otages". Le Conseil de sécurité de l'ONU réclame que le président et son Premier ministre soient "libérés sains et saufs et immédiatement". Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, qui se dit "scandalisé", a exigé la "libération immédiate" du président intérimaire et du Premier ministre.

La chef de la diplomatie européenne demande également la "libération immédiate" du président et des membres du gouvernement. "L'UE appelle (...) au respect de la transition et de l'intérêt général", indique Federica Mogherini ce jeudi. François Hollande, lui aussi, "condamne fermement le coup d'État qui a eu lieu au Burkina Faso" (le pays étant une ancienne colonie française). Il appelle "à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées" et "à la remise en place des autorités de la transition et à la reprise du processus électoral". "Il ne peut pas y avoir de légalité avec des putschistes", dénonce le président français. 

Heurts à Ougadougou

Mercredi soir, à Ougadougou, plusieurs centaines de personnes avec des sifflets et des vuvuzelas ont convergé vers le palais présidentiel, aux cris de "Libérez Kosyam" (nom du palais) ou "À bas les RSP". Des soldats ont tiré des coups de feu pour disperser ces manifestants, qui ont reflué vers le centre-ville. Dans la soirée, le siège du parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), a été saccagé.

Les principaux syndicats du pays, dont la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), ont lancé un appel conjoint "à observer une grève générale sur toute l'étendue du territoire national (...) contre les ingérences du RSP dans la vie politique et pour une véritable démocratie". Sur les réseaux sociaux, le mouvement "Balai citoyen", qui avait été en pointe dans la contestation contre l'ex-président, appelait à un nouveau rassemblement jeudi, pour "dire non au coup d'État en cours". 

Journalistes menacés de mort

Les émissions de Radio France internationale (RFI) et de la radio privée Oméga sont par ailleurs coupées. Interrogé sur France 24, le directeur de la Radio Oméga Alpha Barry explique que cette interruption fait suite à l'irruption, dans les locaux de la station, d'hommes du RSP qui ont menacé de mort les journalistes s'ils poursuivaient leurs programmes. 

Depuis la chute de Blaise Compaoré, exilé en Côte d'Ivoire, le Burkina Faso est dirigé par des autorités intérimaires, avec à leur tête le président Kafando et le Premier ministre Zida. Elles doivent rendre le pouvoir à l'issue des élections. Le RSP avait déjà, à plusieurs reprises, perturbé la transition. Lundi, la Commission nationale de réconciliation et des réformes avait recommandé la dissolution de cette unité de quelque 1.300 hommes, considérée comme la mieux formée de l'armée burkinabè. Fin juin, le RSP avait déjà exigé la démission du lieutenant-colonel Zida, également numéro 2 de ce régiment, et qui avait demandé sa dissolution "pure et simple" avant d'y renoncer.

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2015-09-17 12:00:00
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