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Brésil : la destitution de Dilma Rousseff votée par les députés

Le Sénat doit désormais ratifier l'ouverture d'un procès politique contre la chef d'État inculpée pour corruption.

Les tensions sont de plus en plus vives au Brésil où une large part de la population demande la démission de Dilma Rousseff
Les tensions sont de plus en plus vives au Brésil où une large part de la population demande la démission de Dilma Rousseff Crédit : Douglas Magno / AFP
Michael Ducousso et AFP

Les députés brésiliens ont voté largement en faveur de la destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff, accusée de maquillage des comptes publics, lors d'une séance historique et survoltée, dimanche 17 avril. À 23h07, heure locale (02h07 GMT), l'opposition a franchi la barre des 342 votes requis pour le renvoi de la procédure au Sénat.
 
Le parti de la présidente Dilma Rousseff a donc dû reconnaître sa défaite à l'assemblée : "Les putschistes ont gagné ici à la Chambre", a concédé José Guimaraes, leader du Parti des Travailleurs, précisant que cette "défaite provisoire ne signifie pas que la guerre est perdue (...) Nous allons maintenant dialoguer avec le Sénat pour qu'il corrige l'action des putschistes dirigés par des gens sans autorité morale". Car désormais, l'ouverture d'un procès politique contre la chef de l'État doit être ratifiée par le Sénat. 

Une ambiance électrique à l'assemblée et dans la rue

Après plusieurs mois de dispute politique, plus de 200 millions de Brésiliens étaient suspendus au dénouement de la lutte de pouvoir qui paralyse le géant émergent d'Amérique latine. À Brasilia, environ 53.000 manifestants en vert et jaune favorables à la destitution et 26.000 sympathisants de gauche habillés en rouge ont suivi les débats sur des écrans géants devant l'assemblée, séparés par une grande barrière métallique. Il faut dire que le débat particulièrement sensible attise les tensions au sein du pays sur fond de scandale de corruption et de récession économique.

C'est dans cette ambiance survoltée que chaque député a pris dix secondes pour formuler son vote. Ceux de gauche traitaient leurs collègues de "lâches!" et de putschistes et ceux de droite et du centre, ceints d'écharpes jaunes et vertes, parlaient "de nettoyer le pays d'un gouvernement corrompu et incompétent qui a conduit le Brésil à la ruine". Le député d'extrême gauche (PSOL) Jean Wyllys s'est montré de loin le plus éloquent : "Je veux dire que j'ai honte de participer à la farce de cette élection indirecte, conduite par un voleur et ourdie par un traître conspirateur", a-t-il lancé à l'adresse du président du Congrès des députés Eduardo Cunha, ennemi juré de Dilma Rousseff inculpé pour corruption, et du vice-président Michel Temer, ancien allié de la présidente qui brigue à présent son fauteuil.

Quel avenir pour Dilma Rousseff ?

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Avant le vote, Dilma Rousseff avait annoncé qu'en cas de courte victoire de son camp, elle proposerait immédiatement "un grand pacte sans vainqueurs ni perdants" pour tenter de sortir le Brésil de l'ornière. Mais cette défaite compromet sérieusement son avenir politique : il suffirait en effet d'un vote à la majorité simple des sénateurs, le 11 mai, pour qu'elle soit mise en accusation et écartée du pouvoir pendant au maximum six mois dans l'attente d'un jugement final. Dans ce cas, le vice-président Temer, âgé de 75 ans, la remplacerait dans l'intervalle et formerait un gouvernement de transition.

La présidente accuse une opposition revancharde de fomenter un "coup d'État institutionnel", au mépris des 54 millions de Brésiliens qui l'ont réélue en 2014. Mais depuis sa réélection serrée, sa popularité s'est effondrée en à un plancher historique de 10% en 2015- avec un  rebond à 13% en avril. Aujourd'hui, plus de 60% des Brésiliens souhaitent son départ mais elle est décidée à lutter "jusqu'à la dernière minute de la seconde mi-temps".

Un débat qui laissera des séquelles

"Une bataille s'est déclenchée entre un gouvernement incompétent, soutenu par un parti qui a trahi ses idéaux (le PT), et une opposition hypocrite, dirigée par un législateur accusé de corruption, Eduardo Cunha", estime l'analyste politique Sylvio Costa. "La crise na va pas se terminer aujourd'hui. Si la destitution ne passe pas, ce qui paraît assez improbable, Cunha déclenchera une autre procédure, comme il l'a déjà annoncé" et, dans tous les cas de figure, "les perdants continueront à protester dans les rues", prédit l'expert. "Quelle que soit la décision de la Chambre, les blessures laissées par ces mois de confrontations ne cicatriseront pas facilement", a de son côté estimé le cinéaste brésilien Caca Diegues dans le quotidien O Globo de dimanche.

Des manifestations ont rassemblé au total des dizaines de milliers de Brésiliens des deux camps tout au long de la journée à Brasilia, Sao Paulo ou Rio de Janeiro et dans d'autres villes. L'affluence était bien moindre qu'annoncé, et en début de soirée, avant la décision finale des députés, aucun incident violent n'avait été déploré.

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Le Sénat doit désormais ratifier l'ouverture d'un procès politique contre la chef d'État inculpée pour corruption.
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2016-04-18 03:54:00
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