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"Aucune preuve" : la fille d'un journaliste condamné en Tunisie déplore sur RTL un "acharnement judiciaire" et la "répression" dont il est victime

Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes, ont été condamnés en appel à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale", mardi 12 mai. Dans un premier temps, ils avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kaïs Saïed.

Un drapeau de la Tunisie (illustration)

Crédit : FETHI BELAID / AFP

"La justice a décidé de continuer son acharnement" : la fille d'un journaliste condamné en Tunisie réagit sur RTL

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Gautier Delhon-Bugard & AFP

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Au lendemain de la décision de la Cour d'appel de Tunis de condamner en appel Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, à trois ans et demi de prison au terme d'un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire", la fille du premier cité réagit au micro de RTL, mercredi 13 mai.

"On est tristes, révoltés, atterrés. Malgré l'acharnement judiciaire dont on est victimes depuis deux ans, on a voulu croire que la justice ferait son travail et ferait preuve d'honnêteté. On est abattus par cette décision, il n'y a absolument aucune preuve qui étaye même un soupçon de blanchiment d'argent. On voit que la justice a décidé de continuer cet acharnement et de tout faire pour maintenir mon père en prison", confie Yesmine Zeghidi.

"Nous sommes très déçus de ce verdict"

Pour elle, cette peine à l'encontre de ce journaliste politique franco-tunisien, ancien commentateur de foot sur Canal+, "représente parfaitement cette répression dont les journalistes sont victimes et cette volonté de faire taire toutes les voix libres" dans le pays. "Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi mardi auprès de l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi. En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge leur a posé de nombreuses questions sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP. "Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi. Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger. Il a aussi demandé à son collègue pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

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Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent". Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés. Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"C'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites"

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kaïs Saïed. Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

À la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi : ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible". "Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel : c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

"Il y a encore un éventuel pourvoi en cassation qui est possible, c'est une piste dont on doit discuter avec mon père car c'est à lui que revient cette décision", a fait savoir Yesmine Zeghidi mercredi.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes. L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque par ailleurs de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saïed à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs. Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".

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