3 min de lecture Ebola

Au Liberia, les survivants d'Ebola forment les soignants

Les survivants au virus Ebola, immunisés contre la maladie, tentent de former les soignants au Liberia, pays dépassé par l'épidémie.

Des soignants dans un centre médical à Monrovia, le 3 octobre 2014.
Des soignants dans un centre médical à Monrovia, le 3 octobre 2014. Crédit : PASCAL GUYOT / AFP
Nicolas Marischaël avec sa famille dans son atelier-boutique
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et AFP

L'homme titube, se cogne aux murs, hébété, avant d'être maîtrisé par des soignants en combinaison étanche: il semble atteint d'Ebola. C'est en fait un survivant de la fièvre hémorragique qui participe à la formation du personnel médical au Liberia.

Dans un vaste bâtiment de Monrovia, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconstitué un faux centre de traitement d'Ebola, désigné par le sigle anglais "ETU" (pour "Ebola treatment unit").

Ici, 50 Libériens - médecins, infirmiers, étudiants en médecine et en pharmacie - et une douzaine de médecins étrangers envoyés par l'Union africaine sont formés aux dangers et aux soins spécifiques à la redoutable maladie.

"Beaucoup ont peur, ils ont tous perdu des collègues"

Médecins sans frontières (MSF), en pointe dans le combat contre Ebola, forme ses propres soignants, comme depuis peu d'autres ONG. Elle le répète sans relâche: construire de nouveaux ETU sera inutile si le personnel compétent manque. C'est le cas quasiment partout.

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"Nous répétons aux soignants que notre rôle ici est de nous protéger et de sauver des vies", explique Shevan Jacob, le formateur de l'OMS, qui a travaillé sur de précédentes épidémies d'Ebola, en Ouganda et au Congo.

La formation dure deux semaines: cours théoriques (trois jours), travail dans le faux ETU (deux jours), travail dans un vrai ETU sous les ordres d'un mentor (cinq jours). Après délivrance d'un certificat d'aptitude, plongée dans l'horreur des vrais ETU, où la mortalité atteint 60 à 70%.

"Beaucoup ont peur, ils ont tous perdu des collègues", ajoute Shevan Jacob.

Plus de 200 morts parmi les soignants

Des trois pays les plus touchés par l'épidémie, le Liberia enregistre le plus grand nombre de décès: 2.069, selon le dernier bilan de l'OMS arrêté au 1er octobre. Viennent ensuite la Guinée (739 morts) puis la Sierra Leone (623 morts).

Les soignants de la région, jamais confrontés auparavant à Ebola, donc incapables de se protéger correctement, ont payé cher leur dévouement: plus de 200 morts dans les trois pays, dont les systèmes de santé squelettiques se sont effondrés.

Dans la "Zone rouge", une femme affalée sur un matelas crasseux gémit. Six survivants d'Ebola au total participent au programme, jouant souvent leur rôle avec un réalisme saisissant.

Shevan Jacob explique le scénario: "C'est une femme de 24 ans, elle vomit et elle a la diarrhée, de plus en plus depuis 24 heures. Pas de place dans l'unité médicale. Il faut trouver comment s'en occuper en attendant".

Les soignants dégoulinant de sueur dans leurs combinaisons aspergent du désinfectant, lui parlent pour la calmer, prennent son pouls.

Elle réclame de l'eau, on lui donne une bouteille, elle boit. Se rallonge. Puis se tourne sur le côté: elle "vomit" toute l'eau, qu'elle avait gardée en bouche.

Les fluides corporels concentrant le virus, pas question d'éponger les vomissures telles quelles. Un soignant les asperge longuement de désinfectant.

"Je veux aider à former ceux qui sauveront le Liberia"

"Et là, vous lui donnez quoi?", demande Shevan Jacob. "Une intraveineuse", répond le docteur Nuah d'une voix étouffée par le masque de protection lui cachant le visage. Comme ses collègues, son nom et sa fonction sont écrits sur la combinaison. La fausse intraveineuse est posée. Une infirmière explique à la patiente: "Le docteur va revenir vous voir".

"J'ai décidé de participer à cette formation car c'est quelque chose qu'il fallait faire", explique la fausse patiente de la séquence précédente, Kobah. "Il faut améliorer les ETU", souvent surchargés et sous-équipés, manquant de personnel et n'atteignant pas les standards d'hygiène et de sécurité nécessaires - certains sont des mouroirs.

Cette assistante médicale sait parfaitement de quoi elle parle: "J'ai été malade en août. On m'a emmenée dans un ETU le 6 août, j'en suis sortie le 28. (...) Je veux aider à former ceux qui sauveront le Liberia".

Via ce programme, l'OMS espère former 400 soignants en huit à dix semaines. Les besoins pour le pays sont estimés à plusieurs milliers.

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