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Allemagne : ce qui se joue aux élections législatives de dimanche

ÉCLAIRAGE - Angela Merkel (CDU) brigue un quatrième mandat consécutif de chancelière dimanche 24 septembre.

Angela Merkel face à Martin Schulz, à Bruxelles le 19 décembre 2013
Angela Merkel face à Martin Schulz, à Bruxelles le 19 décembre 2013 Crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Le paysage politique allemand bientôt renouvelé ? Dans un pays dirigé par Angela Merkel depuis 2005, les élections législatives du 24 septembre devraient rebattre les cartes et bousculer la coalition actuelle. En revanche, la CDU, parti d'Angela Merkel, devrait une fois encore remporter la majorité des députés. La chancelière conservatrice, dont l'habileté électorale n'est plus à prouver, a usé d'une stratégie infaillible pour tuer le suspense au fil de la campagne. La question n'est plus de savoir si son parti va l'emporter, mais avec qui il va gouverner.

Sûre des bienfaits de sa politique, la sortante, qui brigue un quatrième mandat à la tête de la République fédérale d'Allemagne, a vanté avec force son bilan économique. L'Allemagne, dont le modèle séduit Emmanuel Macron, est quasiment au plein emploi avec un taux de chômage de 5,6%, expliquait Le Monde du 31 mai 2017. Le discours des opposants, préférant mettre en perspective la forte-hausse des mini-jobs et la précarité au travail qui l'accompagne et le rejet de l'Union européenne, imprime beaucoup moins dans l'électorat, à en croire les sondages. 

Outre sa politique économique, Angela Merkel a mis en lumière sa politique migratoire, saluant le comportement de ses compatriotes au moment où 890.000 réfugiés sont entrés en Allemagne en 2015. "L'Allemagne a alors agi de façon humaine et juste dans un contexte très difficile", assumait-elle encore le 27 août dans les colonnes de Die Welt am Sonntag, tout en admettant "que l'année 2015 ne doit pas se reproduire pour nous comme pour les personnes qui ont fui."

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L'alliance CDU-SPD à bout de souffle

Face à la majorité actuelle, les forces politiques sont éclatées. Distancé dans les sondages (23% des intentions de vote le 19 septembre quand la CDU-CSU d'Angela Merkel pointe à 36%), le SPD (les progressistes), mené par l'ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, joue déjà la partie d'après : à savoir poursuivre la coalition avec la CDU ou y mettre un terme. Une crise politique sur la ligne du parti est déjà à prévoir, tant l'attelage droite-gauche est de moins en moins goûté par l'opinion.

Il pourrait "gagner à passer quelque temps dans l'opposition", estime auprès de l'AFP Timo Lochocki, politologue au German Marshall Fund. "Tout porte à croire que le nom du vainqueur est déjà connu, tout comme le nom du perdant", écrit, fataliste, Der Spiegel. Et même si Schulz, qui se pose en homme du peuple, "se donne du mal", "il a les plus grandes difficultés à se positionner en alternative à Angela Merkel".

En plus du SPD, quatre autres forces politiques sont en embuscade dans un mouchoir de poche aux alentours de 10% des intentions de vote : Die Linke (la gauche), les Libéraux du FDP (Freie Demokratishe Partei), les écologistes (Bündnis 90/Die Grünen) et l'Afd (Alternative für Deutschland). Tous sont dans l'expectative, trois des quatre pouvant jouer un rôle clef dans la future coalition dirigée par Angela Merkel. Seule l'Afd, formation populiste qui surfe sur l'anti-islam, semble exclue de toute négociation.

Le FDP et les écologistes en embuscade

Les Libéraux du FDP s'apprêtent à faire leur retour au Parlement, après quatre ans d'absence, avec une ligne clairement à droite et ferme sur l'immigration. "Il est clair que nous avons une bonne chance de faire notre retour, qui l'eut cru ?", a demandé cette semaine Christian Lindner, 38 ans, omniprésent dans les spots télévisés de son parti.

Le FDP a l'expérience de jouer les partis charnière. Depuis la création de la RFA en 1949, il a été, à l'exception d'une vingtaine d'années, de toutes les coalitions du pays. La dernière a eu lieu entre 2009 et 2013, déjà sous Angela Merkel.

Outre-Rhin, il se murmure qu'une coalition CDU-Libéraux est envisagée, ce qui signifierait un coup de barre à droite de l'action du gouvernement, qui pourrait ne pas être sans conséquences sur la relation franco-allemande et la politique européenne.

Le résultat des écologistes pourrait rééquilibrer le tout. Au cas où le score cumulé des conservateurs et des libéraux ne serait pas suffisant pour gouverner, Angela Merkel pourrait discuter avec eux en vue d'une entrée au gouvernement.

L'extrême-droite au Bundestag, une première depuis 1945

Eux n'ont aucune chance d'intégrer le gouvernement en 2017, les candidats de l'Afd visent 2021. Si l'on en croit les intentions de vote, le parti d'extrême droite Afd ferait toutefois une percée sans précédent et une entrée remarquée au Parlement.

La troisième place, devant les libéraux du FDP, la gauche radicale Die Linke et les Verts, est leur objectif. Le parti, créé en avril 2013, compte bien tourner une page de l'histoire allemande en devenant la première formation à la fois nationaliste et anti-immigration à former un groupe parlementaire depuis la fin du joug nazi en 1945.

Le rapport de force 2013-2017

Aux législatives de 2013, le rapport de force s'établissait ainsi :
1. CDU-CSU (centre droit) 41,5% et 311 députés - Angela Merkel
2. SPD (centre gauche) 25,7% et 193 députés - Martin Schulz
3. Die Linke (extrême gauche à gauche) 8,6% et 64 députés - Dietmar Bartsch et Sahra Wagenknecht
4. Bündnis 90-Die Grünen (écologistes) 8,4% et 63 députés - Katrin Göring-Eckhardt et Cem Özdemir
5. FDP (centre à centre droit) 4,8% et 0 député - Christian Lindner
6. AFD (extrême droite) 4,7% et 0 député - Alexander Gauland et Alice Weidel. 

Un vote mais deux voix par électeur

Le système électoral allemand comporte plusieurs particularités propres à son régime parlementaire et de démocratie représentative. L'intégralité des 598 députés au minimum du Bundestag (ils sont 630 députés dans la chambre sortante), chambre basse du Parlement, seront élus dimanche 24 septembre, mais pas tous de la même manière.

En effet, une fois dans l'isoloir, les électeurs allemands sont invités à se prononcer sur deux sujets. Le premier vote (erste Stimme, en allemand) est local : il concerne l'élection du député de sa circonscription au scrutin majoritaire uninominal. La moitié des membres du Parlement allemand (299 des 598 membres) est issue de cette première décision. Pour l'emporter, il suffit d'arriver en tête, sans pour autant rassembler la majorité des suffrages exprimés.

La seconde voix (zweite Stimme) de l'électeur est accordée cette fois à un parti (liste de candidats) de l'État régional (le Land). Cette voix est capitale puisque seuls les partis, élus cette fois à la proportionnelle, ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés au niveau national pourront prétendre ensuite à des groupes au Bundestag. Si un parti obtient 25% des voix via le deuxième vote, il disposera à coup sûr d'un quart des députés au Bundestag. Ce n'est qu'après cette première répartition proportionnelle que les députés élus au scrutin majoritaire (la première voix) complètent les rangs. 

Un scrutin favorable au bipartisme

L'électeur peut voter deux fois pour le même parti ou différencier son choix. Les Allemands optent souvent pour cette dernière option et votent par stratégie car ils sont habitués à être gouvernés par des coalitions, en raison du système proportionnel, et essaient d'influencer leur composition.

À ce stade, deux cas de figure : si le nombre d'élus directs au scrutin majoritaire représente un total inférieur à ce seuil de 30%, on complète avec les élus de la liste régionale. Si en revanche il est supérieur au score proportionnel (ce qui est de plus en plus souvent le cas pour les deux grands partis, les conservateurs et les sociaux-démocrates), ces sièges directs supplémentaires restent et augmentent donc mécaniquement le nombre total de députés au Bundestag.

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