3 min de lecture Afghanistan

Afghanistan : les États-Unis et les talibans signent un accord historique

Cet accord ouvre la voie à un retrait total des soldats américains d'Afghanistan et à des négociations de paix interafghanes après 18 ans de guerre.

Zalmay Khalilzad et le chef politique des talibans Abdul Ghani Baradar
Zalmay Khalilzad et le chef politique des talibans Abdul Ghani Baradar Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP
Félix Roudaut
Félix Roudaut
et AFP

La journée du 29 février 2020 est à marquer d'une pierre blanche. Les États-Unis et les talibans afghans ont en effet signé samedi un accord historique à Doha, au Qatar, qui ouvre la voie à un retrait total des troupes américaines après 18 ans de guerre et à des négociations de paix interafghanes inédites.

L'accord négocié pendant un an et demi a été signé par les principaux négociateurs des deux parties ennemies, Zalmay Khalilzad côté américain et le chef politique des talibans Abdul Ghani Baradar, en présence du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. MM. Khalilzad et Baradar se sont serré la main sous les applaudissements et les cris "Allah Akbar".

Ce texte n'est pas un accord de paix à proprement parler, car les autorités afghanes, elles-mêmes aux prises avec les divisions nées d'une élection présidentielle contestée, ont jusqu'ici été tenues à l'écart de ces pourparlers directs sans précédent. Mais les Américains s'engagent à entamer immédiatement un retrait graduel de leurs troupes, pour les ramener d'environ 13.000 actuellement à 8.600 d'ici 135 jours.

Vers un retrait total des troupes étrangères

Un calendrier de principe prévoit le retrait total de toutes les forces étrangères d'Afghanistan "au cours des 14 mois suivant la signature de l'accord", selon le texte. Leur départ est toutefois lié au respect par les talibans, les insurgés afghans, de leurs engagements sécuritaires et aux progrès dans les négociations interafghanes à venir, ont précisé de hauts responsables américains.

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En contrepartie de cette revendication-clé des talibans, ceux-ci s'engagent à bannir tout acte de terrorisme depuis les territoires afghans qu'ils contrôlent et à entamer de véritables négociations de paix avec le gouvernement de Kaboul avec lequel ils refusaient jusqu'ici de parler. Ces négociations interafghanes doivent commencer d'ici le 10 mars, selon l'accord, probablement à Oslo.

"Premier pas décisif"

"Si les talibans ne respectent pas leurs engagements, ils perdront leur chance de s'asseoir avec les autres Afghans et délibérer de l'avenir de leur pays", a lancé le chef du Pentagone Mark Esper, qui était lui à Kaboul pour signer une déclaration conjointe avec le gouvernement afghan. "Les États-Unis n'hésiteraient pas à annuler l'accord", a-t-il prévenu.

De leur côté, les talibans assurent qu'ils respecteront leurs engagements, sans donner de précisions. "Puisque l'accord est signé aujourd'hui, et que notre peuple est heureux et le célèbre, nous avons arrêté toutes nos opérations militaires dans tout le pays", a fait valoir Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans.

"Meilleure chance de paix en une génération"

Dans l'immédiat, Donald Trump, en campagne pour sa réélection dans huit mois, brandira le pacte pour clamer qu'il a tenu une de ses promesses phares : mettre fin à la plus longue guerre des États-Unis. Malgré les critiques de certains observateurs qui estiment qu'elle concède trop pour trop peu, l'administration Trump assure que les garanties fournies par les insurgés répondent à la raison première de l'intervention américaine, lancée en représailles aux attentats du 11-Septembre 2001 ourdis par Al-Qaïda depuis l'Afghanistan alors dirigé par les talibans.

Aux termes de l'accord, "les talibans n'autoriseront aucun de leurs membres, ou d'autres individus ou groupes, dont Al-Qaïda, à utiliser le sol afghan pour menacer la sécurité des États-Unis et de leurs alliés". "C'est un premier pas décisif et historique quant à leur reconnaissance publique qu'ils rompent les liens avec Al-Qaïda", a assuré un responsable américain. Saluant la "meilleure chance de paix en une génération", Mike Pompeo a appelé les talibans à "tenir la promesse de rupture avec Al-Qaïda", et à ne pas "crier victoire".

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