3 min de lecture Déménagement

Qu'est-ce que le "real estate porn", cette addiction aux annonces immobilières ?

De nombreuses personnes consultent les annonces de ventes immobilières pour rêver un peu, mais certaines développent une dépendance, allant jusqu'à visiter des biens inaccessibles.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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Le "real estate porn", ou addicts de l'immobilier Crédit Image : FRED DUFOUR / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par Florine Boukhelifa

Avez-vous déjà rêvassé devant la vitrine d'une agence immobilière ? Chez certaines personnes, cette activité est même devenue une addiction. Elles multiplient les alertes sur les sites spécialisés et visitent des biens qu'elles ne pourront jamais acheterL'Obs s'est penché sur les moeurs de cette étrange tribu dans un article publié le 16 janvier.

Au hasard d'une balade, dans la rue ou sur le net, on s'attarde devant un trois-pièces pas forcément dans nos moyens, mais vraiment chouette. Puis un jour, tout bascule : le rêve d'une longère normande, d'un loft renversant ou encore d'une villa californienne entre moulures et baies vitrées panoramiques. Le plaisir inavoué du lèche-vitrine foncier, chauffé à blanc par des prix indécents porte un nom : le real estate porn, ou porno immobilier.

C'est le petit plaisir d'Anne qui vit dans un 65 mètres carrés à Thionville : "Je m’imagine propriétaire d’une ancienne ferme rénovée, entourée d’un bourricot et d’adorables biquettes. À table, il y aurait mes meilleurs copains et une bonne bouteille de vin. Mais je n’ai pas de vrai projet d’achat". Anne pensait être un cas isolé, "même mon poisson rouge n’est pas au courant", dit-elle, pourtant il y en a d'autres. Robin par exemple, fan d'architecture qui mate de la pierre "par amour des belles choses, par curiosité et peut-être un peu par voyeurisme". Il y passe vingt minutes par jour, une parenthèse pour rêver décoration intérieure.

Une activité aussi exaltante que déprimante

La porte-parole du groupe Se Loger confirme : "C'est difficile à quantifier, mais il existe bien des curieux qui consultent sans intention d’en acquérir". Chez Junot, une agence parisienne de luxe, le phénomène a pu être chiffré : 250.000 visites par an sur le portail internet mais seulement 400 ventes conclues, soit 0,16 % d'acheteurs.

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Selon Yann Valeur, spécialiste des addictions en ligne, "avoir très envie de quelque chose, s’en approcher, c'est une forme de pulsion de vie". Puis une maison, ce n'est pas un achat comme un autre. Quentin se souvient du projet de déménagement de ses parents, quand il était enfant : "On visitait des dizaines de maisons en famille et, le soir, on en parlait pendant des heures. C'était des moments de communion, ça me rassurait...".

Rassurant mais parfois plombant : "J’avais repéré une maison à plusieurs millions, un truc incroyable, à Paris, avec un jardin presque tropical. Quand elle a été vendue, ça m’a foutu un coup". La recherche elle-même peut avoir des effets pervers, "j’en ai presque honte, dit Antoine, mes potes se foutent de ma gueule. Je passe des heures à me languir devant des villas nichées sur le lac de Côme. Résultat : les biens dans mon budget me paraissent minuscules. Ma réalité me déprime".

Les agences immobilières aux aguets

Sophie est quant à elle propriétaire de logements toujours plus grands, mais n'en a jamais assez. "D'après mes proches, ça vire au TOC !", confie-t-elle. "Le matin, je pars acheter du pain, je reviens deux heures plus tard, après avoir religieusement comparé les prix et observé les nouveautés de chaque agence. Je peux faire ça tous les jours". Elle s'autorise même quelques visites, y compris dans des villas avec piscine loin de tout, alors qu'elle n'a pas les moyens ni le permis de conduire. Sa réputation la précède : "Quand les agents immobiliers de mon quartier me voient pousser leur porte, ils soupirent : 'Oh non, pas elle !'".

Certains addicts parviennent à se sevrer. Un matin, Elsa s'est désabonnée de toutes ses alertes immobilières. Cette trentenaire au RSA se passionne désormais pour les locations de vacances : "Je peux passer des heures à regarder des appartements somptueux. Sauf que là, au moins, je me dis que je vais en profiter". Quelques jours, une seule nuit peut-être, mais rêver c'est déjà ça...

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