2 min de lecture

"On a fini par aggraver la chute du marché du livre" : François Lenglet explique comment la "politique du prix unique" a acté le déclin des librairies Gibert

Le groupe de libraires français Gibert va demander son placement en redressement judiciaire en raison du "déclin du marché des livres neufs". Une décision révélatrice de la chute des ventes d'ouvrages ces dernières années en France.

La librairie Gibert Joseph dans le Quartier latin à Paris, le 1er février 2025.

Crédit : Sébastien DUPUY / AFP

Gibert en difficulté : mauvaise passe pour le livre, en France comme ailleurs

00:03:25

Gibert en difficulté : mauvaise passe pour le livre, en France comme ailleurs

00:03:25

François Lenglet - édité par Ennio Aparicio-Szkudlarek

Je m'abonne à la newsletter « Économie »

Une page se tourne. Les librairies Gibert, qui possèdent 16 magasins dans douze grandes villes de France, entrent ce mardi 28 avril dans la procédure de redressement judiciaire, à cause des difficultés économiques croissantes qu’elles affrontent.


Créée en 1886, Gibert réalise un chiffre d’affaires de plus de 80 millions d’euros par an dans la vente d'ouvrages et de disques. Sauf que la chute des ventes de livres s’accélère depuis le début de l'année 2026, alors que les charges de personnel et d’énergie continuent de croître. C’est un effet ciseau fatal.

Le redressement judiciaire permettra à l’entreprise de geler ses dettes et de poursuivre l’exploitation en travaillant à l’amélioration des comptes. Depuis janvier, le marché du livre a perdu 5%, après une chute de 2,5% en 2025 et de 3,1% l’année précédente. 

Concurrence du e-commerce et de l'occasion

Ces chiffres ne rendent pas complètement compte du phénomène. Les ventes se concentrent de plus en plus sur un petit nombre de titres. Sans le dernier Astérix et les ventes du super best seller La femme de Ménage, le marché aurait bien plus chuté en 2025. Les librairies sont aussi confrontées à la concurrence des sites de e-commerce, menés par le géant Amazon, et au boom du marché de l'occasion, qui connaît une croissance de 10% par an. 

À lire aussi

Gibert reste depuis toujours un spécialiste de l’occasion, qui représente un tiers de son chiffre d’affaires. Le libraire aimerait faire doubler cette proportion. Le problème est qu’une bonne partie du marché de l’occasion est captée par les sites comme Amazon ou Leboncoin. 

Cette chute du livre n'est pas une réalité dans d'autres pays. Le déclin de la lecture ne frappe pas l’Inde, où la lecture est en hausse de 30%. Même scénario pour le Mexique (+20%) et l’Espagne (+12%).  

Des prix trop élevés ?

Avec l'expansion de la classe moyenne, les marchés émergents cartonnent. De son côté, le Royaume-Uni continue à progresser grâce au développement du livre numérique, qui compte pour un tiers du marché. En Europe, l’Allemagne connaît une chute comparable à celle de la France.

La politique du prix unique, adoptée en France et en Allemagne, pourrait expliquer ces différences de marché d'un pays à l'autre. Elle a bien sûr permis de sauver des librairies, en les aidant à contrer la concurrence des grandes surfaces qui n’ont pas le droit de vendre moins cher. 

C'est justement parce que les prix restent élevés que les consommateurs se détournent, surtout en période d’inflation et de montée des prix de l’énergie. Ils arbitrent en diminuant leurs dépenses culturelles. Contrairement au Royaume-Uni, le livre électronique ne peut pas prendre le relais dans l'Hexagone : son prix est aussi bloqué à la baisse pour ne pas concurrencer le livre papier. À force de protéger livres et libraires, on a fini par aggraver la chute du marché.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info