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"La mise sous tutelle publique de la Silicon Valley" : François Lenglet explique pourquoi l'Europe doit innover sur l'IA face à un monde fragmenté

Les États-Unis resserrent leur contrôle sur l’intelligence artificielle au nom de la sécurité nationale. La technologie devient un instrument de puissance.

Intelligence artificielle (image d'illustration)

Crédit : Photo de Igor Omilaev sur Unsplash

Anthropic suspend son IA la plus puissante en raison de restrictions de "sécurité nationale" imposées par le gouvernement .

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Anthropic suspend son IA la plus puissante en raison de restrictions de "sécurité nationale" imposées par le gouvernement .

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François Lenglet - édité par Alexian Giron

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C'est une reprise en main de la technologie par le pouvoir politique. À l'heure de tensions internationales croissantes, de la compétition entre les empires, Washington ne veut pas prendre le risque de voir une intelligence artificielle ultrapuissante tomber dans des mains ennemies ou criminelles. Le 12 juin 2026, l'administration américaine, alertée sur ce danger, a en effet interdit au fabricant du logiciel, Anthropic, de la diffuser à des clients non américains. Comme il est impossible de contrôler la nationalité des clients sur le sol américain, Anthropic a cessé la commercialisation. 

Il ne s'agit pas de régulation, mais de protéger les intérêts américains, qui prévalent sur tout, y compris l'innovation. Les commentateurs s'interrogeaient sur Elon Musk, sa fortune phénoménale après son introduction en bourse réussie, et sur son pouvoir plus important que celui d'un État Billevesée. Le pouvoir politique peut réduire à néant ce pouvoir sur une simple décision comme en Chine ou en Russie.

"Il n'est pas exclu que les entreprises technologiques soient nationalisées"

Le monde change et la mondialisation se fragmente. Chaque superpuissance protège ses approvisionnements et son futur, de façon de plus en plus agressive et autoritaire. En mars 2026, Alex Karp, l'un des grands patrons de la Silicon Valley (PDG de Palantir Technologies), a lancé à ses pairs un avertissement dans le même sens : "À cause de la puissance de l'IA, il n'est pas exclu que les entreprises technologiques soient nationalisées", disait-il. 

L'administration américaine envisageait de prendre des participations publiques dans ces start-up, selon le Wall Street Journal. La mise sous tutelle publique de la Silicon Valley. Il est possible que l'IA soit traitée demain comme la bombe nucléaire après la guerre, mise sous le contrôle exclusif de quelques gouvernements. Cela ne fait pas les affaires de l'Europe. 

L'Europe est dépendante des États-Unis

Le Vieux Continent craint d'être privé de ces technologies qui vont devenir vitales pour la productivité des pays et pour leur sécurité. L'essentiel de l'innovation se fait ailleurs qu'en Europe. Nous sommes installés dans la dépendance qui n'était pas problématique en temps de paix, mais ne fait que se renforcer avec la montée des tensions et le retour des frontières. 

Il y a une dépendance sur l'IA, sur l'accès au réseau de satellites lancé par Elon Musk, ou encore sur le Cloud, c'est-à-dire le stockage des données informatiques. Un mot de l'administration américaine, et nos entreprises n'ont plus accès à leurs données stratégiques. Notre accès à internet est soumis à Washington. 

Pour sortir de cette dépendance, il faudrait faire un gigantesque effort de recherche et d'innovation. Du même ordre que celui qu'a fait la France du général De Gaulle, à la fin des années 50, pour se doter de l'arme nucléaire tandis que l'Amérique et l'Union soviétique en disposaient déjà. 

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