4 min de lecture
Le ministère de l'Économie et des Finances dans le quartier de Bercy à Paris. (Illustration)
Crédit : Ludovic Marin / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Économie »
Mettre RTL en favori sur Google
C'est un record qui promet de réduire encore davantage la marge de manœuvre du gouvernement dans ses prochains arbitrages budgétaires. La dette publique française a continué de se creuser au deuxième trimestre, a annoncé l'Insee ce mardi 29 septembre. D'après l'institut statistique, elle a atteint 3.595,5 milliards d'euros, soit 119% du produit intérieur brut (PIB), un niveau inédit depuis 1946, lorsque l'endettement du pays culminait au-dessus de 150% du PIB face au coût de la guerre. Et l'horizon n'est pas plus dégagé, puisqu'un nouveau plus haut est attendu en 2027, rendant la situation très inconfortable à quelques mois des élections.
D'avril à juin, l'Etat s'est endetté de 53 milliards d'euros supplémentaires, la Sécurité sociale de 8,4 milliards. La dette des administrations publiques locales a cependant baissé de 1,7 milliard d'euros, selon l'Institut national de la Statistique et des études économiques. Le gouvernement a d'ores et déjà prévenu que la dette atteindrait 121,7% du PIB en 2027, soit plus du double de la limite européenne fixée à 60%, du jamais-vu depuis le début de cette statistique en 1978.
La France, qui ne parvient pas à réduire son déficit public - il devrait encore atteindre 5,4% du PIB cette année, contre 5% espérés - est le pays le plus endetté de la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie. De plus, le poids des intérêts annuels de cette dette devrait atteindre 91 milliards d'euros en 2027, selon le ministre de l'Économie et des Finances Roland Lescure.
Lundi, les obligations françaises à dix ans étaient assorties d'un taux de 4,7%, contre 3,6% environ pour les obligations allemandes, un écart au plus haut depuis 2012.
Autre conséquence : la France empruntera un montant record de 340 milliards d'euros sur les marchés en 2027, soit 28 milliards de plus qu'en 2026, a indiqué l'Agence France Trésor mardi, deux jours avant la présentation du budget de l'Etat pour l'an prochain. Ce montant, qui doit financer des dettes arrivant à échéance et le déficit budgétaire, sera couvert par des "émissions de titres d'Etat à moyen et long terme", précise dans un communiqué l'AFT, qui gère la dette et la trésorerie de l'Etat français.
"Cela s'inscrit dans un mouvement mondial de hausse des taux", nuance auprès de l'AFP Eric Dor, directeur des études économiques à l'Ieseg. Cette augmentation est alimentée par l'inflation liée à la crise énergétique, la crainte que les banques centrales ne répercutent cette inflation dans leurs taux directeurs, et une demande d'emprunts "qui explose", de la part des pays, mais aussi d'entreprises lancées dans le développement de centres de données et de l'intelligence artificielle.
Mais les taux sur la dette française augmentent aussi parce que les investisseurs s'interrogent davantage. "D'où le rôle crucial de la confiance", explique M. Dor: "Si le fonds de pension japonais qui prête à (horizon) dix ans à la France commence à se gratter la tête en se demandant si elle trouvera dix ans plus tard d'autres prêteurs pour le rembourser, il exigera un taux d'intérêt supérieur. Et si tout d'un coup la confiance s'érode totalement, là c'est Grèce 2010, il n'y a plus de prêteurs".
Pour lui, "on est dans la phase où les prêteurs (...) froncent les sourcils, mais prêtent toujours à la France, plus cher". Il note qu'en pourcentage du PIB, la charge de la dette est passée de 1,2% en 2020 à environ 2,5%, "une augmentation énorme". Ce qui pourrait vraiment détourner les prêteurs, selon M. Dor, "c'est qu'ils se persuadent que le monde politique français n'a vraiment pas l'intention d'assainir les finances publiques".
Selon lui, les investisseurs s'inquiètent beaucoup de la perspective de voir "les deux extrêmes", RN et LFI, au deuxième tour de la présidentielle. "Tout dépendra du discours qu'ils tiendront", pense-t-il.
"Les marchés ne jugent pas les intentions (mais) la soutenabilité d'une trajectoire et la capacité politique à la corriger", relève David Jourdan, directeur de la gestion crédit à la société de gestion Ecofi, dans une note évoquant une "crise de confiance historique".
La situation de taux élevés et volatils de la dette française semble de surcroît commencer à intéresser les fonds spéculatifs, qui pourraient, par des investissements de très court terme, rajouter de l'instabilité sur ce marché.
Cette fragilité tient aussi à l’évolution du marché de la dette. Les fonds spéculatifs ne détiennent qu’une faible part des obligations françaises, mais leur poids dans les échanges quotidiens progresse. Leurs opérations à court terme apportent de la liquidité en temps normal, mais peuvent amplifier une hausse brutale des taux lorsque de nombreux acteurs vendent simultanément.
Pour Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à Rexecode, "la France ne fera jamais faillite, mais elle peut connaître une crise. Elle est comme un bel Airbus dans un ciel très agité et c'est désagréable pour les passagers", déclare-t-il à l'AFP. Dans ce contexte, le budget présenté jeudi, qui devrait comporter "54 milliards d'euros d'effort budgétaire", sera scruté de près par les prêteurs.
Pour David Jourdan, "les réformes structurelles ne relèvent plus d'un choix de confort, elles s'imposeront, de gré ou de force".
Ne laissez pas Google décider de vos sources.
Ajouter RTL comme source préférée
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte