3 min de lecture Confinement

La chute des prix du pétrole va-t-elle éviter des émeutes de la faim ?

À l'exception du blé et du riz, la plupart des denrées alimentaires chutent avec l'effondrement des cours du pétrole. Si cela pourrait éviter des émeutes de la faim comme en 2008, cette chute aura également des conséquences néfastes pour de nombreux pays en voie de développement.

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La chute des prix du pétrole va-t-elle éviter des émeutes de la faim ? Crédit Image : LUCAS SANTUCCI/ZEPPELINNETWORK/SIPA | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
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Martial You édité par Eléanor Douet

On a beaucoup parlé de la chute des prix du pétrole. Cela pourrait éviter des émeutes de la faim, selon la FAO, la branche de l'ONU qui s'intéresse à l'alimentation et à l'agriculture. Le prix des produits agricoles a baissé de 3,4% en avril ; c'est le niveau le plus bas depuis janvier 2019. C'est important pour le pouvoir d'achat alimentaire de bon nombre de pays en développement, notamment en Afrique car cela signifie que le coût de la nourriture va rester stable.

Mais en quoi est-ce lié à la chute des cours du pétrole ? Parce que, très souvent, les matières premières agricoles sont utilisées pour faire du carburant ou des bio-carburants. Au Brésil, par exemple, on fabrique de l'éthanol (donc du carburant) avec le sucre. Aux États-Unis, un tiers de la production de maïs sert à faire de l'essence et l'huile de palme sert de base également pour les bio-diesels. Quand le cours du brut qui sort des puits de pétrole s'effondre : fabriquer de l'essence avec d'autres produits n'a pas grand intérêt.

Des économies entières déstabilisées

On ne connaîtra donc pas d'émeutes de la faim comme en 2008 au moment de la dernière crise économique ? C'est plus subtile que ça. Que les prix des produits agricoles restent bas, c'est une bonne nouvelle pour les pays du sud encore une fois, mais l'économie de ces pays est très liée au prix du baril de pétrole et dépend de la croissance des pays du nord et notamment de la Chine. L'Afrique et le Moyen Orient pourraient donc être affectés par le ralentissement économique mondial avant d'être infectés par le coronavirus.

L'économie de l'Afrique risque d'être ainsi déstabilisée par la pandémie, car les États subventionnent souvent la nourriture des populations en encadrant les prix. Mais ils peuvent le faire grâce à l'argent engrangé par... le pétrole.

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Le Nigéria a calculé son budget national avec un prix du baril à 56 dollars en 2020. 70% des exportations du Tchad reposent sur le pétrole. Les économies de pays comme l'Algérie, le Nigéria ou l'Egypte dépendent de la vente de brut. Ces pays sont donc soulagés par les prix des produits alimentaires qui restent raisonnables, mais fragilisés par des prix du pétrole qui s'effondrent. Et il y a deux exceptions importantes en terme de prix alimentaires : le blé et le riz qui montent.

Les pays en développement durement touchés

Donc, la pandémie du nord fragilise l'économie du sud, comme c'est souvent le cas. Prenons le Kenya par exemple. Le pays s'est spécialisé dans la production de roses coupées envoyées sur le marché des fleurs en Hollande. Et bien avec le confinement et la baisse du transport maritime, les roses sont restées à faner au Kenya.

En Inde, en mars, les femmes partent cueillir les premières feuilles de thé les plus chères. Mais, mesures de confinement oblige, la récolte n'a pas eu lieu et la production de thé indien a chuté de 25%. L'autre région qui produit ce thé de haute qualité, c'est... Wuhan.
 
Donc, on voit bien que la pandémie, le confinement, l'arrêt des transports de marchandises, qui stoppent l'économie des pays riches et qui obligent les États à compenser à grands coups de milliards la chute de production, se répercutent sur les pays du sud qui n'ont pas les moyens, eux, d'injecter des milliards en plus comme amortisseurs sociaux.

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