1. Accueil
  2. Actu
  3. Conso
  4. ÉDITO - Guerre en Ukraine : pourquoi il va être très difficile de se passer du gaz russe
3 min de lecture

ÉDITO - Guerre en Ukraine : pourquoi il va être très difficile de se passer du gaz russe

Alors que de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer la fin des livraisons de gaz russe, il semble en réalité très difficile de s'en passer, sauf au au prix d’un véritable effort de guerre, avec des pénuries et des coupures en France et dans l’Europe entière.

Le prix du gaz ne cesse d'augmenter ces derniers mois.
Le prix du gaz ne cesse d'augmenter ces derniers mois.
Crédit : Eric PIERMONT / AFP
Pourquoi il va être très difficile de se passer du gaz russe... cela va nécessiter un véritable effort de guerre de tous
00:03:53
Pourquoi il va être très difficile de se passer du gaz russe... cela va nécessiter un véritable effort de guerre de tous
00:03:53
François Lenglet

De nombreuses voix s’élèvent, comme celle de François Hollande notamment, pour réclamer la suspension des livraisons de gaz russe à l’Europe, afin de ne plus financer leur guerre contre l’Ukraine.

L’Europe verse en effet plus de 15 milliards d’euros par mois à la Russie pour le gaz qu’elle nous livre. Au total, 40% de nos approvisionnements proviennent de Russie, les chiffres étant bien sûr très différents d’un pays à l’autre. Ce n’est que 17% pour la France, mais c’est 100% pour les pays baltes, l’Allemagne étant à mi-chemin, avec quelque 50% de sa consommation venant de là-bas. 

Jusqu’ici, à cause de notre dépendance, l’énergie a été exclue des sanctions contre la Russie. Autrement dit, il reste permis d’acheter du gaz et du pétrole. Mais reste le problème moral : plus la guerre dure, plus il semble absurde de verser à la Russie ces tombereaux d’or.

Au prix d'un véritable effort de guerre

Mais il est extrêmement difficile, techniquement, de se passer de la Russie. Des plans de contingentement du gaz sont en train d’être élaborés à Matignon, pour échafauder des scénarios pour le cas où nous serions obligés de fermer les robinets. 

À lire aussi

Cela se ferait au prix d’un véritable effort de guerre, avec des pénuries et des coupures, et pour le gaz, et pour l’électricité, en France et dans l’Europe entière, l’hiver prochain. La première chose qu’il faut avoir en tête, c’est qu’un pays seul peut difficilement prendre cette décision seul, car les réseaux de gaz continentaux sont largement interconnectés. Il faudrait donc un accord des 27. Pas simple, compte tenu des taux de dépendance très différents. 

La seule solution, ce serait de faire venir le gaz d’ailleurs par bateau, sous une forme liquéfiée. Par exemple du Moyen-Orient ou d’Amérique. Mais d’après les calculs des professionnels, on ne pourrait trouver sur le marché que la moitié des 40% de la consommation aujourd’hui livrés par la Russie. 

Compte-tenu des capacités de production mondiale et des capacités de transport, il faudrait par exemple 1.700 navires méthaniers arrivant sur nos côtes, il n’y en a que quelques centaines dans le monde, et ils sont déjà fort occupés. Il faudrait aussi des terminaux pour regazéifier à l’arrivée, la France n’en compte que trois, l’Allemagne n’en a pas. Et il faut trois ans pour en construire un. 

Du jamais-vu depuis la guerre

Il y a quelques substitutions possibles vers le fioul, pour les usines. Mais cela ne suffira pas. En gros, l’Europe serait contrainte de baisser sa consommation de de 10 à 15%. Ça veut dire ne plus alimenter en continu les usines, ateliers, exploitations de l’agro-alimentaire qui fonctionnent au gaz, limiter drastiquement la température dans les logements, espérer que l’hiver prochain ne sera pas trop rude, et se mettre au tricot pour faire des gros pulls. 

Ce serait du jamais vu depuis la guerre mondiale. Avec, il faut le dire, des conséquences majeures sur la production d’électricité, qui manquerait elle aussi parce que nombre de centrales électriques sont alimentées au gaz, et subiraient des coupures.
 
Comment a-t-on pu se laisser surprendre ainsi ? Rétrospectivement, c'est l'histoire d'une incroyable négligence, celle qui a fait fermer Fessenheim en France, les centrales en Allemagne et en Belgique, qui a installé l’Allemagne dans une dépendance délibérée vis-à-vis de Moscou, avec l’idée que si l’énergie manquait, il suffirait d’importer ! Sans que jamais aucun gouvernement ne s’interroge sur les limites de production et de capacité de transport européennes. La crise révèle qu’il nous manque une vigie, un organisme qui serait chargé d’évaluer en permanence les risques de rupture d’approvisionnement en énergie en Europe. 

La rédaction vous recommande
À lire aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/