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François Michelin : une grande figure de l'industrie française du XXème siècle s'éteint

REPLAY / ÉDITO - François Michelin, le "patron de droit divin", est mort à l'âge de 88 ans, après avoir dirigé le groupe éponyme pendant 47 ans. Une page de l'industrie française du XXème siècle se tourne avec sa disparition.

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François Michelin : une grande figure de l'industrie française du XXème siècle s'éteint Crédit Média : RTL | Date :
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Martial You Journaliste RTL

François Michelin est mort à l'âge de 88 ans, on l'a appris hier. C'est une page de l'industrie française du XXème siècle qui se tourne avec lui. Mais, on a quand même le sentiment que l'esprit Michelin continuera à lui survivre. On a souvent décrit François Michelin comme un réactionnaire, n’aimant pas les syndicats ni les journalistes ni les élites parisiennes. C'est vrai, mais moi, j'ai envie, ce matin, de vous faire le portrait d'un patron ultra-moderne. De notre temps, plus que de son temps.

Il y a quelques mois, à la télévision, il y avait une émission qui s'appelait "Boss Under Cover", un patron qui se promenait incognito dans son entreprise pour voir comment sa société fonctionnait. Et bien, c'est ce qu'avait choisi de faire François Michelin. Dès l'âge de 12 ans, il savait qu'il allait diriger un jour la manufacture de pneu. Pourtant, à 22 ans, avec une licence de mathématique en poche, il entre chez Michelin par la petite porte. Sous un faux nom pour ne pas être repéré. Et il apprend à faire un pneu. Il observe les opérateurs dans les usines. Et aujourd'hui encore, c'est un passage obligé pour tous les membres de la direction de Michelin. De l'attaché de presse au PDG, tout le monde apprend à fabriquer un pneu.

Une firme internationale

En faisant ça, il avait acquis une légitimité pour tenir tête aux syndicats qu'ils détestait. Parce qu'il avait la conviction que sa famille incarne la maison et qu'il ne fera jamais rien qui ne soit pas dans l'intérêt de Michelin et de ses salariés. Du coup, pas besoin de représentants du personnels. Les délégués du personnel, ce sont les Michelin. Voilà comment François raisonne. Et en 1999, quand il prépare sa succession, il passe le flambeau à son fils, Edouard qu'il a préparé pendant des années à cette fonction, comme un prince héritier. Et il écarte un jeune talent prometteur de l'entreprise, un certain Carlos Ghosn parce qu'il n'est pas un Michelin.

En 1971, il implante une usine de pneu au Canada. À quelques kilomètres de la frontière avec les États-Unis. À quelques encablures de Détroit, Michigan, la capitale américaine de Ford, GM et Chrysler. François Michelin veut imposer une technologie qui a déjà conquis l'Europe : le pneu Radial, plus resistant, plus confortable. 
Le PDG de General Motors s'étrangle. "Vous ne verrez pas des pneus Radial sur les voitures produites à Détroit avant un moment" vocifère-t-il. Michelin va s'implanter deux ans plus tard aux États-Unis, racheter le fabricant de pneu américain Firestone et revendre Citroën dont il était l'actionnaire principal à la famille Peugeot. Encore une famille !

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Mais quand Michelin part à la conquête du monde, c'est avec le drapeau bleu-blanc-rouge... Bibendum, c'est une antenne d'un quai d'Orsay économique si vous voulez. Et ce patriotisme économique après lequel on a tant couru ces dernières années, existait et existe encore chez Michelin. Et finalement, quand on regarde les profils de ceux qui dirigent les grandes compagnies actuelles, dans les nouvelles technologies, on retrouve des profils similaires à ceux de François Michelin. Aujourd'hui, on ne dit plus gestion patriarcale, mais homme providentiel ou gourroux. Mais quand vous prenez Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zucckerberg chez Facebook, vous avez des visionnaires, autoritaires, qui incarnent à eux-seuls l'entreprise. Parfois trop comme chez Apple. Vous avez des François Michelin.

Les temps changent. On vit sans doute un tournant historique et le décès de François Michelin surligne ce moment charnière. Depuis 3 ans, ce n'est pas un Michelin qui gère le groupe. Jean-Dominique Sénard n'est pas issu de la lignée familiale. C'est un directeur financier qui doit poursuivre l'internationalisation du groupe. Mais quand vous côtoyez les gens de chez Michelin (famille ou non), vous sentez un tel poids de l'héritage. Une telle marque de l'histoire de France (les premiers pneus sur des trains à vapeurs qui ont donné lieu à nos Micheline ou les cartes Michelin qui étaient photocopiées par les alliés américains au moment du Débarquement). Tout ça compte et on n'imagine pas Michelin ne pas rester fidèle au Bibendum. Avec ou sans membre de la famille à sa tête.

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